Les masques faits maison sont utiles, faute de mieux en l'absence de masques chirurgicaux ou FFP2/3. Voici quelques études scientifiques sur ce sujet, car tous les masques faits maison ne se valent pas.

Il ne fait plus vraiment de doute que les masques ont un rôle global à jouer pour endiguer la crise sanitaire provoquée par Covid-19. « Peut-être qu’il serait rationnel de recommander que les personnes confinées portent un masque si elles ont besoin de quitter leur habitation, quelle qu’en soit la raison, afin d’éviter une transmission asymptomatique ou présymptomatique », écrivaient les auteurs d’une étude sur Covid-19 parue dans la revue scientifique The Lancet. En bref : même si les masques chirurgicaux sont clairement moins efficaces que les FFP2/3 pour se protéger et protéger, ils restent meilleurs qu’une absence totale de protection.

Mais ce n’est pas si simple, car les États occidentaux — dorénavant eux aussi en faveur d’un port élargi des masques — font face à une pénurie de masques chirurgicaux. Il n’y en a déjà pas assez pour le personnel soignant, qui doit évidemment être prioritaire, alors encore moins pour la population entière. Des masques « grand public » sont prévus, mais les contours de ce dispositif restent encore peu précisés. Dans ce contexte, de plus en plus de gens adoptent leur propre stratégie : confectionner des masques à la maison, à la maison ou à la machine, avec différents matériaux. Est-ce une bonne idée ? Sont-ils efficaces ? Voici quelques pistes, à partir d’études scientifiques, pour confectionner un masque facial utile.

Exemple de masque en cours de réalisation, en couture à la main, à partir de coton et de feutrine. // Source : Numerama

Masque fait maison : toujours mieux que rien

Peu après la pandémie de grippe ayant sévi en 2009, une équipe de recherche issue de l’université de Cambridge s’est penchée sur la question : en cas de pénurie de masques produits dans des industries spécialisées (masques FFP2/3, chirurgicaux…), quelle serait l’efficacité de masques alternatifs faits maison ? Le protocole consistait à demander aux participants de fabriquer eux-mêmes des masques à partir de différents matériaux : coton, foulard, torchon, taie d’oreiller, taie d’oreiller antimicrobienne, filtre d’aspirateur, etc. Puis les chercheurs ont aspergé les masques de deux types de bactéries différentes. Les masques chirurgicaux servaient de valeur de « contrôle », afin d’avoir un point de comparaison.

Si cette recherche faisait suite à la pandémie grippale et n’aborde pas le coronavirus respiratoire SARS-CoV-2, le résultat reste pertinent : « Tous les matériaux testés ont montré une capacité à bloquer des aérosols microbiens », écrivent les scientifiques dans l’étude. Le masque chirurgical était toutefois, systématiquement, le plus efficace dans le cadre de ce test spécifique. « Les masques faits maison ne devraient être envisagés qu’en dernier recours pour prévenir la transmission de gouttelettes de personnes infectées, mais c’est mieux qu’une absence de protection », en concluent les auteurs.

En résumé : l’utilité de ces masques homemade se situe au-dessus de l’absence de masques, mais en-dessous des masques chirurgicaux produits professionnellement. Ce sont deux constats qu’il faut garder en tête en portant des masques faits maison, car il s’agit à tout prix de ne pas se sentir excessivement protégé, et de conserver toutes les autres mesures barrière. Par ailleurs, tous les masques faits maison ne se valent pas.

Quelles matières utiliser ? Combien de couches ?

Il n’y a pas encore eu d’étude scientifique spécifiquement produite au sujet des masques fait maison pour SARS-CoV-2, mais l’étude produite par les scientifiques de Cambridge a des implications qui restent valables dans le contexte actuel. Les filtres d’aspirateur ont la capacité filtrante la plus élevée après les masques chirurgicaux, «  mais la rigidité et l’épaisseur du sac ont créé une forte chute de pression sur le matériau  », écrivent les auteurs. Constat similaire pour le torchon, qui a la deuxième meilleure capacité filtrante, mais ce même problème de rigidité bloquant la respiration. Cela signifie que ces matériaux seront efficaces mais qu’ils pourront rendre la respiration trop difficile, pesante. Un constat partagé en France par l’Afnor, qui indique que les sacs d’aspirateur et filtres à café « ne présentent pas de bons résultats en termes de respirabilité » et ils peuvent même « libérer des substances irritantes » (dont l’inhalation peut aller jusqu’à provoquer des crises d’asthme). Ces éléments ne permettront donc pas d’aboutir à un masque fait maison idéal.

Les chercheurs de Cambridge estiment que le tissu avec le meilleur ratio efficacité / respiration est le 100 % coton, provenant par notamment de t-shirts et de taies d’oreiller. Viennent seulement ensuite, et dans l’ordre décroissant d’efficacité, d’autres matériaux comme le mélange de coton, une écharpe, du lin, de la soie. Concernant le papier essuie-tout (type Sopalin), un test mené par SmallAirFilters montre qu’il n’est pas un filtre particulièrement efficace : seulement 23 % (pour une couche) à 33 % (pour deux couches) des particules infectées étaient capturées durant cet essai. Évidemment cela reste, là encore, mieux que rien. Quoi qu’il en soit, il apparaît que le coton reste la meilleure matière de base, et c’est également ce qui revient dans le guide et les patrons fournis par l’Afnor pour fabriquer un masque à la maison.

