Treize sites intéressants ont été identifiés sur l'astéroïde Ryugu. Et pour les désigner, des noms de contes pour enfants ont été utilisés.

Voilà sept mois que la sonde spatiale japonaise Hayabusa 2 (Faucon pèlerin 2) a été positionnée en orbite de Ryugu, un astéroïde qui se promène dans le Système solaire entre Vénus et Mars. Depuis, l’agence spatiale nipponne n’a pas chômé : en plus des mesures scientifiques réalisées par l’orbiteur, elle a procédé au largage de deux petits robots à la surface et de l’atterrisseur franco-allemand Mascot.

Mais la science n’est pas la seule préoccupation de la JAXA, l’Agence d’exploration aérospatiale japonaise. Ces dernières semaines, un travail de nommage a aussi eu lieu pour désigner avec des noms simples les particularités topographiques de Ryugu (dont le nom est d’ailleurs une référence à un palais sous-marin légendaire, le Ryūgū-jō, qui appartient à Ryūjin, le dieu dragon de la mer).

Les sites repérés par la JAXA.
Les sites repérés par la JAXA. // Source : JAXA

Les résultats de ces réflexions ont été présentés par la JAXA le 21 janvier. En tout, ce sont treize noms ont été donnés à différents points d’intérêt de l’astéroïde, qu’il s’agisse de cratères, de fosses, de crêtes ou de rochers. Et à l’image de ce qui a été fait avec Ryugu, nom qui est tiré de la mythologie japonaise, les responsables de la mission ont largement puisé dans des contes pour enfants pour identifier les sites.

Les noms retenus sont présentés ci-après. La JAXA fait savoir que ce n’est pas une liste définitive : d’autres noms pourraient la rejoindre à l’avenir, en fonction des découvertes qui seront faites à la surface de l’astéroïde. La seule contrainte sera de conserver le thème des contes pour enfants, afin de maintenir une cohérence d’ensemble. En la matière, les scientifiques ne manqueront pas d’inspiration.

Nom Œuvre Pays Type Description
Ryūjin Urashima Tarō Japon Crête Crête équatoriale
Urashima Urashima Tarō Japon Cratère Plus grand cratère
Cendrillon Cendrillon France Cratère L’un des plus gros cratères à l’extérieur de la crête équatoriale
Kolobok Kolobok Russie Cratère Cratère typique sur la crête équatoriale
Brabo La légende de Brabo Pays-Bas Cratère Cratère typique sur la crête équatoriale
Kintarō Kintarō Japon Cratère 5ème plus grand cratère
Momotarō Momotarō Japon Cratère 4ème plus grand cratère
Kibi dango Momotarō Japon Cratère 6ème plus grand cratère
Tokoyo Urashima Tarō Japon Dépression Plus grande dépression en forme de sillon
Horai Urashima Tarō Japon Dépression Seconde grande dépression en forme de sillon
Catafo Folklore Cajun Amérique Rocher Rocher qui désigne le méridien principal de Ryugu.
Otohime Urashima Tarō Japon Rocher Le plus gros rocher
Ejima Urashima Tarō Japon Rocher L’un des blocs rocheux qui détient la clé de l’histoire de la formation de Ryugu

Des légendes japonaises…

Sans surprise, au regard du pays d’origine de la mission, c’est du folklore japonais que provient la majorité des idées. Celles-ci sont tirées de trois légendes : la première raconte l’histoire d’Urashima Tarō, un pêcheur qui sauva la vie d’une tortue qui se faisait agresser par des enfants et dont le geste fut récompensé par le dieu de la mer avec une invitation à se rendre dans son palais, au fond de la mer.

La deuxième évoque la vie de Momotarō, un garçon né d’une pêche — le fruit — qui sera missionné par un seigneur local pour aller combattre des démons. En  chemin, l’enfant trouvera trois animaux prêts à l’aider dans sa quête et ensemble ils parviendront à défaire le chef des monstres. Ils reviendront ensuite chez eux avec le trésor des démons.

Urashima Taro
Urashima Tarō quittant le palais. // Source : Wikimédia

Le dernier mythe concerne Kintarō, un gamin possédant une force extraordinaire. On dit qu’il a été élevé sur une montagne par une ogresse, avant de combattre un démon faisant régner la terreur dans les environs. Ami des animaux, son histoire dit qu’il deviendra plus tard le disciple d’une figure médiévale ayant réellement existé, une fois atteint l’âge adulte.

Dans le détail, « kibi dango » désigne la nourriture que Momotarō donne à ses amis, « Tokoyo », une terre lointaine au-delà des mers où l’on vit éternellement, « Horai », l’utopie marine, « Otohime », la princesse des mers et fille de Ryūjin qui donnera un coffret spécial à Urashima, et « Ejima », le lieu où la tortue fut sauvée et le point de départ vers le voyage sous-marin en direction du palais.

…et occidentales

Si les mythes nippons sont fortement représentés dans cet exercice de nommage, force est de constater qu’une place a été laissée aux contes occidentaux. On retrouve ainsi la célèbre Cendrillon, dont l’histoire n’est plus à présenter (lisez les contes de Perrault ou des frères Grimm ou alors rabattez-vous sur le film d’animation de Disney, sinon). L’on notera que la JAXA attribue à la France l’origine de Cendrillon.

Trois autres contes ont été retenus : un provenant de Russie et s’appelant Kolobok. Le récit évoque un morceau de nourriture qui prend vie et s’enfuit de chez lui. Un autre provient des Pays-Bas. Intitulé Brabo, il raconte comment un jeune soldat romain, Silvius Brabo, tué le géant Druon Antigone à Anvers. Enfin le dernier vient des Amériques et s’appelle Catafo. Il est similaire à l’histoire de Hansel et Gretel.

Cendrillon
Cendrillon // Source : Disney

Quelques alternatives avaient été envisagées, comme Peter Pan, La Belle au bois dormant et Oz, mais des raisons différentes ont justifié de les écarter. Pour le premier nom, ce sont des problèmes de copyright qui ont conduit à opter pour Kolobok. Pour le second, il a été jugé qu’il était trop long ; Brabo a été retenu à la place. Quant à Oz, ce nom est déjà utilisé sur Charon, la lune de Pluton.

Il est à noter que deux autres noms apparaissent sur les visuels de la JAWA, à savoir Alice au pays des merveilles et Trinitas (en référence au lieu de naissance de la déesse Minerve), mais ce sont des surnoms pour les zones d’atterrissage des robots japonais et de Mascot. Ils ne sont pas reconnus officiellement par le groupe de travail de l’Union astronomique internationale ) sur la nomenclature des systèmes planétaires.

Crédit photo de la une : Disney

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