Thomas Pesquet et Arnaud Prost iront bientôt dans l’espace. La France a signé un accord avec l’entreprise Vast pour acheter des places sur de prochains vols à destination de l’ISS, mais aussi de la future station Haven-1. Une stratégie surprenante face à la recherche d’autonomie de l’Agence spatiale européenne.

71 annonces et un record de 93 milliards d’euros d’investissements étrangers pour la France. Emmanuel Macron a sorti les chiffres à l’occasion du sommet Choose France censé rendre le pays attractif pour les entreprises du monde entier. Et parmi ces annonces, une concerne le domaine spatial : un contrat signé avec l’entreprise Vast.

Le groupe californien né en 2021 va ainsi organiser deux missions impliquant des Français : d’abord Thomas Pesquet pour un troisième séjour à bord de la Station spatiale internationale (ISS), puis Arnaud Prost, qui n’a pas encore volé, mais qui inaugurera la future station privée conçue par Vast, Haven-1.

PAM-6 et Haven-1

Pour Pesquet, le décollage doit avoir lieu vers l’été 2027, il s’agira d’une mission privée à bord de l’ISS nommée PAM-6. Cinq autres missions avaient déjà été organisées, mais par l’entreprise Axiom Space, et c’est la première fois que Vast entre dans ce jeu. L’astronaute français devrait être le commandant, accompagné de trois autres personnes dont on ignore encore l’identité.

Si la mission est bien estampillée Vast, c’est SpaceX qui fournit le matériel. Le lancement aura lieu à bord d’une fusée Falcon 9, tandis que les astronautes voyageront dans une capsule Crew Dragon. La mission devrait durer deux semaines.

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Vue d’artiste de la station Haven-1. // Source : Vast

Pour Arnaud Prost, il s’agira d’une toute nouvelle expérience puisque l’astronaute de réserve nommé en 2022 par l’Agence spatiale européenne (ESA) volera dans une station qui n’est pas encore construite, Haven-1, et qui doit être terminée l’année prochaine. Il s’agira alors du tout premier vol dans ce vaisseau, et Arnaud Prost qui ira dans l’espace pour la première fois sera ingénieur d’essai en vol.

On ignore encore qui seront ses trois coéquipiers, mais là aussi, le vol se fera à bord d’une capsule Crew Dragon propulsée par une Falcon 9. L’astronaute restera environ un mois en orbite, mais aucune date de lancement n’a été établie, sachant que la station a déjà eu plusieurs retards lors de sa conception.

Qui sont les vrais gagnants ?

Pour résumer, nous avons donc des astronautes français qui vont voler dans des engins américains pour le compte d’une entreprise américaine. Emmanuel Macron se félicite de cet accord car Vast va installer son siège européen à Paris. Il ajoute dans une publication sur X : « Cela confirme l’ambition spatiale de la France. »

Dans un communiqué, Vast se dit « honoré » que la France ait choisi l’entreprise, ajoutant que cela permet « au pays de continuer ses missions en orbite basse ». Le Cnes, de son côté, ajoute que « la France saisit ainsi l’opportunité de sécuriser l’accès à l’orbite terrestre basse pour ses astronautes. (…) Cet accord montre aussi la reconnaissance par la communauté internationale de l’expertise française dans le vol habité. »

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Emmanuel Macron entouré des astronautes Thomas Pesquet et Arnaud Prost, ainsi que de l’équipe de Vast. Source : X/@maxhaot

Pourtant, cela peut également ressembler à un aveu d’échec. Si l’ESA encourage ses États membres à développer leurs propres missions et à faire voler ses astronautes, elle avait aussi l’ambition de se dégager des influences étrangères. Lors d’une table ronde organisée l’année dernière, le directeur de l’exploration humaine et robotique à l’ESA, Daniel Neuenschwander, avait déclaré : « L’Europe est un possible partenaire et non un simple client. »

Plus récemment, échaudé par la guerre en Ukraine, puis par l’arrivée de Donald Trump, et enfin, l’annulation de la Lunar Gateway sur laquelle l’Europe avait des places réservées, le directeur de l’ESA avait fait part de son ambition. Josef Aschbacher assurait : « C’est à l’Europe de décider si elle préfère rester dépendante de tiers pour envoyer ses explorateurs dans l’espace, ou si elle veut endosser son rôle de puissance spatiale en se dotant des moyens nécessaires. » Un véritable plaidoyer pour regagner une autonomie longtemps mise de côté aux profits des puissances étrangères.

Avec cela en tête, les grands gagnants de cette opération semblent être avant tout Vast et SpaceX. On ignore combien les sièges ont coûté à la France, et quelles retombées sont attendues à l’exception de cette arrivée de l’entreprise californienne à Paris. Du côté des astronautes, même si un vol est toujours une opportunité à saisir, l’intérêt semble limité pour Thomas Pesquet qui a déjà profité de longs mois de l’ISS, et pour Arnaud Prost qui sera au cœur d’une courte mission 100% américaine. 

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