Mais attention, cette première matière que vous choisissez n’est pas le seul critère. Il ne suffit pas de prendre un t-shirt en coton puis de le plier pour réaliser un masque correctement filtrant. Si vous avez commencé à explorer les tutoriels, vous l’avez remarqué : il faut superposer des couches. Même l’étude de Cambridge montre que l’efficacité augmente avec les couches. L’idéal est que l’une de ces couches (celle intermédiaire si vous en mettez trois) contienne quoi qu’il en soit un tissu non-tissé très dense. Car même si le coton remporte globalement de meilleurs scores… ce n’est pas une panacée automatique, cela dépend en fait du nombre de fils utilisés dans le tissu, de sa bonne fabrication, de sa densité, et des couches. C’est pour cela qu’une simple écharpe en laine, même s’il vaut mieux cela que rien du tout, n’est pas très utile.

Une intéressante étude produite par le centre médical Wake Forest Baptist Health apporte des éléments à ce sujet, sur les masques fait-maison les plus utiles. On y constate qu’une même matière de base, même bonne dans l’absolu, peut aller du pire au meilleur : une seule couche d’un coton extrêmement fin ne filtrait que 1 % des particules infectées ; là où un masque fait de deux couches de coton à quilter de haute qualité (le type de fils que l’on retrouve dans un édredon, du molleton, ou des patchworks) atteignait 79 %, soit beaucoup moins qu’un FFP2/3 (97 %)… mais davantage qu’un masque chirurgical (62 – 65 %). Quasiment aussi performant que le masque en double couche de coton quilter haute qualité, on retrouve également un « masque à double couche constitué d’une simple couche extérieure de coton et une couche intérieure de flanelle ». Les tissus choisis et leur superposition ont un rôle déterminant.

Sur cet exemple suivant un patron hospitalier, on a trois couches : à l’intérieur et à l’extérieur, du 100 % coton plutôt fin mais de bonne qualité et de densité correcte, puis au milieu, une bonne couche de feutrine. Le confort de respiration est associé à la filtration. // Source : Numerama

Sachez par ailleurs que la feutrine est l’un des plus anciens tissus non-tissés, elle est très efficace. Un masque constitué de deux couches de coton issues d’un t-shirt ou d’une taie d’oreiller avec, au centre, une couche de bonne feutrine (comme ci-dessus) ou de flanelle, sera un bon masque : respirable, confortable, filtrant. D’ailleurs, l’un des auteurs de l’étude du Wake Forest Baptist Health donne dans le NY Times une petite technique pour vérifier facilement la densité (et donc la capacité barrière) d’un vêtement. Il faut le regarder à la lumière et porter une attention particulière au nombre de fibres que vous arrivez à apercevoir. Plus les fibres apparaissent facilement, moins il est dense et moins il fait une bonne barrière ; inversement, « si c’est un tissage plus dense d’un matériau plus épais et que la lumière ne le traverse pas autant », alors c’est ce qu’il vous faut.

Masques faits maisons : ce qu’il faut retenir

  • Il vaut mieux un masque fait maison que rien du tout. Certains des masques fait maison peuvent s’approcher de la qualité des masques chirurgicaux, mais les tissus impliqués jouent un rôle déterminant.
  • Privilégier des tissus 100 % coton, provenant par exemple de t-shirts ou de taies d’oreiller : soit de très haute qualité et avec une grande densité ; soit de moins bonne qualité si vous n’avez pas mieux, mais alors en l’associant à un tissu non-tissé comme de la feutrine, de la flanelle.
  • Attention à la fausse bonne idée des filtres à café, filtres d’aspirateur : oui, ils filtrent très bien, mais ne sont pas adaptés aux masques faciaux. Si vous n’avez pas mieux, que vous êtes dans l’impossibilité de trouver du tissu non-tissé, cela restera mieux que rien, mais veillez alors à ce qu’il y est bien une première couche d’un tissu qui vous protégera du contact direct avec le filtre. Et si vous êtes soumis aux crises d’asthme, évitez tout court ces filtres (la protection ne doit pas causer plus de danger que le risque d’infection).
  • Vérifiez la densité de vos tissus en les passant à la lumière et en regardant le nombre de fibres visibles (il faut les apercevoir le moins possible).
  • La fabrication du masque va également jouer : les bons tutoriels, comme celui de l’Afnor ou fournis par des hôpitaux, vous montreront des masques qui recouvrent une grande partie du visage, jusqu’en haut du nez, en-dessous du menton, et une grande partie des joues ; et sous forme de plusieurs couches.

Crédit photo de la une : Pixabay

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