Dans sa course effrénée pour devancer la Chine dans la course à la Lune, l’agence spatiale américaine (NASA) a peut-être commis une grave erreur de conception dans son programme Artémis. C’est ce que pointe Forbes dans une enquête parue le 19 juillet 2026, en se fondant sur un rapport du bureau de l’inspecteur général de l’agence.
Le problème ? Si les astronautes sur place rencontrent un sérieux pépin sur le sol lunaire, aucun dispositif de secours n’est actuellement prévu pour épauler un équipage dont le vaisseau basculerait ou tomberait en panne. Cette absence de filet de sécurité se matérialiserait très rapidement, dès la mission Artémis IV, attendue en 2028.

C’est à cette date, et donc lors de la dernière année du mandat de Donald Trump, que le retour des astronautes américains doit advenir, avec quatre ans de retard sur le calendrier initial. L’alunissage devait au départ revenir à la mission Artémis III, mais la NASA a remanié ses plans en 2026 pour intercaler un test grandeur nature supplémentaire.
On pourrait croire qu’avec dix-sept missions Apollo au compteur, étalées sur une décennie (1961-1972), l’agence spatiale américaine a acquis une vaste expérience lunaire. C’est partiellement vrai : dans les années 1960 et 1970, les modules alunissaient sur les plaines équatoriales, relativement planes et dégagées. C’était plutôt « facile ».
Le pôle Sud lunaire, un piège bien plus dangereux qu’Apollo
Mais dans le cadre du programme Artémis, il est question cette fois de viser le pôle Sud de la Lune, dont le relief est particulièrement marqué. On y trouve des cratères dont la profondeur est trois fois plus élevée que le Grand Canyon – comme le cratère Shackleton, qui s’enfonce à 4 200 m dans le sol, et qui est justement l’un des sites privilégiés par la NASA.
Ces trous à la surface lunaire sont d’ailleurs plongés dans une obscurité éternelle pour certains d’entre eux. Certaines pentes ont une inclinaison de 20 degrés, et le sol peut être encombré de blocs rocheux massifs à même de compromettre un atterrissage, d’endommager les pieds ou la base d’un alunisseur, ou de faire basculer l’engin.
C’est un problème d’autant plus important que les véhicules de transport, précisément, sont particulièrement hauts. Le Starship de SpaceX culmine à 52 mètres de haut, soit l’équivalent d’un immeuble de 14 étages. Le Blue Moon, conçu par Blue Origin, est certes plus ramassé, mais il atteint quand même les 16 mètres.

De fait, leur centre de gravité est relativement haut et bien plus sensible à un terrain accidenté. À titre de comparaison, le module lunaire Apollo avait une assise bien plus stable en raison d’une hauteur de 7 mètres. Le risque d’un basculement est donc significatif. Si cela advenait, à cause d’un rocher déséquilibrant l’engin, le redécollage serait impossible.
Et un sauvetage en cas d’accident grave serait à tout le moins très difficile à mettre en œuvre au pied levé puisque l’agence spatiale ne dispose pas, à ce jour, d’une telle capacité de sauvetage sur un monde situé à environ 400 000 km de la Terre. C’est justement ce que montre l’enquête de Forbes.
Zéro abri, zéro renfort : le grand oubli de la NASA
Pourtant, l’histoire de la conquête spatiale a bien montré l’importance de ces procédures, au cas où. La NASA a élaboré des plans de secours lors des missions Skylab dans les années 1970, puis pour la navette spatiale à la suite du drame de Columbia en 2003. L’architecture actuelle d’Artémis fait cependant l’impasse sur ce filet de sécurité :
- Aucun équipement de secours sur place : aucun alunisseur de réserve n’est prépositionné sur le site d’atterrissage, pas plus qu’un habitat pressurisé ou un rover étanche capable de servir de refuge temporaire.
- Aucun contrat d’urgence : ni SpaceX ni Blue Origin n’ont reçu pour consigne de maintenir un véhicule de secours prêt à décoller de la Terre pour une intervention d’urgence.
Pour autant, cela ne signifie pas que rien ne serait fait pour voler au secours des astronautes ni que la situation doit forcément rester en l’état. D’ici deux ans, il peut très bien être décidé d’aménager des missions de démonstration non habitées de SpaceX et Blue Origin pour en faire des refuges autonomes, avec de l’eau, de l’oxygène, des vivres, du chauffage, des WC et des moyens de communication.

Le problème, cependant, est tout autant politique que symbolique, et par ailleurs budgétaire. La Maison-Blanche a fixé une priorité absolue : faire fouler le sol lunaire à des astronautes américains d’ici la fin de la décennie, impérativement avant que la Chine n’y parvienne avec son atterrisseur et ses fusées.
Cette course contre la montre met nécessairement une pression maximale sur l’agence pour qu’elle compresse à fond son calendrier, quitte à réduire les marges de sécurité. Cela, alors qu’Artémis a déjà englouti plus de 100 milliards de dollars. Or, le développement d’un plan de secours nécessite aussi d’importants financements.
L’ultime ironie : devoir demander l’aide de Pékin ?
C’est dans ce climat de tension géopolitique qu’émerge une hypothèse presque absurde sur le papier, mais soulevée dans l’enquête de Forbes : en cas d’accident grave sur le sol lunaire, la seule puissance spatiale qui disposerait alors d’une fusée et d’un atterrisseur capables d’intervenir à temps pourrait bien être… la Chine.
Pékin développe en effet d’arrache-pied son propre programme lunaire, pour une arrivée des premiers taïkonautes au pôle Sud d’ici 2029. Voir des astronautes de la NASA secourus par leur principal rival chinois relèverait du scénario hollywoodien — comme Seul sur Mars – et nécessiterait un feu vert politique ainsi qu’une coopération diplomatique inédite.
Nous n’en sommes pas encore là. Mais laisser un équipage bloqué sans la moindre chance de survie faute d’avoir prépositionné un module de secours serait une catastrophe industrielle et morale. Un tel drame traumatiserait l’Amérique et paralyserait pour de longs mois Artémis. Exactement comme Apollo 1, dont la tragédie a tout retardé.
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