Le HFC-23 a un impact 12 000 fois plus important sur le changement climatique que le dioxyde de carbone. Les prédictions estimaient une baisse de 87 % depuis 2015, mais la réalité est inverse : un nouveau record est atteint.

Le changement climatique pourra être freiné à condition que les gaz à effet de serre disparaissent progressivement de l’atmosphère terrestre. Pour ce faire, il faut réduire les émissions. C’est précisément à ce dessein que servent la plupart des grands accords internationaux en matière d’environnement. Normalement, grâce à eux, l’un des gaz à effet de serre les plus puissants aurait dû disparaître drastiquement de l’atmosphère : le trifluorométhane (ou fluoroforme), aussi appelé HFC-23.

Pourtant, non seulement ce gaz ne connaît pas la réduction annoncée et espérée, mais il connaît inversement une augmentation de sa concentration. Ce constat est présenté dans une étude parue mardi 21 janvier 2020 dans Nature Communications. Cette augmentation des émissions provient plus précisément de la Chine et l’Inde, alors même que les deux pays avaient affirmé une réduction drastique.

Le trifluorométhane provient de la production de réfrigérant pour les réfrigérateurs et les climatiseurs. // Source : Pixabay

Le HFC-23 officiellement reconnu comme gaz néfaste

Le trifluorométhane (HFC-23) joue un rôle de premier plan dans le changement climatique et l’appauvrissement de la couche d’ozone. Ce gaz provient de la production de réfrigérants pour les climatiseurs et les réfrigérateurs. Paradoxalement, son utilisation visait à contrecarrer d’autres aérosols considérés comme dangereux pour l’environnement et la couche d’ozone : les chlorofluorocarbures — ou CFC. Le Protocole de Montréal, en 1985, inscrivait dans le marbre l’élimination des CFC. Le fameux HFC-23 s’y est substitué.

Mais cet autre gaz s’est finalement révélé tout aussi nocif. Son impact sur le changement climatique est 12 000 fois supérieur par tranche d’une tonne à celui du dioxyde de carbone. En conséquence, un amendement au Protocole de Montréal a été voté en 2016 par les États parties au traité : l’accord de Kigali. La réduction de la consommation et de la production du HFC-23 a été actée, avec une valeur juridiquement contraignante. L’accord est entré en vigueur le 1er janvier 2019 mais de nombreux États s’étaient engagés à réduire les émissions bien avant cela, tant l’enjeu s’avère important.

En 2017, au Programme des Nations unies pour l’environnement (PNUE), la Chine et l’Inde avaient annoncé que des mesures d’interdiction progressive payaient — la Chine évoquait une réduction des émissions et l’Inde une réglementation d’incinération obligatoire du gaz. On estimait alors que les niveaux de HFC-23 avaient potentiellement baissé de 87 % depuis 2015.

Au lieu d’une baisse, c’est un nouveau record

Dans le rapport publié dans Nature Communications, les chercheurs expliquent que cette baisse n’a finalement pas eu lieu. « À la place, les observations atmosphériques montrent que les émissions ont augmenté et elles étaient plus hautes en 2018 qu’à n’importe quel autre moment dans l’histoire », expliquent les auteurs.

Une production substantielle non-déclarée dans un lieu inconnu ?

Effectivement, un record a été atteint à 15 900 tonnes dans l’atmosphère terrestre, au lieu des 2 400 tonnes prédites à partir des affirmations de la Chine et de l’Inde. Pour se figurer la différence chiffrée entre les prédictions et la réalité, les chercheurs expliquent qu’elle est équivalente à toutes les émissions carbones de l’Espagne sur une année.

Il est clair que, dans l’immédiat, la Chine et l’Inde n’ont donc pas vraiment réussi à endiguer les émissions de trifluorométhane. Ce record pourrait s’expliquer — comme cause alternative ou complémentaire — par une «  production substantielle non-déclarée de HCFC-22 [autre gaz dont la production provoque des émanations de HFC-23, ndlr] dans un lieu inconnu, dont résulterait une quantité non comptabilisée de HFC-23 se libérant dans l’atmosphère ».

Crédit photo de la une : Pixabay

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