Les composants électroniques deviennent rares en pleine pandémie. Et le secteur du spatial pourrait être très touché, en particulier les fabricants de satellites.

De la Playstation 5 au Renault Trafic, les produits atteints par la pénurie de matériel électronique ont été nombreux. La pandémie de Covid-19 s’est accompagnée d’une explosion de la demande de composants, et comme l’offre n’a pas pu suivre, la perturbation a été ressentie partout, y compris dans le domaine des satellites.

Et si les secteurs qui produisent en masse — comme l’automobile ou le matériel électronique — ont été les premiers impactés, le spatial loin derrière en termes de cadence de production pourrait souffrir durablement de cette crise.

Les plus gros résistent

Airbus, par exemple, est en contrat avec OneWeb qui met en place une constellation de satellites. Le constructeur européen doit donc livrer régulièrement des instruments, et commander suffisamment de semi-conducteurs pour maintenir la cadence. « N’importe quelle pandémie a un impact sur les délais », reconnaît un responsable d’Airbus Space Systems auprès du site SpaceNews.

Heureusement pour Airbus et pour des américains comme Boeing et Lockheed Martin, leur statut de poids lourds du secteur font que les fournisseurs les font généralement passer en priorité. Comme ils achètent en très grande quantité, les vendeurs leur conservent des stocks de côté qu’ils sont assurés d’écouler. En plus, ces géants bénéficient parfois d’aides gouvernementales qui les classent comme prioritaires.

Le satellite Sentinel-5P sert à surveiller l’atmosphère terrestre dans le cadre de la mission Copernicus. // Source : ESA

Pour les plus petites sociétés, la situation est plus compliquée. Ils passent après tout le monde et se voient forcés de freiner leur activité. C’est le cas par exemple du français Actia spécialisé dans la création de composants électroniques, qui a annoncé en mai dernier un recul de son chiffre d’affaires.

D’autres s’en sortent mieux, car ils avaient pris des mesures préalables, en stockant un grand nombre de composants avant le début de la pandémie. Le risque de pénurie était connu depuis quelques années déjà, avec la hausse des besoins en matériel électronique. Mais cela ne suffit pas forcément, si la reprise doit attendre encore deux ans, voire plus.

Des petits retards qui grandissent vite

Le problème dans le spatial, c’est que les retards, même légers, peuvent se retrouver démultipliés à l’arrivée. Lorsqu’une entreprise ou une agence veut faire voler un satellite, elle doit trouver une fusée pour l’envoyer en orbite. Et les lancements sont chers, avec des délais très variables. Il faut trouver la bonne fenêtre de lancement, établir un programme etc. Avec parfois des exigences de date lorsque la mission du satellite correspond à un besoin scientifique précis.

Et comme tout le monde n’a pas une Falcon 9 à sa disposition, réutilisable rapidement, une fenêtre ratée peut voir une mission repoussée de un ou deux ans. Les premières victimes risquent d’être les entreprises commerciales qui pratiquent quelques lancements de satellites de communications. Tant que les missions scientifiques sont encore considérées comme prioritaires et soutenues par les gouvernements, elles sont à l’abri, mais si la pénurie devient durable , les dégâts sur le secteur pourraient être considérables.

L’inquiétude du New Space

Actuellement, les fabricants s’en sortent convenablement, tant que la crise ne dure pas trop longtemps. Pour l’instant, le principal effet visible est une hausse des prix des composants, forcément plus rares et donc plus demandés. Ce qui pourrait être problématique au vu des budgets parfois très serrés des agences spatiales, mais pour l’instant il n’y a pas de problème de délai.

Cela dit, de grands espoirs sont entretenus partout dans le monde autour du New Space, ces petites entreprises privées plus spécialisées et plus flexibles que les mastodontes du secteur. Un monde nouveau qui pourrait augmenter d’autant plus le besoin en composants électroniques, et donc aggraver la pénurie.

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