Alors que la mission Artémis II espère décoller pour la Lune d’ici quelques semaines, l’ambiance n’est pas au beau fixe pour la suite du programme. Artémis III, dont l’objectif est de déposer des astronautes sur le satellite, est dans le viseur du comité de sécurité de la NASA, qui craint des failles majeures pour la mission.

Artémis III est-elle une mission trop risquée pour être menée ? Espérée pour 2028, et consistant à déposer des astronautes sur la Lune, ce projet se heurte aujourd’hui à la circonspection d’un comité chargé de la sécurité : le « Aerospace Safety Advisory Panel » (ou ASAP). Celui-ci craint qu’Artémis III ne fasse courir un danger aux astronautes.

Créé en 1967 après un terrible incendie ayant causé la mort de l’équipage de la mission Apollo I (cela, avant même leur départ, durant une répétition au sol), l’ASAP est là pour éviter qu’un tel drame ne se reproduise. Ainsi, chaque année, le comité publie un rapport destiné à la NASA, dont la dernière itération vient de voir le jour.

« Artémis III, telle qu’elle est prévue actuellement, ne peut pas être accomplie. »

Dans ce document de 76 pages, les membres du comité évoquent le cas d’Artémis III à propos duquel ils ont de vives réserves. Ainsi, « l’ASAP a formellement recommandé à la NASA de revoir le niveau de risque associé à Artémis III et aux missions suivantes du programme. Le projet de la NASA pour l’exploration spatiale lointaine, vers Mars et au-delà, est extrêmement risqué et rempli d’incertitudes. »

En réalité, il faudrait sans doute l’annuler ou, du moins, la revoir de fond en comble : « La mission Artémis III, telle qu’elle est prévue actuellement, ne peut pas être accomplie sans des marges de sécurité appropriées. Le comité est convaincu qu’il n’y a aujourd’hui pas de stratégie de gouvernance pour prendre en compte ces risques dans l’architecture de la mission. »

Le vaisseau Orion amarré au HLS
Vue d’artiste du vaisseau Orion amarré au HLS. // Source : SpaceX

Ce qui coince, c’est principalement le programme de la mission lui-même qui demeure très incertain.

L’arrivée des astronautes sur la Lune dépend de technologies qui sont en cours de développement… et dont on manque cruellement de nouvelles, à commencer par le HLS, l’atterrisseur lunaire qui doit être livré par SpaceX et qui reste très discret. Celui-ci repose sur le lanceur Starship, lui-même en cours de développement et entouré d’incertitudes en raison de soucis lors des tests au sol. Il en est de même pour les combinaisons que porteront les astronautes, développées par Axiom Space, mais dont le calendrier est toujours incertain.

Artémis I et II n’auront servi à rien, ou presque

Tout cela laisse penser que tenir le planning des missions tel qu’il est prévu par la NASA, avec un départ avant 2030, est extrêmement compliqué. Pire : l’ASAP a déjà émis quasiment les mêmes remarques et les mêmes conseils dans son rapport de 2023. Cela pour constater aujourd’hui que la situation n’a pas évolué depuis.

Bref, Artémis III repose sur un certain nombre de technologies qui n’auront jamais été testées en situation réelle auparavant. Un problème, alors que l’on parle ici de la toute première mission habitée sur le sol lunaire depuis 1972. Et même si Artémis II doit fournir des données importantes sur l’exploration, son architecture est radicalement différente et ne permettra pas d’apprendre des leçons centrales pour la suite du programme.

Tableau Firsts
Un tableau présentant toutes les « premières fois » d’Artémis III. // Source : ASAP

En effet, Artémis I et II reposaient sur le SLS, ce lanceur géant conçu par la NASA au prix d’années d’efforts, d’erreurs et de dépassements de budget. Or, toute l’expérience accumulée au cours de cette fabrication et après deux vols ne servira à rien, ou presque, car l’Administration Trump veut annuler le programme après le retour d’Artémis II.

Tout cela pousse l’ASAP à demander de revoir l’architecture du programme Artémis afin d’avoir une vision d’ensemble cohérente et de réduire l’incertitude sur les prochaines échéances. Car si la NASA prendra toutes les précautions pour éviter un accident fatal lors d’une mission clé, il reste la pression du calendrier et du rival chinois : en effet, Pékin dispose d’un projet lunaire et aimerait bien le mener à bien avant Washington.

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