La découverte de phosphine sur Vénus, et les questions que cela peut susciter pour la recherche de la vie, peuvent rappeler l'histoire de la météorite martienne ALH84001. En 1996, des scientifiques pensaient y voir des preuves d'une vie passée sur Mars.

La détection de phosphine dans l’atmosphère de Vénus enthousiasme les scientifiques : la présence de ce gaz dans les nuages de la planète est intrigante, car les scientifiques ne parviennent pas à l’expliquer. Cependant, cette détection ne peut pas constituer une preuve suffisamment robuste de vie sur Vénus. Il faudra certainement de plus amples recherches et probablement des observations sur place pour espérer tester une telle hypothèse.

Certains scientifiques ont trouvé qu’il y avait dans cette annonce un « sentiment de déjà-vu » avec d’autres découvertes réalisées par le passé. L’engouement autour de cette détection a pu rappeler celle autour de la météorite martienne ALH84001. En 1996, cette météorite découverte 12 ans plus tôt en Antarctique est devenue particulièrement célèbre.

Vue de la météorite ALH84001 au microscope. // Source : Flickr/CC/Nasa Johnson (photo recadrée)

« Des preuves d’une vie primitive » sur Mars ?

Une équipe de chercheurs, dont plusieurs sont membres de la Nasa, publie alors une étude à son sujet dans la revue Science. La recherche s’appuie sur une technique de microscopie électronique, qui a révélé des structures en apparence biologiques sur ALH84001. L’hypothèse qu’il s’agisse de fossiles de micro-organismes est envisagée. Il pourrait s’agir de « restes fossiles d’un ancien biote martien », lit-on dans l’étude. Les caractéristiques des structures observées sur cette météorite seraient, considérées toutes ensemble, « des preuves d’une vie primitive sur la jeune Mars ». La Nasa appuie cette conclusion dans un autre document (qui évoque d’autres météorites), en 1999. « Nous pensons que notre hypothèse de base reste intacte : ces météorites contiennent des preuves suggérant une vie précoce sur Mars », écrivait alors l’agence.

L’annonce a rapidement suscité un grand débat. D’autres analyses ont apporté l’hypothèse qu’il s’agissait d’une simple contamination par des matériaux biologiques terrestres (dans Science en 1998). En 2009, les auteurs de la première étude ont répondu aux objections formulées par leurs confrères et réaffirmé que la seule hypothèse viable était selon eux biologique.

Une origine géochimique : des biomorphes

« Au final, on a découvert que ces fossiles n’étaient pas des fossiles de bactéries, c’étaient ce qu’on appelle des biomorphes : un assemblage minéral qui ressemble aux micro-organismes, mais n’a rien à voir avec une origine biologique, mais géochimique », explique à Numerama Adrienne Kish, responsable du service de bactériologie au Museum National d’Histoire Naturelle, spécialisée en exobiologie.

ALH84001 est le seul exemple que l’on ait eu à ce jour en matière de microbiologie concernant le classement des échantillons venus de l’espace. Le mystère entourant encore aujourd’hui l’objet et les débats suscités par son origine ont en tout cas montré que la science est un long processus, et que les travaux permettant d’explorer la véritable portée de découvertes peuvent prendre du temps. « Avec cet exemple, on a pris conscience du besoin de réaliser de plus amples études sur les échantillons, pour bien les distinguer », résume Adrienne Kish.

Crédit photo de la une : Flickr/CC/Nasa Johnson (photo recadrée)

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