Après une odyssée de 8 ans et 9,3 milliards de kilomètres, la sonde BepiColombo vient de couper ses moteurs aux portes de Mercure. Désormais en chute libre vers sa cible, la mission entame le sprint final de l’un des voyages spatiaux les plus complexes de l’histoire.

C’est un voyage dont la durée n’a rien à envier au périple d’Ulysse pour rentrer à Ithaque. Et comme le héros homérique de L’Odyssée, c’est un voyage qui, enfin, s’achève. Dans un communiqué partagé le 24 juin 2026, l’Agence spatiale européenne indique que la mission BepiColombo touche au but : elle est aux portes de Mercure.

Signe de l’arrivée imminente dans les parages de la planète la plus proche du Soleil, la décision a été prise de couper sa motorisation électrique, qui est alimentée par des panneaux solaires. « Propulseurs bleus désactivés – fin de la phase de croisière » a tweeté l’ESA, en référence à la propulsion ionique dont se sert la sonde pour se mouvoir. C’était le 15 juin dernier.

Source : ESA
Une propulsion ionique. // Source : ESA

Il reste certes encore un peu de route avant de se fixer pour de bon en orbite autour de Mercure, mais le plus gros du voyage est passé. Et quelle aventure : l’engin a parcouru plus de 9,3 milliards de kilomètres dans le Système solaire pour rejoindre la plus petite des planètes telluriques, et cela pendant huit ans – deux ans de moins qu’Ulysse, donc.

Le paradoxe des autoroutes de l’espace

D’aucuns pourraient s’étonner qu’un vol Terre-Mercure ait nécessité un tel périple, alors qu’il n’y a « que » 92 millions de km qui séparent les deux mondes. C’est parce que les missions spatiales ne volent jamais en ligne droite. Elles décrivent de larges orbites, ce qui rallonge considérablement le vol, mais offre certains avantages.

Ainsi, les sondes peuvent changer leur vitesse et ajuster leur cap sans dépenser davantage de carburant, grâce à l’assistance gravitationnelle – c’est-à-dire en passant près d’une planète pour profiter de son attraction et s’en servir comme d’une fronde. D’ailleurs, BepiColombo a effectué neuf survols planétaires, dont six autour de… Mercure.

De fait, cela a le mérite d’alléger la masse de la mission, puisqu’il n’y a pas besoin de transporter un énorme chargement de carburant pour suivre une trajectoire rectiligne jusqu’à sa cible. Quoi qu’il en soit, maintenant, il n’y a plus aucun moteur actif sur la sonde spatiale. C’est dorénavant une toute autre phase qui s’ouvre.

En glissade jusqu’à Mercure

BepiColombo glisse en effet sur une trajectoire « balistique », en filant tout simplement vers sa cible grâce à l’inertie. Cette dérive prendra fin le 3 septembre. Ce jour-là, la sonde effectuera sa première manœuvre d’arrivée critique : la séparation définitive de son module de transfert, qui ne lui sera plus d’aucune utilité pour la suite.

Mercure. // Source : Needpix (photo recardée et modifiée)
La planète Mercure. // Source : Needpix

L’approche finale surviendra à la fin du mois de novembre 2026. C’est à ce moment précis que l’équipe de contrôle activera la propulsion chimique classique de l’orbiteur MPO. En effet, BepiColombo est un convoi spatial qui compte trois éléments : les orbiteurs MPO et Mio ainsi que leur bouclier de protection MOSIF.

L’odyssée touchera vraiment à sa fin au début du mois de décembre 2026. Le trio se séparera pour libérer les deux jumeaux scientifiques dans leurs voies respectives : l’européen MPO se calera sur une orbite basse pour cartographier la surface, tandis que le japonais Mio étudiera l’étrange champ magnétique de la planète.

C’est une autre aventure qui s’ouvrira alors, beaucoup plus scientifique cette fois.

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