Un masque en tissu trop grand a de grands risques d'être inefficace. Or certains modèles distribués gratuitement, ou vendus dans le commerce, bien qu'en taille « standard », sont justement trop grand pour certaines personnes.

Les masques sont un enjeu central de la crise sanitaire que nous vivons. Au défi de la pénurie de masques chirurgicaux et FFP2, nécessaires au personnel médical, s’ajoute maintenant le défi de la nécessité d’une large disponibilité de masques « grand public » pour toute la population. Ces derniers, en tissu, vont être (et commencent déjà à être) distribués de différentes façons, que ce soit gratuitement par les communes ou à l’achat dans des pharmacies et grandes surfaces. En parallèle de cette distribution officielle, les Français et Françaises ont déjà commencé à s’organiser par eux-mêmes en creusant la voie des masques « faits maison », que l’on peut fabriquer en suivant des patrons disponibles sur Internet, et notamment les patrons proposés par l’Afnor.

La qualité de ces masques en tissu grand public s’évalue sous différents aspects. Un bon masque doit respecter certains critères et parmi eux, il y a le nombre de couches, le type de tissu, la respirabilité, sans oublier la façon de l’entretenir. Mais une autre condition est moins souvent mise en lumière alors qu’elle est cruciale : la taille du masque, adaptée ou non à la morphologie de votre visage. En pleine crise sanitaire, les cas de masques inadaptés représentent un problème bel et bien présent, et cela s’accroît maintenant avec les formats grand public. Entre risque de santé publique et facteur d’inégalité, Numerama a enquêté sur cette problématique, dont voici la première partie.

Pour les soignants, les masques sont vitaux. Mais ils vont devenir essentiel aussi à toute la population dans l’après-confinement, pour de nombreuses situations. // Source : Illustration Pixabay

Les masques distribués sont parfois trop grands

Les tailles inadéquates représentent d’abord un problème dans la sphère professionnelle, comme le dénonce un étudiant en soins infirmiers, qui s’est signalé sur Twitter. À la clinique, il a reçu des masques non seulement défaillants (élastiques qui se cassent…), mais qui plus est « trop grands ». Il nous a confirmé que la situation a duré une semaine et, évidemment, une telle situation est risquée pour le personnel médical, puisqu’il est directement exposé au quotidien.

Les masques grand public, en tissu quant à eux, font face au même enjeu d’une fabrication parfois peu concernée par leur adaptabilité aux morphologies humaines — d’autant qu’ils sont distribués en une seule taille, deux maximum (enfant/adulte). Une riveraine de la ville de Nantes, Morgane, a alerté Numerama : si la métropole a commencé la diffusion gratuite de 600 000 masques en tissu pour toute sa population, ils ne sont pas adaptés à certaines morphologies. Photos à l’appui [ci-dessous] lors de notre échange, nous avons pu constater que le masque pique de 2 cm au moins en-dessous du menton et sur les côtés, tout comme les élastiques apparaissent trop lâches. Le masque ne se plaque absolument pas sur le visage de Morgane qui, pourtant, est une femme adulte de 39 ans.

Même si elle a un visage relativement fin, cela ne suffit pas à expliquer ce souci de format. Elle est en effet une personne à risque en raison d’une déficience immunitaire, alors, de fait, elle porte depuis le début de la crise des masques chirurgicaux normés… qui lui vont très bien. Élément rassurant, la ville de Nantes a heureusement prévu une taille « enfant » qui pourrait peut-être mieux convenir à d’autres morphologies faciales que la première catégorie, mais Morgane est inquiète : va-t-elle pouvoir recevoir l’un de ces masques enfant, étant donné qu’ils sont (en toute logique) envoyés à des foyers avec des enfants ?

Les images fournies par Morgane à Numerama.

Contactée par Numerama, la métropole nantaise n’a pas évoqué les solutions proposées aux riverains dans la situation de Morgane, mais a assuré que les masques sont « homologués ». Et d’après le document qui nous a été transmis, c’est bel et bien le cas : les patrons répondent aux normes européennes. Le problème est donc beaucoup plus structurel qu’il n’y paraît, aspect que nous aborderons prochainement dans une deuxième partie de cette enquête.

Un masque trop grand est un masque inefficace

Il s’agit moins de blâmer les villes telles que Nantes que de rappeler que ces inadéquations entre les formats et les morphologies ne sont pas qu’un détail, mais bien un vrai défi qui mérite l’attention des fabricants, des citoyens et des pouvoirs publics. Car distribuer un masque pour en distribuer un n’est pas la panacée. Le fait est que la taille d’un masque a un impact direct sur son efficacité. Il ne doit être ni trop grand ni trop petit, comme le confirme à Numerama Olivier Gibert, porte-parole de l’Afnor. «  Le masque doit toujours être bien plaqué sur le visage, de manière à ce qu’on sente une résistance à l’air quand on respire à travers le masque. »

S’il est trop grand, « cela va bailler sur les côtés et il va tomber », ce qui implique à la fois qu’il ne filtre rien, mais aussi qu’il faut le réajuster constamment — or il ne faut surtout pas toucher un masque une fois qu’il est positionné, la surface pouvant être contaminée. S’il est trop petit, «  si le bas du masque arrive juste en dessous du bas de la lèvre inférieure par exemple, alors lorsqu’on s’exprime, qu’on baille, etc., la jointure ne sera plus effective. » Dans les deux cas, les mouvements du quotidien présentent autant de risques de contamination qu’en l’absence de masque.

Ajuster les patrons à chaque visage est une démarche bienvenue

Olivier Gibert indique que les deux patrons diffusés par l’Afnor, adulte (20×20) et enfant (17×17), ont été réalisés sous la recommandation d’un comité de 150 experts, qui se basent eux-mêmes sur les normes européennes pour masques chirurgicaux et masques FFP2, lesquels se situent dans une moyenne adaptée à la plupart des morphologies. En revanche, les adaptations du modèle « sont tout à fait bienvenues pour ajuster en fonction de la réalité » de chaque visage, et c’est même relativement nécessaire étant l’impact du format de masque sur sa filtration.

« La tendance des masques fait maison va vraisemblablement s’installer dans le temps, d’autant plus quand on voit bien la défiance face aux modèles de masques vendus ici ou là et qui posent question », estime Olivier Gibert. Selon lui, le port de ces masques artisanaux en tissu mènera progressivement à ce que les riverains « s’appuient sur un artisan local, que l’on connaît, et qui pourra ajuster le modèle à notre morphologie ».

Crédit photo de la une : Pixabay

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