Alors que la date symbolique visée du 14 juillet pour atteindre le seuil de l'immunité collective se rapproche, cette échéance apparaît plus qu'optimiste. Non seulement le rythme de vaccination ne semble pas suivre, mais surtout un certain nombre de facteurs socio-économiques viennent freiner la campagne.

Alors que la campagne de vaccination progresse et que chacun et chacune aspire à se libérer des mesures barrières, se pose la question de l’immunité collective en France. En mars dernier, le commissaire européen au Marché intérieur Thierry Breton évoquait la date symbolique du 14 juillet — à l’image d’Antony Fauci qui misait sur le 4 juillet, fête nationale américaine. L’échéance du 14 juillet se rapproche. Aurons-nous atteint l’immunité collective sur le territoire français d’ici là ? Rien n’est moins sûr.

Qu’est-ce que l’immunité collective ?

L’immunité collective (aussi appelée « immunité grégaire » ou « immunité de groupe ») est définie par l’Institut Pasteur comme le « pourcentage d’une population donnée qui est immunisée/protégée contre une infection à partir duquel un sujet infecté introduit dans cette population va transmettre le pathogène à moins d’une personne en moyenne, amenant de fait l’épidémie à l’extinction, car le pathogène rencontre trop de sujets protégés. »

En d’autres termes, une fois l’immunité collective atteinte et maintenue, le port du masque et autres mesures sanitaires n’auront plus lieu d’être et nous pourrons espérer reprendre une vie « normale ».

Cette immunité de groupe peut être obtenue soit par l’infection naturelle — si tant est qu’elle immunise de manière relativement durable, ce qui n’est pas certain —  soit par la vaccination. Pour le covid, comme pour toute infection pouvant causer des complications sévères ou être létale, c’est bien sûr la vaccination qui sera privilégiée comme moyen d’obtenir l’immunité collective.

Matthieu Mulot, biostatistien, nous explique comment calculer le seuil de l’immunité collective : «  On doit partir du R0 qui correspond au taux de reproduction intrinsèque au virus dans une population qui n’a jamais été exposée au virus, sans aucune mesure sanitaire mise en place. Soit le taux auquel le virus se balade au début d’une épidémie. »  On prendra garde ici à ne pas confondre le R0 avec le Re, qui est le taux de reproduction effectif du virus au sein d’une population où certaines personnes sont déjà immunisées et où des règles sanitaires sont mises en œuvre. Si on prenait le Re actuel comme base pour calculer le seuil d’immunité collective, ce serait en conservant les restrictions actuelles…

Matthieu Mulot poursuit : « Il existe une formule dérivée des modèles mathématiques qui est relativement simple pour calculer l’immunité collective : P > 1 – 1/R0. (P correspond à la proportion de personnes immunisées. » Par exemple, il faut que P, la proportion de personnes immunisées dépasse 67 % si R0=3 ou dépasse 80 % si R0=5. Le Pr Antoine Flahault, épidémiologiste et médecin de santé publique, nous explique : « Comme toute théorie, il lui reste d’être confrontée à l’épreuve de la réalité. Mais cela fonctionne bien pour de nombreuses autres maladies transmissibles (comme la rougeole, la variole, par exemple). »

Vaccination. // Source : Pexels

Objectif : immunité collective

Joint le 7 juin 2021, l’épidémiologiste évalue l’actuel R0 du Sars-CoV-2 à 5, en raison de l’arrivée du variant indien qui semble plus contagieux.  Il ajoute : «  Il semble qu’avec les nouveaux variants, l’immunité collective sera atteinte lorsque 80 à 85 % de la population sera immunisée. »

En avril dernier, l’Institut Pasteur évaluait à 22,7 % le pourcentage de personnes ayant été infectées par le Covid-19 en France métropolitaine. Puis, dans un communiqué du 27 mai 2021, il estimait qu’à un an, la majorité de ces personnes avaient encore un taux d’anticorps apparemment suffisant pour se prémunir des variants sans pour autant rendre la vaccination (1 dose) dispensable : «  En augmentant les taux d’anticorps neutralisants, le vaccin contre le SARS-CoV-2 peut renforcer leur capacité protectrice, en particulier contre les variants hébergeant des mutations d’échappement d’anticorps comme le variant sud-africain. »

C’est la raison pour laquelle nous estimons que les personnes sont pleinement immunisées, dès lors qu’elles ont complété leur schéma vaccinal, soit :

  • 14 jours après avoir reçu la seconde dose de vaccin Pfizer, Moderna ou Astra Zeneca si on n’a jamais attrapé le Covid-19 ;
  • 14 jours après la dose unique de vaccin Janssen ;
  • 14 jours après la dose unique de vaccin Pfizer, Moderna ou Astra Zeneca si on a déjà attrapé le Covid-19.

Selon l’Assurance Maladie, au 30 mai 2021, le taux de vaccination terminée était de 17,7 % au sein de la population française et le taux de vaccination de 37,8 %. Nous sommes donc encore bien loin de l’immunité collective. Si l’on en croit le Bot Du Vaccin , au rythme actuel, il faudrait 111 jours pour que toute la population ait reçu une dose, soit le 25 septembre 2021. C’est-à-dire qu’il faudrait attendre à minima jusqu’à début novembre pour obtenir une immunité collective.

Mais, tout cela n’est que théorique. Tout d’abord, il faut concevoir qu’environ 5 % de la population vaccinée ne séroconvertit pas, c’est-à-dire qu’elle n’est pas protégée du virus. Il faut aussi prendre en compte le fait que, pour le moment, les enfants ne sont pas inclus dans la stratégie vaccinale. Il faut également concevoir qu’une partie de la population, estimée à près de 5 % ne se fera pas vacciner parce que radicalement antivax ou parce que souffrant d’une contre-indication.

À tout cela s’ajoutent différentes inconnues et divers freins qui rendent les projections ardues sinon impossibles. Ainsi, puisque le vaccin contre le Covid-19 n’est pas obligatoire et faute de politique coordonnée « d’aller vers », les spécialistes redoutent un plafond de verre qui nuirait à l’obtention de l’immunité collective. En effet, en l’état, certaines populations sont tenues à l’écart de la vaccination. Le collectif Nos Services Publics estime que près de 20 % de la population française est laissée de côté parce que précaire, isolée, marginale. À cela s’ajoute une part de la population vaccino-hésitante pour laquelle un effort de pédagogie est nécessaire pour l’inciter à la vaccination. Combien de temps cela peut prendre ? Impossible de l’évaluer concrètement.

Alors, s’il est théoriquement possible de calculer d’une manière mathématique la date à laquelle le seuil d’immunité collective sera atteint, en pratique et en raison des facteurs humains et logistiques, c’est somme toute irréalisable à ce jour. Tout ce que nous pouvons dire, c’est que nous avons besoin que 85 % de la population soit vaccinée pour reprendre une « vie normale ». Autant dire qu’il est illusoire de miser sur la vaccination des autres pour atteindre l’immunité de groupe.

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