Des initiatives et recherches portent sur les effets du rayonnement ultraviolet sur le SARS-CoV2. Que sait-on aujourd'hui de ces effets ? Est-il possible que les UV puissent servir à inactiver le virus à l'origine de la Covid-19, et si oui dans quelles conditions ?

Un étonnant robot s’est invité dans un des terminaux de l’aéroport Nice-Côte-d’Azur le 8 mai. L’appareil est censé décontaminer les zones publiques : grâce à un rayonnement bleuté, il permettrait d’éliminer le coronavirus à l’origine de la maladie Covid-19. Mais que sait-on vraiment de l’efficacité des rayonnements ultraviolets pour inactiver le SARS-CoV2 ?

Comme son nom l’indique, le rayonnement ultraviolet (UV) désigne les radiations du spectre électromagnétique qui se trouvent au-delà du violet. Ce rayonnement peut être émis par des sources de lumières naturelles, par exemple le Soleil ou certaines galaxies, ou par des sources de lumières artificielles. Il est utilisé dans l’éclairage, mais pas seulement : il est connu pour son pouvoir bactéricide (il contribue à détruire des bactéries). Il est ainsi employé pour le traitement de l’eau, par exemple. Avec l’épidémie de coronavirus, l’idée d’en faire usage afin de décontaminer des surfaces et de potentiellement inactiver le virus a suscité de l’intérêt.

Avant d’aller plus loin, un rappel s’impose : l’Organisation mondiale de la Santé a insisté sur le fait que les lampes UV ne doivent pas être utilisées pour désinfecter les mains ou toute autre zone de la peau. Les UV sont irritants pour la peau et risquent d’abimer les yeux.

Diagramme du spectre électromagnétique, dont le rayonnement ultraviolet. // Source : Wikimedia/CC/Inductiveload, NASA/Berru, annotation Numerama

De quoi parle-t-on quand on parle d’UV ?

Le rayonnement ultraviolet regroupe trois catégories : UV-A, UV-B et UV-C. « Tous ces rayonnements sont produits par le Soleil, mais ce sont essentiellement les UV-A et UV-B qui arrivent sur Terre, les UV-C n’atteignent jamais la surface de la Terre, car ils sont absorbés par la couche d’ozone », explique à Numerama Geraldine Dantelle, chercheuse à l’institut Néel (CNRS, Grenoble) au sein de l’équipe Optique et Matériaux. C’est cette troisième catégorie qui intéresse ici, pour ses propriétés de désinfection de surfaces. « L’énergie transportée par ces rayons lumineux peut endommager l’ADN et l’ARN des micro-organismes, virus ou bactéries, et les rendre inopérants », poursuit la scientifique.

Comment cela fonctionne-t-il exactement ? « L’ADN absorbe les UV entre 200 et 300 nanomètres, donc principalement les UV-C. L’énergie apportée par les photons absorbés permet de créer de nouvelles liaisons covalentes [ndlr : des atomes constitutifs de la molécule mettent en commun des électrons] entre des bases constitutives des brins d’ADN, ce qui coupe des liaisons existantes entre bases complémentaires des deux brins de la molécule d’ADN et donc abîme l’ADN », résume Géraldine Dantelle. En pratique, cela tue les organismes qui y sont exposés.

À l’heure actuelle, aucune étude scientifique solide n’a pu démontrer l’effet des UV-C sur le virus à l’origine de la Covid-19. « Des études scientifiques, publiées dans des journaux internationaux, ont rapporté des effets de ces UV-C sur le SARS et le MERS. Bien que l’on sache que chaque virus répond différemment, un traitement par des UV-C pourrait permettre de détruire de manière efficace la Covid-19 », résume pourtant la chercheuse, rappelant les précédentes pandémies liées à des coronavirus. Des expériences, comme celles de l’aéroport Nice-Côte-d’Azur, sont mises en place pour utiliser des UV-C afin d’éradiquer le virus SARS-CoV2.

Un projet de « Bio-scan »

En France, une autre initiative est portée par le groupe Bio-UV, spécialisé dans la fabrication d’appareils de traitement de l’eau par UV-C (afin d’éviter notamment l’usage du chlore). Le projet repose sur un « Bio-scan ». Dans un communiqué de presse du 18 mai 2020, la société a officialisé le lancement de ce système, qu’elle présente comme « capable d’éliminer bactéries et virus, dont le SARS-Cov-2, sur toutes les surfaces grâce aux UV-C ».

Le Bio-scan. // Source : Bio-UV (photo recadrée)

« Depuis vingt ans, Bio-UV se spécialise sur le traitement de l’eau. Fin mars, je me suis dit qu’avec cette technologie on pouvait faire de la surface. Nous voulions aboutir à quelque chose qui soit mobile, pas lourd, dont tout le monde puisse se servir, et bien évidemment efficace. C’est comme ça qu’on a lancé ce projet de Bio-scan », résume Benoit Gillmann, président de Bio-UV, auprès de Numerama. Le fondateur de la société insiste sur le fait que Bio-UV tient à « toujours faire certifier [ses technologies] par des laboratoires ou des institutions indépendantes ».

