Et si on attendait que les pays plus pauvres soient mieux vaccinés, avant de mettre dès maintenant en place les doses de rappel ? C'est l'appel lancé par le directeur général de l'OMS.

En ce début août 2021, 29,3 % de la population mondiale a déjà reçu au moins une dose de vaccin contre la maladie Covid-19. Mais dans les pays aux plus faibles revenus (dits « en développement »), seulement 1,1 % de cette population est primovaccinée. La disparité est plus que significative : elle est édifiante, et elle l’est tellement qu’il s’agit d’un enjeu sanitaire international de plus en plus urgent.

Autre chiffre frappant : « La plupart des habitants des pays les plus pauvres devront attendre encore deux ans avant d’être vaccinés contre le COVID-19 », estimait la revue scientifique Nature, début juillet dernier.

C’est ainsi que, le 4 août 2021, le directeur général de l’OMS, Tedros Adhanom Ghebreyesus, a appelé au nom de l’organisation à un moratoire suspendant les livraisons et injections de « booster shot ».

Avant les doses de rappel, l’égalité mondiale face à la vaccination

La dose de rappel représente une troisième dose s’ajoutant au schéma habituel à deux doses classique avec Pfizer, Moderna, AstraZeneca ; ou une deuxième dose pour J&J. C’est un « booster » car elle vient revigorer la réponse du système immunitaire face à l’agent infectieux contre lequel on veut prévenir l’infection ou a minima les formes graves. Bien que l’on manque encore d’études publiées claires et complètes sur le sujet, Pfizer avait affirmé dans un communiqué qu’une dose de rappel permettrait de conférer des taux d’anticorps neutralisants à nouveau très élevés. Face au variant Delta, plus contagieux et très probablement plus dangereux, cette stratégie était de plus en plus évoquée.

Une dose de rappel consisterait en une troisième dose pour Pfizer et Moderna, une deuxième dose pour Johnson & Johnson ou pour les personnes qui, ayant été malade du covid, n’ont eu besoin que d’une injection. // Source : Flickr/CC/Covid-19 vaccination (photo recadrée)

Il en résulte que plusieurs gouvernements ont annoncé récemment la mise en place de ces doses de rappel, notamment chez les personnes les plus fragiles. C’est ce qu’a commencé à faire dès cet été Israël, à destination des plus de 60 ans. Le Royaume-Uni prévoit la même stratégie à compter de septembre prochain. Idem chez nos voisins allemands. En France, Emmanuel Macron a annoncé, ce 5 août 2021, qu’une stratégie nationale de rappel vaccinal allait être organisée à la rentrée pour « les plus fragiles et les plus âgés ».

« Nous ne pouvons pas accepter que des pays qui ont déjà utilisé la majeure partie de la réserve mondiale de vaccins en utilisent encore plus »

L’Organisation mondiale de la Santé semble s’opposer à ces stratégies. Le moratoire proposé par Tedros Adhanom Ghebreyesus vise à ne lancer aucune campagne de rappel avant au moins fin septembre, le temps que chaque pays puisse espérer atteindre, au minimum, 10 % de personnes primovaccinées dans sa population. «  Ces populations ont urgemment besoin du vaccin, en particulier les personnels soignants, les personnes âgées et vulnérables », soutient le Directeur général. « Je comprends le souci de tous les gouvernements de protéger leur population contre le variant Delta. Mais nous ne pouvons pas accepter que des pays qui ont déjà utilisé la majeure partie de la réserve mondiale de vaccins en utilisent encore plus. Et ce, pendant que les personnes les plus vulnérables de la planète ne sont toujours pas protégées. »

Tedros Adhanom Ghebreyesus en appelle à une coopération internationale, et en particulier aux États du G20 (les vingt pays les plus riches) et aux entreprises « qui contrôlent le stock mondial de vaccins ». Il s’agirait notamment aux entreprises distribuant les vaccins, comme Pfizer ou AstraZeneca, de privilégier dorénavant le programme COVAX — destiné à acheter des doses pour les redistribuer gratuitement ou à bas coût aux pays plus pauvres.

« Ce dont nous avons besoin, c’est d’un accès rapide aux vaccins »

Dans le cadre de COVAX, la France a promis de faire don de 5 millions de doses d’AstraZeneca d’ici la fin août ; les États-Unis ont livré 4 millions de Moderna au Nigeria et 1 million de J&J en Tanzanie. Le programme dans son ensemble est souvent jugé bien insuffisant : 31 millions de doses ont été fournies, lorsque 3,3 milliards de doses avaient été injectées dans l’ensemble du monde.

L’ambition serait d’en livrer 520 millions rien que vers l’Afrique d’ici la fin 2021. «  Permettez-moi de le dire franchement : en Afrique, nous ne sommes pas en train de gagner cette bataille contre le virus, donc il m’importe peu que les vaccins proviennent de COVAX ou d’ailleurs. Tout ce dont nous avons besoin, c’est d’un accès rapide aux vaccins », alertait récemment Nkengasong, chef du CDC africain. Matshidiso Moeti, directrice de la division africaine de l’OMS, ajoutait : «  Les populations africaines ne doivent pas subir davantage de restrictions parce qu’elles ne peuvent pas accéder à des vaccins qui ne sont disponibles qu’ailleurs. »

Enfin, rappelons qu’un argument épidémiologique s’ajoute à la solidarité humaine : la pandémie est d’ampleur mondiale et, si la vaccination est utile en coupant les voies de circulation du coronavirus, il ne sera pas possible de couper au maximum ces voies tant que des pays entiers seront si peu vaccinés. De fait, la pandémie continuera d’avoir cours tant que le monde fera face à une inégalité vaccinale aussi frappante. La démarche de l’OMS se justifie donc sous la logique humaine autant que la logique médicale.

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