Si la dégradation de masques chirurgicaux en polypropylène ne prend pas 450 ans comme on peut le lire parfois, une chose est sûre : ils mettent des années à se dégrader et sont source de pollution. La mise en place de bonnes pratiques au sujet des masques est urgente.

« Pour le fameux ‘monde d’après’ dont tout le monde parle, essayons de faire cohabiter des solutions à la crise sanitaire et des solutions à la crise environnementale », nous affirme Julie Sauvêtre, chargée de projet chez Zero Waste France, association engagée contre le gaspillage. Depuis que le port du masque s’est généralisé à des fins sanitaires, pour endiguer la propagation de la maladie Covid-19, l’alerte est donnée quant aux mauvaises pratiques : des masques, essentiellement ceux à usage unique, sont jetés dans les rues. Et en plus de ces déchets sur la voie publique, «  il y a déjà de gros soucis à cause des masques et des lingettes jetées dans les toilettes : durant l’épuration il y a toujours des pertes, alors cela se retrouve dans les cours d’eau puis dans les océans », alerte Julie Sauvêtre.

Les masques chirurgicaux, à usage unique, sont conçus en polypropylène, un matériau plastique, qui n’est pas biodégradable (en plus d’être issu de la ressource non renouvelable qu’est le pétrole). De fait, sa présence dans la nature relève très clairement d’une pollution. Depuis que le sujet a émergé, la plupart des intervenants évoquent un temps de dégradation autour de 450 ans. Ce chiffre n’est pas totalement faux… mais n’est pas non plus correct, comme le souligne à Numerama Kako Naït Ali, ingénieure matériaux de génie civil : ce temps de dégradation concerne « du polypropylène plus épais sous forme de film et dans des conditions particulières ».

Le port généralisé du masque entraîne quelques mauvaises pratiques, dont le fait que certains soient jetés dans la nature ou sur la voie publique. C’est cause de pollution. // Source : Pixabay

Pour l’instant, en l’absence de recul et d’études scientifiques spécifiques, il n’est pas vraiment possible d’avancer une échelle de temps aussi précise pour la dégradation des masques chirurgicaux dans la nature. Mais, en réalité, là n’est pas vraiment le sujet. Car Kako Naït Ali relève qu’une chose est sûre et certaine, car scientifiquement incontestable : « Même s’il se dégradait en quelques années, il aurait très largement le temps de faire des dégâts. » Cela peut aller de quelques années à des centaines d’années, mais le fait est que ne serait-ce qu’une dizaine d’années de dégradation représente un problème écologique.

«  Dès qu’ils sont au sol et dans les égouts, ils se vont se dégrader en microparticules, détaille Julie Sauvêtre. Cette lente dégradation en microparticules qui va imprégner le sol et créer une pollution à long terme, dangereuse pour les écosystèmes ainsi que pour notre santé. » Cette pollution menace autant la biodiversité, déjà en danger, que les êtres humains. Les poissons contaminés par ces toxines, par exemple, sont potentiellement consommés par la suite. Comme le fait remarquer Julie Sauvêtre, les enjeux environnementaux sont également des enjeux de santé publique.

Les limites du recyclage

Les masques en polypropylène ont également le désavantage écologique de ne pas être recyclables, à l’heure actuelle. « Les masques ne peuvent pas être recyclés car ils font partie des DASRI (déchets d’activités de soins à risques infectieux), ils sont tout d’abord désinfectés puis incinérés », indique Kako Naït Ali. Il ne faut jeter les masques ni dans les rues, ni dans la nature, ni dans les toilettes, mais pas non plus dans les poubelles de recyclage. Plusieurs pistes sont en cours de test pour élaborer une nouvelle filière recyclant les masques médicaux.

« Pas de nouveauté dans la façon de polluer »

Une situation que déplore Zero Waste, qui tient à attirer l’attention sur ce qui est en fait un problème systémique. « Quand on se heurte aux limites du recyclage des masques, ce sont les mêmes limites que pour les emballages plastiques qu’on dénonce depuis plusieurs années. » D’ailleurs, Julie Sauvêtre indique à Numerama qu’au fond il n’y a «  pas de nouveauté dans la façon de polluer » : dans tous les cas, c’est le principe du jetable qui reste problématique en toile de fond. Limiter les déchets de masques jetables, c’est alors limiter l’afflux de masques jetables eux-mêmes. Il s’agit donc de se questionner sur l’usage des masques en tissu, réutilisables. Mais n’ont-ils pas, eux aussi, un impact écologique ?

Et les masques en tissu ?

L’usage de masques en tissu doit également faire l’objet d’une bonne pratique. La dégradation du coton et autres matières naturelles « dépend de leurs traitements », soulève l’ingénieure Kako Naït Ali. Si le tissu est traité avec des biocides ou équivalents, il se dégradera plus lentement dans la nature. Autre critère : les masques en tissu se dégraderont globalement plus vite que des masques en polypropylène, puisqu’ils sont biodégradables, mais «  la durée dépend du milieu, notamment de la présence de bactéries cellulolytiques ». Cette durée pourra passer de quelques mois à plusieurs décennies « en fonction du traitement du coton et du milieu », précise Kako Naït Ali. Raison pour laquelle Julie Sauvetre invite de son côté à privilégier, autant que possible, des tissus comme du coton bio, voire un coton certifié (par exemple la norme Gots).

« Par la réutilisation à grande échelle, on a un impact environnemental moins important  »

Alors, d’un point de vue environnemental, l’usage grand public doit-il être plutôt en faveur du masque jetable ou du masque en tissu ? Il n’y a pas encore eu d’analyse scientifique des cycles de vie comparant masque lavable et masque jetable. Mais un parallèle est possible avec les sacs. Si un sac en tissu a son propre impact écologique en raison par exemple du transport, des produits de traitement, du cycle de lavage qui demande de l’eau et du détergent, finalement cet impact est moins élevé que celui du sac en plastique sur la totalité de la vie du sac. « Par la réutilisation à grande échelle, on a un impact environnemental moins important. Pour les masques, on peut supposer qu’il s’agit du même mécanisme », indique Julie Sauvêtre.

La généralisation des masques dans l’espace public va donc nécessiter le développement d’un usage raisonné et durable. Ne pas jeter n’importe quoi sur la voie publique apparaît déjà comme une évidence — jeter un masque par terre sera d’ailleurs bientôt sanctionné à hauteur de 135 euros. Au-delà, l’important va être aussi d’équilibrer l’usage entre masque réutilisable en tissu et masque médical jetable. « Autant utiliser les masques chirurgicaux pour des configurations spécifiques, et privilégier les masques réutilisables pour des actes de vie quotidienne pour les courses », conseille Julie Sauvêtre.

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