Dans un réquisitoire, Jared Isaacman a étrillé les choix passés de la NASA, du lanceur SLS à la station orbitale Gateway. L’objectif du patron de l’agence : mettre fin au saupoudrage pour reprendre la main face à la Chine et accélérer le virage vers le nucléaire.

On a connu des prises de position plus modérées de Jared Isaacman. Dans une longue prise de parole publiée le 9 août, l’administrateur de la NASA a posé un diagnostic public d’une sévérité rare sur l’état de l’agence spatiale américaine. Selon lui, « la NASA ne peut pas réussir si elle essaie de mener en parallèle une infinité de programmes de développement complexes et coûteux. »

Pour l’homme d’affaires, désormais en poste depuis huit mois, vouloir tout faire en interne et en même temps a conduit l’agence à se retrouver dans une impasse. En voulant tout mener de front, l’agence s’est mise à faire des compromis de plus en plus importants afin de tenir ses objectifs, ce qui a eu pour effet de multiplier les retards et les surcoûts.

Nasa Jared Isaacman
Source : NASA/Bill Ingalls

Saturn V ridiculise le Space Launch System (SLS)

Parmi les victimes de ce grand déballage sur X figurent les deux piliers historiques du programme Artémis, qui consiste à ramener des astronautes sur la Lune. D’abord, le lanceur lourd SLS (Space Launch System). S’il semblait logique en 2005 de vouloir recycler les composants de l’ancienne navette spatiale, le résultat fait aujourd’hui grincer des dents.

Jared Isaacman fait au passage une comparaison cruelle pour le SLS : le mythique lanceur Saturn V des missions Apollo « était matériellement meilleur pour convertir la masse au sol en masse envoyée vers la Lune. » Le SLS, lui, est un gouffre financier, et est rétrogradé au simple rang de solution de transition, en attendant de meilleures fusées.

La station orbitale lunaire (Lunar Gateway) en prend aussi pour son grade, alors que ce devait être un passage intermédiaire (et obligé) pour aller sur la Lune. Décrite comme « indéfiniment suspendue » et accusée de compliquer inutilement la vie du programme Artémis, la station aurait en somme apporté plus de problèmes que de solutions.

En fait, Jared Isaacman résume la nouvelle philosophie ainsi : « Nous voulons construire l’infrastructure pour une présence durable sur un autre monde… pas au-dessus. »

Saturn V au lancement d'Appolo 8
Saturn V au lancement d’Apollo 8. // Source : NASA

Fini le saupoudrage, place à la « Nuclear NASA »

La stratégie d’externalisation à outrance en prend aussi pour son grade. Le modèle du « tout-commercial » (louer un rover ou un réacteur comme un service, plutôt que de le construire) a surtout servi de cache-misère pour masquer le sous-financement de certains programmes.

À force de boucher les trous avec des partenaires qui ont eux-mêmes des problèmes de budget, « vous n’obtenez rien de ce que vous voulez vraiment sur la Lune parce que vous vous éparpillez trop », a lancé le patron de l’agence, cinglant.

artémis lune
Objectif : Lune. // Source : Montage Numerama

Pourquoi une telle remise en question aujourd’hui ?

Parce que le temps presse. En toile de fond, c’est l’ombre du programme spatial chinois qui dicte ce recadrage d’urgence. Ainsi, Jared Isaacman admet que « la seconde course à l’espace va être beaucoup plus serrée qu’elle ne l’aurait dû ». Car Pékin apparaît encore plus motivé et plus capable que Moscou à l’époque de la guerre froide.

L’heure est donc au pragmatisme pur et dur : réparer le programme SLS, imposer une cadence stricte d’un tir lunaire par an, et surtout, préparer la mutation technologique de l’agence. L’objectif n’est plus seulement de fouler à nouveau la poussière lunaire, mais d’amorcer la transition vers la « Nuclear NASA ».

Maîtriser la propulsion et l’énergie nucléaires est désormais l’urgence absolue pour s’assurer que « la troisième course ne sera jamais remise en question. »

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