En envoyant une fusée en orbite seulement 16 heures et 42 minutes après en avoir reçu l’ordre, Rocket Lab a établi un record mondial de réactivité. Ce déploiement ultra-urgent s’inscrit dans un test pour traquer un satellite cible.

C’est une signature sonore reconnaissable entre mille. Deux notes très basses, ténébreuses même, qui reviennent avec une cadence qui s’emballe rapidement. C’est le fameux thème du requin, composé par John Williams pour le film Les Dents de la mer, et qui a été repris dans une vidéo partagée par Peter Beck, le patron de la société spatiale Rocket Lab.

Il n’y avait sans doute pas meilleur choix musical pour illustrer l’objectif central de la mission Victus Haze, partie le 19 juin 2026 à 22h19 (heure de Nouvelle-Zélande) grâce à une fusée Electron affrétée par Rocket Lab. Car, exactement comme le squale du chef-d’œuvre de Steven Spielberg, le but fondamental de Victus Haze est de traquer sa proie.

« Bon… c’est parti pour la chasse ! », a même tweeté Peter Beck sur X, avec la vidéo.

Un satellite chasseur, un satellite traqué

Cette fois, on laisse le grand large pour les vastes étendues de l’espace. Et la proie en question n’est pas un baigneur imprudent, mais un satellite. Dans le rôle du chasseur : Pioneer, un appareil construit par Rocket Lab. Dans celui de la cible : Jackal, un engin conçu par l’entreprise True Anomaly, et satellisé le 3 mai par une fusée Falcon 9 de SpaceX.

Pendant plusieurs jours, les deux machines vont donc simuler des manœuvres complexes de rapprochement et de surveillance, recréant en conditions réelles une réponse face à un comportement suspect ou à un satellite non coopératif. Un entraînement nécessaire, à l’heure où la militarisation et l’arsenalisation de l’espace avancent à grands pas.

Mais avant de se lancer dans cette course-poursuite en orbite basse, à une altitude de plusieurs centaines de kilomètres, Rocket Lab a d’abord dû faire la démonstration de son extrême disponibilité. C’était, en somme, l’exercice dans l’exercice : effectuer un lancement très rapide, comme s’il s’agissait d’une vraie situation d’urgence.

16 heures et 42 minutes chrono : les coulisses du record

Commandée par la Space Force américaine dans le cadre du programme Tactically Responsive Space (TacRS), la mission visait à tester la réactivité des industriels américains en cas de crise majeure. Le résultat a pulvérisé les attentes de l’armée, car le précédent record mondial détenu par la mission Victus Nox a été battu de plus de 10 heures.

Source : Rocket Lab
La fusée Electron. // Source : Rocket Lab

Le déroulé a été le suivant :

  • Le bureau Space Safari a d’abord mis en alerte Rocket Lab, pour le placer dans un état de préparation accru avant de le basculer en statut d’alerte, un processus d’activation qui a pris moins de 48 heures.
  • Dès la réception de l’ordre de tir pour rejoindre une orbite initialement inconnue, l’équipe GNC (Guidage, Navigation et Contrôle) n’a mis que quatre heures pour calculer la trajectoire finale, mettre à jour le logiciel de vol et coordonner les stations au sol.
  • Puis, exactement 16 heures et 42 minutes plus tard, la fusée Electron s’est arrachée de son pas de tir avec sa charge utile, prête à l’action.
  • Une fois en orbite, le satellite Pioneer a été entièrement activé et configuré en 37 heures et 36 minutes, ce qui a amélioré la marque de plus de 34 heures — et cela, dans la limite stricte de trois jours qui avait été fixée par les militaires.

L’intégration verticale, botte secrète de Rocket Lab pour foncer

La réussite de ce tour de force tient beaucoup à l’intégration verticale. C’était la première fois qu’un unique maître d’œuvre fournissait une solution complète clés en main pour ce type de mission, et ça s’est ressenti sur le résultat final.

De la fabrication du satellite Pioneer avec ses composants (propulsion, panneaux solaires, logiciels) jusqu’au tir et aux opérations en orbite 24h/24, Rocket Lab a tout géré de A à Z. Ce faisant, la méthode a permis de lever les frictions, les délais et les intermédiaires qui auraient pu advenir avec des sous-traitants dans la chaîne opérationnelle.

Source : NASA Kennedy
Une fusée Electron au décollage. // Source : NASA Kennedy

« Voilà à quoi ressemble la puissance spatiale moderne, s’est félicité Peter Beck, à l’issue de l’exercice. La capacité de renforcer et de repenser à volonté l’architecture spatiale au service de la sécurité nationale, et nous sommes fiers de fournir à notre pays ces capacités spatiales de nouvelle génération, aujourd’hui. »

Aux yeux du commandement militaire, cette approche permet de s’appuyer sur le secteur privé pour gagner en flexibilité et réduire les coûts. Pour le lieutenant-colonel Lincoln Miller de la Space Force, cela « montre que nous sommes en mesure de mettre en place les moyens nécessaires pour priver nos adversaires de l’avantage du premier arrivé sur de nouvelles orbites ».

Maintenant que le tir d’urgence a été validé, le jeu du chat et de la souris va pouvoir démarrer en orbite.

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