La distanciation physique ou encore les restrictions de rassemblements ont un plus grand impact pour contrer Covid-19 que n'en aura la chaleur estivale.

La question d’un éventuel lien entre la météo et le coronavirus SARS-CoV-2 se pose presque depuis les premiers temps de la pandémie. Début avril, nous faisions un point sur ce sujet à partir des études alors disponibles, ce qui permettait d’en arriver à la conclusion suivante : la maladie sera peut-être saisonnière, mais il est certain qu’elle ne pourra pas « disparaître » — comme le prétendaient des personnalités publiques mal avisées — en raison de la chaleur estivale. Cette conclusion restait encore partielle, car la plupart des études restaient en prépublication, et quelques exceptions venaient signaler que la température jouait tout de même peut-être un rôle.

Les connaissances sur le sujet se précisent dorénavant davantage et vont vers le constat que le lien entre la chaleur estivale et le coronavirus est quasi inexistant. Une solide étude vérifiée par un comité de lecture a été publiée le 8 mai dernier. « Nous avions conduit une étude préliminaire qui suggérait que la température ainsi que la latitude jouaient un rôle. Mais quand nous avons réitéré l’étude sous des conditions plus rigoureuses, nous avons obtenu le résultat opposé », explique le docteur Jüni, l’un des auteurs de cette recherche.

Un déroulé des événements qui vient d’ailleurs rappeler qu’une étude prépubliée reste faible en portée scientifique, car une absence de révision par les pairs peut signifier une méthode incomplète. En période de crise sanitaire, tout va plus vite, il est normal que les preprints soient plus visibles : elles peuvent être tout à fait intéressantes, mais il faut garder une grande prudence à leur égard. La nouvelle version publiée ce 8 mai, quant à elle, ne relève plus d’une prépublication et s’avère donc plus importante.

Il ne faut pas compter sur la chaleur de l’été pour que Covid-19 disparaisse d’un coup. Les mesures protectrices resteront la clé, selon cette étude. // Source : Pixabay

Plusieurs facteurs, naturels et humains, ont été étudiés

La méthode des chercheurs a consisté à rassembler des données sur 144 aires géopolitiques différentes sur le globe, ce qui rassemble au total 375 609 cas d’infection. Par ailleurs, l’étude prend soin de comparer plusieurs facteurs. Car si certains travaux trouvaient une corrélation entre chaleur et Covid-19, ils n’aboutissaient pas à un lien de causalité entre ces deux éléments, puisque d’autres facteurs pouvaient entrer en jeu. Cette nouvelle étude est considérée comme plus rigoureuse par ses auteurs justement parce que la place de la chaleur dans le tableau d’ensemble est clairement identifiée.

Les chercheurs ont éliminé les pays qui avaient déjà atteint un pic épidémique (Italie, Chine…) au moment de l’analyse, car les facteurs favorisant l’épidémie étaient alors trop brouillés par une propagation généralisée. Pour les autres lieux, ils ont comparé la rapidité d’évolution de la maladie et son ampleur avec une variété de critères, comme la température, la latitude, l’humidité, les restrictions de rassemblements, les fermetures d’écoles ou les mesures de distanciation physique.

Les résultats en arrivent à plusieurs conclusions, concernant à la fois le climat local, mais aussi les autres facteurs. Les chercheurs ont pu isoler des proportions d’impact entre ces facteurs et Covid-19 :

  • Très peu à pas du tout d’association entre la température, la latitude, et la maladie ;
  • Un très léger impact de l’humidité ;
  • Une très forte association entre l’évolution de la maladie et les fermetures d’écoles, les restrictions de rassemblements, et le respect de la distanciation physique.

Cela signifie, en bref, que la chaleur estivale ne permettra pas de freiner l’épidémie du coronavirus, mais que le respect et le maintien de certaines mesures publiques, oui. Les auteurs estiment que leurs découvertes sont d’autant plus importantes au moment où une partie du monde organise un déconfinement progressif et raisonné.

« L’été ne va pas faire disparaître le problème, conclut l’épidémiologiste Dionne Gesink, co-auteur de l’étude. Il est important que les gens le sachent. En parallèle, plus une région met en place des actions de santé publique, plus il y a un ralentissement important de la croissance de l’épidémie. Ces interventions (…) sont vraiment cruciales parce que c’est la seule chose qui fonctionne, actuellement, pour ralentir l’épidémie. »

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