Le Bio-scan, qui émet dans la longueur d’onde de 254 nanomètres, a ainsi obtenu deux certifications, émises par deux laboratoires différents. Le premier est le laboratoire Biofaq (groupe Carso). Benoit Gillmann explique que les conclusions de ce laboratoire lui permettent aujourd’hui d’affirmer que le Bio-scan « est efficace sur les virus à 99,99 %. Cela veut dire que sur 10 000 germes, il peut en rester 1. Sur les bactéries, la performance est de 99,999 %. Sur 100 000 germes, il peut en rester 1. »

Il faut pourtant noter que lorsque le Bio-scan a été soumis à ce premier laboratoire, les tests ne portaient pas spécifiquement sur l’effet des UV-C sur le SARS-CoV2. « Ce type de virus était identifié. On avait déjà une indication de la dose qui semblait être nécessaire pour l’éradiquer. Ce n’est pas un virus qui demande beaucoup plus de doses qu’un autre », explique Benoit Gillmann. Le président de la société nous indique qu’avec la certification du deuxième laboratoire, C4 Diagnostics, c’est cette fois-ci l’effet sur le SARS-CoV2 qui a été testé.

Le produit est présenté comme certifié par la norme « NF T81-273, reconnue sur le plan international ». Une dénomination opaque et imitant les normes françaises publiques, dont la méthodologie pour l’obtenir ne nous a pas été transmise : il s’agit d’un référentiel privé. Le laboratoire Biofaq nous a confirmé avoir mis en place et proposé à Bio-UV « une méthode interne dérivée de la norme NF T72-281  » (norme qui a elle-même été annulée et remplacée depuis). Contactée par nos soins, l’AFNOR (Association française de normalisation) explique que le document auquel se réfère Bio-UV ne paraît pas « être reconnu au plan international comme l’est une norme ISO, qui a été élaborée par plusieurs pays, chacun réunissant un groupe de parties intéressées qui travaillent collectivement et s’accordent sur un document ». Ce qui ne disqualifie pas pour autant la machine.

Car le Bio-scan n’est pas un procédé grand public : il faut préalablement protéger les yeux et la peau de l’opérateur qui se sert de l’engin. L’appareil est ensuite approché des surfaces à traiter (comme sur l’image ci-dessus). Dans ce genre de dispositifs, Géraldine Dantelle nous confirme que « l’intensité de la lampe diminue à mesure que l’on place la surface à traiter loin de la lampe elle-même, d’où la nécessité de placer les lampes proches des surfaces à traiter. […] Il est toutefois nécessaire de prendre des précautions quant à la présence humaine pendant le traitement, car ces rayonnements (surtout dans la gamme 250-280 nanomètres, nocifs pour l’homme). »

Des recherches menées sur des « UV-C profonds »

À l’université Columbia, une équipe de scientifiques se penche aussi sur l’utilisation des UV-C afin de limiter la propagation du coronavirus. Néanmoins, ces chercheurs travaillent sur d’autres UV-C, dits « UV-C profonds » (« far-UVC »), d’une longueur d’onde environ 220 nanomètres. D’après eux, cette lumière UV aurait l’avantage de ne pas pouvoir atteindre ou endommager les cellules vivantes du corps humain. Mais elle pourrait cependant tuer les virus se trouvant dans l’air. « Contrairement aux UV germicides conventionnels à 254 nanomètres, l’idée derrière les UV-C profonds est qu’il peuvent être utilisés dans des lieux publics occupés », résume David Brenner, directeur du Centre de recherche radiologique de l’université Columbia, impliqué dans ces recherches, dans un mail adressé à Numerama.

Dans leur étude la plus récente sur le sujet, ces scientifiques ont travaillé sur deux coronavirus humains, HCoV-OC43 et HCoV–229E, transportés par des aérosols. « Les deux souches de coronavirus étudiées ont une sensibilité élevée à l’inactivation des UV-C lointains », constatent les auteurs. Plus loin, ils ajoutent que « comme tous les coronavirus humains ont des tailles génomiques similaires, ce qui est un déterminant principal de la sensibilité aux UV, il est raisonnable de s’attendre à ce que la lumière UV-C lointaine montre une efficacité d’inactivation similaire contre tous les coronavirus humains, incluant le SARS-CoV–2. » Ils leur reste encore à démontrer l’effet de cette catégorie d’UV-C sur le virus à l’origine de la Covid-19.

« Cette piste de recherche est récente et les études de toxicité sur l’homme n’ont pas encore été conduites », nous confirme Géraldine Dantelle.

Et en été ?

L’idée d’employer des rayonnements ultraviolets pour chercher à inactiver le virus peut soulever une dernière question : si cela fonctionne, y aurait-il plus de chances pour que le SARS-CoV–2 soit inactivé en été, par une exposition plus importante aux rayons du Soleil ? « L‘arrivée des beaux jours pourrait inactiver le virus, mais cette efficacité va fortement dépendre de l’endroit où l’on se trouve, estime Geraldine Dantelle. Des études scientifiques sont en cours pour le prouver et confirmer les hypothèses, en particulier la dose nécessaire à l’inactivation du Covid-19 ». Pour l’heure, les études qui prennent en compte le climat sont pessimistes : l’été ou la météo n’auront visiblement pas d’impact sur le virus.

Crédit photo de la une : Flickr/CC/trentv11182

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