C’est l’annonce surprise à laquelle on ne s’attendait pas : lors du sommet Choose France de ce début juin 2026, l’astronaute français Thomas Pesquet a été annoncé sur la liste d’équipage d’une future mission privée en direction de la Station spatiale internationale (ISS). Selon le calendrier présenté, il doit s’envoler courant 2027.
Ce vol, qui se déroulera sous l’égide de l’entreprise américaine Vast, sera la troisième mission spatiale du Français après la mission Proxima (novembre 2016 – juin 2017) et la mission Alpha (avril 2021 – novembre 2021). Mais cette fois, il n’est pas question de séjourner six mois dans l’ISS. Le passage sera beaucoup plus bref : à peine deux semaines.

Si la nouvelle est réjouissante pour Thomas Pesquet et pour les passionnés du secteur, elle soulève cependant une question de calendrier. Cet engagement avec le secteur privé vient-il hypothéquer les chances de l’astronaute français de participer à Artémis, le programme lunaire américain, qui en est maintenant dans sa phase trois (Artémis III) ?
Artémis III et le vol de Pesquet vers l’ISS en 2027
Avec l’annonce de la mission Vast, les cartes sont rebattues : le planning de l’année 2027 s’est densifié, avec le vol de Thomas Pesquet qui doit advenir au plus tôt pour l’été 2027. Or, ce rendez-vous risque de heurter de plein fouet le calendrier de la mission Artémis III, attendue entre le milieu et la fin de la même année.
Un vol spatial, même de courte durée, exige une solide préparation physique et mentale pour se familiariser avec l’environnement de vol et les procédures. Même Si Thomas Pesquet est déjà acclimaté à tout cela (il a vécu un an dans l’ISS et a déjà voyagé dans la capsule Dragon de SpaceX, qui le transportera en 2027), il faut tout réviser, tout revoir.

Il est difficile d’imaginer qu’un même astronaute soit affecté sur deux missions majeures, aux dates si proches, et qui impliquent en outre des tâches et des véhicules très différents. Pour Artémis III, il s’agit de décoller à bord de la capsule Orion via la fusée SLS, puis faire un rendez-vous spatial en orbite avec le Starship HLS ou l’atterrisseur Blue Moon.
On sait que le suspense autour de l’équipage d’Artémis III doit prendre fin le 9 juin 2026, date à laquelle l’agence spatiale américaine (NASA) doit révéler la composition de l’équipage. Avec le paramètre Vast qui s’est ajouté dans l’équation, il est désormais très plausible que le nom de Thomas Pesquet n’y figure pas.
Faire des tours de la Terre, c’est bien, aller sur la Lune, c’est mieux
Mais est-ce fondamentalement une mauvaise nouvelle, si cela se confirme ? Depuis la refonte du programme Artémis en début d’année, il faut admettre que la mission Artémis III a perdu de sa superbe. Il n’est plus question de se poser sur la Lune, mais d’effectuer un vol test en orbite terrestre basse. C’est certes indispensable pour la suite, mais cela reste une rétrogradation.
Pour un astronaute ayant l’expérience de Thomas Pesquet, qui a déjà à son actif deux missions spatiales (pour un total de presque 400 jours) et six sorties extravéhiculaires, qui a également commandé l’ISS, tourner en rond autour de la Terre sans alunir n’est sans doute pas l’objectif d’une vie. Sans doute aspire-t-il à plus grand.
En fait, manquer Artémis III pour commander un vol commercial inédit est loin d’être un sacrifice. C’est peut-être même une très bonne option pour se remettre « dans le bain » avant les choses beaucoup plus sérieuses — car au moment où la mission Vast aura lieu, plus de cinq ans se seront écoulés après son dernier séjour dans l’ISS.
Le vrai rendez-vous s’appelle Artémis IV en 2028
Avec la rétrogradation d’Artémis III, tous les regards se tournent maintenant sur Artémis IV qui est attendue en 2028, à moins d’un nouveau coup de théâtre. C’est là que le retour de l’humanité sur le sol lunaire doit se jouer et c’est aussi là que l’ESA désire positionner ses astronautes — la NASA ayant indiqué ouvrir des places à des partenaires internationaux.

De fait, le format de la mission Vast apparaît suffisamment réduit pour ne pas trop empiéter sur l’autre entrainement auquel serait soumis Thomas Pesquet s’il était retenu pour Artémis IV.
- Un court déploiement : contrairement à un séjour standard de six mois dans l’ISS, la mission Vast ne durera qu’environ deux semaines.
- Un entraînement ajusté : une courte mission exige un cycle d’entraînement bien moins chargé, ce qui permet à l’astronaute de rester disponible pour d’autres affectations à moyen terme.
- Un environnement connu : le vol de Vast se fera avec une capsule Dragon et via une fusée Falcon 9, que Thomas Pesquet connait bien depuis sa mission Alpha.
- Une remise en condition opérationnelle : retourner dans l’espace en 2027 permet à Thomas Pesquet de se réacclimater et de retrouver ses réflexes de vol.
Le partenariat avec Vast n’est donc vraiment problématique qu’avec Artémis III, mission pour laquelle on doute de l’emballement de l’astronaute français. Pour le vol suivant, par contre, la route est bien plus dégagée — à condition que ce bref séjour dans l’ISS ne connaisse pas de gros retard. Réponse dans les mois à venir.
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