Dans son rapport publié le 30 juillet 2021, l'Agence nationale de sécurité du médicament et des produits de santé (ANSM) note que les troubles du cycle menstruel constatés après la vaccination contre le Covid constituent un signal potentiel. Qu'est ce que cela signifie ?

Règle retardées ou avancées, augmentation du flux… Fin juin 2021, de nombreuses personnes indiquaient sur les réseaux sociaux avoir vu leur cycle menstruel perturbé après la vaccination contre le Covid. Il n’y avait cependant pas de signal de pharmacovigilance alors. C’est maintenant chose faite. Voilà ce que précise le rapport de suivi des cas d’effets indésirables des vaccins COVID-19 entre le 16 et le 22 juillet 2021 de l’ANSM :

  • Pour le vaccin Moderna (Spikevax) : 36 cas de troubles menstruels survenus après la vaccination ont amené à considérer l’existence d’un signal potentiel. Ces troubles sont survenus dans les 2 à 15 jours suivant l’injection, semblent affecter des personnes de tous âges et connaissent une évolution favorable.
  • Pour le vaccin Pfizer (Comirnaty) : 229 cas de troubles du cycle menstruel après injection ont été enregistrés au 27 juillet. Dans la mesure où leurs caractéristiques sont semblables à celles enregistrées pour le vaccin Spikevax, ils constituent également un signal potentiel.
Retard de règle, flux augmenté… les perturbations du cycle menstruel après la vaccination Covid sont surveillées. // Source : Monika Kozub / Unsplash

Le dossier est ouvert

L’ANSM reconnait donc que les troubles du cycle après l’injection d’un vaccin à ARN-m constitue un signal potentiel. En termes de pharmacovigilance, cela signifie « qu’il y a des remontées d’un effet indésirable, sans que cela ne corresponde à quelque chose de statistiquement significatif. Cela ouvre le dossier. L’ANSM a d’ores et déjà dû contacter les centres régionaux pour qu’ils demandent aux professionnels soignants et aux personnes qui déclarent des effets indésirables si celui-ci se rajoute à ceux constatés  », explique Stéphane Korsia-Meffre rédacteur médical pour le Vidal et enseignant en Département universitaire de Médecine générale.

Par la suite, si le taux de déclaration demeure stable ou augmente, l’ANSM pourra considérer qu’il s’agit effectivement d’un effet indésirable. « À partir de ce moment là, elle se montrera plus proactive, explorera les dossiers et pourra diligenter une enquête », poursuit Stéphane Korsia-Meffre. Toutefois, il faut garder en tête que l’ANSM n’a pas pour rôle de mener ou de lancer des recherches cliniques. Ce n’est qu’ensuite qu’une équipe universitaire pourra éventuellement travailler sur le sujet, afin d’explorer le phénomène et tenter d’expliquer ses mécanismes.

L’importance de la transparence sur les effets indésirables

Pour les personnes menstruées, la prise en compte de ce signal est une très bonne nouvelle car il pourra, s’il est confirmé, mener à davantage d’investigation. «  De toute évidence, on a regardé ailleurs. Lorsque j’ai ouvert mes DM sur Twitter pour répondre à des questions sur la vaccination, j’ai eu beaucoup d’interrogations au sujet de l’impact du vaccin sur le cycle  », témoigne le Dr Christian Lehman, médecin généraliste. « C’est important qu’il y ait une transparence sur ce potentiel effet indésirable car, sans cela, il y a un risque d’ouvrir la voix à des discours antivax notamment sur l’impact négatif du vaccin sur la fertilité. Si cet effet indésirable est documenté, on pourra rassurer car il est transitoire et bénin. »

C’est un avis que partage Jérôme Martin, ancien président d’Act-Up et co-fondateur de l’Observatoire de la Transparence dans les politiques du médicament : «  C’est en faisant l’impasse sur le sujet que l’on alimente le discours antivax. Il faut pouvoir en parler afin de dédramatiser  », explique t-il. Sur Facebook en effet, des groupes antivax tentent régulièrement de convaincre les personnes hésitantes en listant de prétendus effets indésirables des vaccins – alors qu’il s’agit uniquement d’expériences individuelles n’ayant aucune valeur statistique. Promoteur de la vaccination, Jérôme Martin appelle néanmoins à davantage de transparence et à des débats plus nuancés sur le sujet : « Aujourd’hui, il s’est créé une telle polarisation dans les débats que discuter des effets indésirables reviendrait presque à être antivax, alors que ce n’est évidemment pas le cas. Cette polarisation est un véritable frein à l’extension de la vaccination. ».

Les experts en santé publique recommandent également de faire preuve de transparence sur la vaccination, notamment sur ses potentiels effets indésirables. Cette transparence doit s’accompagner de pédagogie : «  L’information éclairée est une excellente chose dès lors qu’elle est expliquée, affirme le Dr Franck Clarot, médecin légiste et radiologue, membre du collectif Du Côté de la Science. Il faut pouvoir dire aux patients et aux patientes que les témoignages individuels concernant d’éventuels effets indésirables n’ont peut-être pas de lien avec le vaccin. Il faut également être en mesure de donner une fréquence de la survenue d’éventuels troubles. Il faut aussi pouvoir dire que ces troubles du cycle, si un lien est établi, rétrocèdent rapidement et n’ont pas de conséquences à terme. » C’est justement sur la base des déclarations que la pharmacovigilance pourra mesurer la prévalence de ces troubles, documenter ou non un lien avec le vaccin et confirmer leur caractère bénin.

Prendre en compte les spécificité des personnes menstruées

D’autres écueils sont à éviter sur le sujet d’un possible lien entre vaccin et troubles du cycle menstruel.  Plusieurs médecins ont formulé des hypothèses sur le sujet. «  Le cycle menstruel est un phénomène variable. Il peut être influencé par toutes sortes d’événements extérieurs. Le stress provoqué par l’injection ou les quelques symptômes grippaux qu’il peut provoquer sont notamment des déclencheurs potentiels de troubles du cycle menstruel », indique par exemple Bertrand de Rochambeau, président du syndicat national des gynécologues-obstétriciens de France (SYNGOF) dans le journal La Croix. Une possible explication psychologique ne doit cependant pas balayer l’exploration d’éventuelles causes physiologique. Comme le souligne Dr Franck Clarot : « Le stress, c’est ce qui reste quand on a tout éliminé. »

Autre écueil à éviter : décider à la place des personnes concernées que ces troubles sont sans importance parce que bénins, transitoires et sans impact sur la fertilité. « C’est très révélateur de la manière dont les spécificités féminines durant une pandémie ne sont pas prises en compte  », signale Jérôme Martin. Parmi les personnes qui ont bien voulu témoigner (et nous avons reçu nombre de nouveaux témoignages depuis le premier article), beaucoup avaient besoin d’être rassurées — une perturbation du cycle est toujours stressante. D’autres indiquaient que ces symptômes menstruels ou prémenstruels plus importants que d’habitude avaient un impact sur leur qualité de vie. Tout cela est loin d’être anodin et le nier peut alimenter la méfiance des personnes menstruées envers le corps médical.

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