Sur le papier, la mission Artémis III ressemble beaucoup à ce qui avait été entrepris lors d’Apollo 9. À savoir, une sorte de répétition générale en orbite terrestre basse avec l’ensemble du scénario pour se poser sur la Lune, sauf, évidemment, l’alunissage lui-même. Cette étape est réservée pour la « vraie » mission de retour sur la Lune, lors d’Artémis IV.
Et pourtant, toutes les étapes du retour des États-Unis sur notre satellite ne seront finalement pas validées avec cette mission. En raison d’un calendrier plutôt serré, la Nasa a fait le choix de la simplicité et a détaillé tout cela lors de la conférence de presse du 9 juin, qui a servi à annoncer l’identité des quatre hommes qui seront à bord d’Artémis III.
Blue Origin inquiète après l’explosion du New Glenn
Il faut dire que les raisons de s’inquiéter sont nombreuses. Tout d’abord, la Nasa compte sur Blue Moon, l’atterrisseur de Blue Origin qui doit être mis en orbite par une fusée New Glenn. Problème : le lanceur en question a subi une grave explosion, ce qui place son calendrier de développement en difficulté. Cela, même si l’entreprise assure que tout sera fait dans les temps, pour un lancement prévu mi-2027.

Il reste la possibilité de lancer Blue Moon sur une autre fusée, mais avec une charge de 7 mètres de diamètre, ni la Vulcan Centaur ni la Falcon Heavy ne pourraient s’en occuper, à moins de réaliser d’importantes modifications. Quelle que soit la solution privilégiée, le Blue Moon utilisé ici n’aura pas de système de propulsion, mais du lest à la place, et les astronautes devraient y entrer pour tester leurs nouvelles combinaisons développées par Axiom. Les mêmes dont la durée du développement inquiète également.
Mais Blue Origin n’est pas la seule entreprise à risquer de provoquer des retards : Artémis III compte aussi sur le Starship de SpaceX. Ici, le problème est que le lanceur géant doit encore franchir plusieurs étapes, notamment la capacité à se faire ravitailler en plein vol entre deux véhicules Starship, ce qui n’a pas encore été validé. Ni même tenté.
Un Starship au rabais
À la place, il a donc été décidé de lancer un « simple » Starship V3 — il s’agit d’une version très récente, qui a effectué son premier vol lors d’un test au mois de mai. Si les choses se sont plutôt bien passées, tous les objectifs au programme n’ont pas été remplis. Signe qu’il y a encore du travail et des essais pour proposer un engin pleinement fonctionnel.
Dans ces conditions, et contrairement à la mission Apollo 9 qui avait duré le même temps qu’une vraie mission lunaire, Artémis III ne verra sans doute la fusée géante de SpaceX que durant un temps limité, avant de programmer son retour sur Terre. Au global, cependant, il a été évoqué une durée totale de mission d’Artémis III de deux semaines, dans Orion.
Cela étant, on peut voir le verre à moitié plein. Avec des exigences revues à la baisse, SpaceX a une feuille de route plus accessible pour achever son lanceur dans les temps — on parle d’un lancement à la mi-2027, même si un décalage à la fin de l’année 2027 a aussi été évoqué. Dans tous les cas, la Nasa peut ajuster le calendrier au besoin.
La capsule Orion doit faire ses preuves
Malgré ces incertitudes qui entourent plusieurs aspects d’Artémis III, la Nasa a dévoilé l’architecture de la mission :
- Un premier lancement de Blue Moon sur une fusée encore inconnue.
- Un lancement des astronautes à bord d’Orion grâce à une fusée SLS de la Nasa.
- Un rendez-vous avec Blue Moon, impliquant que les astronautes passent d’un véhicule à l’autre.
- Un lancement de Starship V3, puis un rendez-vous des astronautes à bord d’Orion, sans qu’ils entrent dans le véhicule en revanche.
- Un retour d’Orion sur Terre.
Tout au long de ce planning, il s’agira de valider certaines procédures, dont les manœuvres complexes de rendez-vous orbital qui doivent être menées par Orion. Mais un certain nombre d’opérations manqueront à l’appel, alors même qu’elles sont clés pour un voyage lunaire. On pense au Starship HLS qui doit être ravitaillé en prévision de son trajet. Il y a encore beaucoup de pain sur la planche.
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