Le télescope Providence, construit par le français Onera, aura pour but de surveiller les satellites en orbite basse pour le compte de l’armée. Mais aura également une dimension scientifique et commerciale.

Alors que le spatial devient chaque jour un peu plus un secteur crucial pour le monde militaire, la France compte aussi être dans la partie. Le télescope PROVIDENCE en cours de développement vient de trouver un nouveau partenaire avec le belge Amos.

L’entreprise liégeoise aura pour rôle de construire la majorité de l’engin, qui devrait être opérationnel avant la fin de la décennie et qui devrait être capable de surveiller les satellites en orbite basse ainsi que les débris spatiaux, le tout au cœur d’un projet hybride mêlant intérêts militaires et commercialisation au profit du secteur privé.

« Là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale »

Derrière tout ce projet, on trouve l’Office national d’études et de recherches aérospatiales, ou en plus court, l’Onera. Ce centre de recherche placé sous la tutelle du ministère des Armées est spécialisé dans le spatial et la défense. Il a notamment conçu le radar GRAVES, un réseau d’engins de surveillance capable d’observer le ciel à la recherche de satellites ou de petits débris, et ce jusqu’à 2 000 kilomètres d’altitude.

Un réseau performant, mais loin d’être suffisant, surtout à l’heure où les tensions géopolitiques deviennent plus prégnantes, et où l’espace devient le terrain de jeu militaire de grandes puissances internationales. Comme le souligne le chef d’état-major de l’armée de l’Air Jérôme Bellanger, cité par le site spécialisé Opex360 le 22 juillet 2026 : « Entre les satellites russes de type ‘poupée gigogne’, les patrouilleurs guetteurs, les brouilleurs ou encore les armes à énergie dirigée qui sont dans l’espace, je peux vous dire que, là-haut, c’est véritablement une guerre spatiale. »

Le détail des caractéristiques de Providence.
Le détail des caractéristiques de Providence. // Source : Onera

C’est là qu’intervient Providence (Plateforme de recherche en optique, vecteur d’innovation pour la défense sur la maîtrise et la compréhension de l’environnement et la caractérisation des objets dans l’espace). Ce télescope de 2,5 mètres de diamètre, qui prendra place à l’Observatoire de Haute-Provence, est conçu de manière à fournir une imagerie haute performance, afin de pouvoir repérer un objet d’à peine 10 centimètres à 500 kilomètres d’altitude. Contrairement aux radars, il apportera de réelles images des satellites en orbite, ce qui sera nécessaire face aux nombreuses activités militaires.

Un télescope également scientifique ?

Selon le directeur de l’Onera, Emmanuel Chiva, cité par European Space Flight, cette capacité est « unique en Europe » et fera entrer la France dans « le club très fermé des leaders mondiaux avec la capacité militaire de surveiller et d’agir dans l’espace ».

Mais si Providence reste avant tout un projet militaire, des applications civiles sont également prévues. Ainsi, le télescope pourra être utilisé à des fins scientifiques, comme pour observer l’astéroïde Apophis, qui s’approchera de la Terre en 2029.

L'astéroïde Apophis dans la visualisation de la Nasa. // Source : Capture d'écran Eyes on Asteroids Nasa
L’astéroïde Apophis qui passera près de la Terre pourrait être scruté par Providence. // Source : Capture d’écran Eyes on Asteroids Nasa

Onera a également précisé qu’il pourrait être mis à disposition d’institutions scientifiques à travers l’Europe, ainsi que d’entreprises ou de partenaires industriels. En attendant, l’agence a déjà reçu 8,7 millions d’euros de la part du Fonds européen de développement régional, et d’autres financements proviendront de la Direction générale de l’Armement, ainsi que de l’Agence de l’innovation de défense, deux groupes associés également au ministère des Armées.

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