La crise du coronavirus s'accompagne en coulisses d'une crise du secteur pétrolier. Par manque d'espace de stockage, le pétrole peut être ré-enterré au Texas... et en hors des lieux habituels. Les aquifères sont à risque.

La crise sanitaire causée par la pandémie est aussi synonyme d’un énorme choc économique. De nombreux secteurs sont touchés : culture, tourisme, restauration en tête de file. C’est également le cas du pétrole. En avril 2020, en raison du confinement de plus de 3 milliards d’humains et sur fond de désaccords entre les pays producteurs, pour la première fois de l’histoire, le prix du baril est devenu négatif, paralysant tout le secteur. L’organisation Oil Change International craignait alors que cette banqueroute soit un possible «  cauchemar environnemental à venir », du fait des mauvaises pratiques que cela pourrait générer de la part des entrepreneurs concernés.

Il n’aura pas fallu bien longtemps pour voir émerger l’imminence de ces mauvaises pratiques. L’une des causes de la chute du prix du baril est la réduction des lieux de stockage. Alors certaines entreprises vont pouvoir enterrer à nouveau sous Terre le pétrole qui a été pompé. Une bonne nouvelle pour l’environnement ? Pas vraiment, car le pétrole ne sera pas remis là où il a été puisé. Le problème est bien là.

Un gisement de pétrole. Illustration. // Source : Pixabay

Une situation « perturbante »

La situation ne concerne pas tous les sites pétroliers du monde, mais plus particulièrement l’État du Texas, aux États-Unis. La Texas Railroad Commission, qui régule la production de gaz et de pétrole, a voté le 5 mai 2020 en faveur d’une autorisation temporaire de stocker des hydrocarbures liquides sous Terre en dehors des réserves habituelles (de larges cavernes de sel spécialement converties pour cet usage). Ils peuvent dorénavant stocker le pétrole dans d’autres formations géologiques, naturelles, qui ne sont pas prévues à cet effet.

En dehors des lieux spécialement reconvertis pour le stockage d’hydrocarbures, le risque est bel et bien que le pétrole fuite et imprègne son environnement. Ce serait néfaste pour les aquifères, ces nappes souterraines, dans le sol et les roches-réservoirs, où l’eau circule librement. Or, au Texas, il existe six aquifères majeurs qui fournissent 60 % de l’eau potable de l’État, ainsi qu’une vingtaine d’autres plus petits. Il est clair qu’un surplus de pétrole dans le sol, s’il y reste trop longtemps, peut pénétrer les aquifères majeurs et mineurs avoisinants.

Dans TexasObserver, l’ingénieur en génie pétrolier Ramanan Krishnamoorti fait part de son inquiétude : « Est-ce que cela va rester là et ne pas s’écouler dans l’aquifère ? Les préoccupations environnementales sont ici un grand problème. » L’ingénieur est rejoint par une porte-parole de Texas Environnement, qui trouve la situation « perturbante » pour la santé et l’environnement.

« Nous étions assez choqués »

En prévention, la Texas Railroad Commission indique dans son avis que les entreprises voulant réintroduire le pétrole dans le sol hors des réserves habituelles devront avoir son autorisation et devront «  démontrer que l’installation de stockage sera créée, exploitée et entretenue de manière à éviter le gaspillage du pétrole brut stocké, la fuite incontrôlée de pétrole brut, la pollution des eaux souterraines et tout danger pour la vie ou les biens ».

Ces mots ne vont pas forcément rassurer grand monde au Texas, l’État américain faisant l’objet d’un lourd passif de contamination des eaux par les entreprises pétrolières. La Texas Railroad Commission a par le passé donné l’autorisation à des entreprises de rejeter des déchets pétroliers dans des aquifères pourtant utilisés pour puiser de l’eau potable. En 2014, la commission avait également fait peu de cas de la déjection de déchets dans un aquifère du Sud.

L’autorisation de réintroduction du pétrole a, qui plus est, été prise de manière unilatérale. C’est ce que dénonce, dans TexasObserver, la directrice exécutive de la Greater Edwards Aquifer Alliance, Annalisa Peace. « Nous étions assez choqués. Habituellement, pour quelque chose d’aussi énorme, il y a une période de discussion, pendant laquelle on a le temps d’analyse la situation. »

Crédit photo de la une : Pixabay

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