Des astronomes utilisant le télescope spatial Hubble ont détecté une étoile extrêmement éloignée de la Terre. C'est en fait l'étoile qui est la plus éloignée de la planète bleue. Sa lumière met 9 milliards d'années pour parvenir jusqu'à nous.

Hubble a beau voir sa retraite se profiler à l’horizon, le télescope spatial a encore de la ressource. Preuve en est avec le nouvel exploit que des astronomes ont pu accomplir en détectant une étoile située aux confins de l’univers, ou presque, puisque son éclat a mis 9 milliards d’années pour parvenir jusqu’à nous. Oui, vous avez bien lu : il a fallu 9 milliards d’années pour que sa lumière atteigne la Terre.

Autrement dit, il faudrait patienter 9 milliards d’années pour voir depuis la Terre la lueur actuellement émise par cette étoile.

Pour vous donner un ordre d’idée, la Terre s’est formée il y a environ 4,5 milliards d’années : ce temps équivaut donc à deux fois la durée séparant la formation de la Terre de l’époque actuelle. L’humanité aura sans doute disparu à cette époque ou en tout cas quitté la Terre, car le Soleil se sera transformé en géante rouge, détruisant au passage les planètes les plus proches.

C’est là.

Cette détection d’importance, qui a débuté en 2016 mais qui a nécessité de longs mois d’observation et de vérification, a naturellement reçu une attention particulière : ainsi, la prestigieuse revue scientifique Nature a ouvert ses colonnes pour y publier un article et le site de Hubble a publié une actualité annonçant la nouvelle. En effet, il ne s’agit pas juste de la découverte d’une étoile très éloignée : il s’agit de l’étoile la plus lointaine jamais détectée par un instrument scientifique.

L’astre a été détecté dans l’amas de galaxies MACS J1149+2223. Son nom officiel s’en inspire d’ailleurs, puisqu’elle est identifiée comme « MACS J1149+2223 Lensed Star 1 ». Pas simple à retenir, aussi a-t-il été décidé de puiser dans la mythologie grecque et de le surnommer Icare, en référence à ce jeune homme au destin funeste, puisqu’il se tua en volant trop près du Soleil.

Lentille gravitionnelle

Sa découverte a été rendue possible grâce au phénomène de lentille gravitationnelle. Cette technique, explique le Centre national d’études spatiales, « est l’équivalent d’une loupe cosmique et permet d’observer des galaxies très éloignées, émettant leur lumière quand l’Univers n’avait que 10 à 20 % de son âge ». Ici, la lumière perçue provient d’une époque où l’Univers n’avait que 30 % de son âge.

Cette technique de loupe cosmique a ainsi été très utile pour amplifier l’éclat d’Icare, qui sinon était perdu parmi la myriade d’étoiles se trouvant dans le ciel. «  La découverte d’Icare par lentille gravitationnelle a initié une nouvelle façon pour les astronomes d’étudier les étoiles individuelles dans les galaxies lointaines », observe le site de Hubble, pas peu fier du rôle que le télescope spatial a joué malgré sa relative ancienneté.

Une étoile supergéante bleue cachée dans l’espace lointain

Initialement, les astronomes se servaient de Hubble pour suivre une supernova dans une galaxie spirale très distante de la nôtre. C’est alors qu’ils ont remarqué un point lumineux qui a attiré leur attention. En analysant ses couleurs, ils ont alors compris que c’était une étoile supergéante bleue, un type d’astre qui particulièrement volumineux — il n’y a que les hypergéantes qui surpassent les supergéantes.

« Ce type d’étoile est beaucoup plus grand, plus massif, plus chaud et peut-être des centaines de milliers de fois plus brillant que notre Soleil. Mais à cette distance, il serait encore trop loin pour voir sans l’amplification de la lentille gravitationnelle, même pour Hubble », est-il expliqué. Et comme la source détectée ne devenait pas de plus en plus chaude, les astronomes ont compris que ce n’était pas une supernova

Hubble
CC Ruffnax

Succès pour Hubble

Actif depuis avril 1990, Hubble continuera de servir la communauté scientifique en lui apportant de nouvelles photographies jusqu’à la mi-juin 2021. Pour l’instant, il n’est pas prévu de prolonger davantage la carrière du télescope spatial, sauf coup de théâtre : il aura alors été opérationnel pendant plus de trente ans, ce qui est un succès indéniable pour un projet qui devait durer deux fois moins longtemps.

Même si Hubble bénéficie encore de quelques années supplémentaires, la suite s’écrira principalement avec le télescope spatial James-Webb. Contrairement à Hubble qui orbite très près de la Terre, à 590 kilomètres d’altitude, James-Webb en sera éloigné de 1,5 million de kilomètres. Il sera situé dans l’ombre de la Terre, afin de ne pas être gêné par la lumière du Soleil.

Crédit photo de la une : YoTuT

Partager sur les réseaux sociaux