Ils sont six, ils sont tous européens, comptent trois hommes et trois femmes et vont devoir vivre enfermés pendant plus de trois mois. Voilà donc ce qui attend les six volontaires de l’initiative SOLIS100. Cent, comme les cent jours qu’ils vont passer dans un espace confiné, en Allemagne. On pourrait croire à un remake de Loft Story, mais il n’en est rien.
Sous la supervision de l’Agence spatiale européenne, ces jeunes cobayes (ils sont âgés de 26 à 32 ans) vont devoir se soumettre à une expérience avant tout psychologique : vivre dans un environnement limité, coupé du monde, afin d’observer la manière dont leur esprit va encaisser une telle épreuve. Et à quel point cela va se répercuter sur leur corps.
Une sorte de voyage vers Mars, mais sans quitter l’Allemagne
Car le but de SOLIS100, comme des autres tests du même genre, est clair : si l’on veut s’établir à long terme sur la Lune et Mars, il faut s’assurer que les astronautes ont bien le mental pour ne pas « imploser » en plein vol — et qu’ils peuvent a minima supporter le voyage sans flancher et devenir une menace pour les autres (un vol Terre-Mars prendrait des mois).
Concernant SOLIS100, l’expérience a pris ses quartiers dans l’installation :envihab, signale l’Agence spatiale européenne (ESA) le 23 avril 2026. Il s’agit d’un environnement localisé au centre aérospatial allemand (DLR), à Cologne. Et c’est depuis ce jour, justement, que les six volontaires ont été enfermés dans leur « loft ».
D’extérieur, ce loft a une vraie allure d’auberge espagnole : on trouve en effet un Allemand, une Néerlandaise, un Français, une Polonaise, un Portugais et une Italo-allemande. Mais pas question de bayer aux corneilles : ici, tout ce petit monde doit suivre un emploi du temps calqué sur celui d’astronautes, afin d’approcher au plus près le réalisme.

L’enfer, c’est les autres (et l’absence de réseau)
Au menu de ces cent jours d’isolement, qui devraient leur rappeler l’époque des confinements lors du Covid : une batterie d’expériences scientifiques, des démonstrations technologiques et des tâches opérationnelles exigeantes. Mais la vraie épreuve n’est pas tant le travail demandé que les conditions dans lesquelles il s’exécute.
Jusqu’à présent, les agences spatiales ont beaucoup communiqué sur leurs études d’alitement, qui consistent à clouer des volontaires au lit pendant de longues semaines pour simuler les effets dévastateurs de la microgravité sur les os et les muscles. SOLIS100 suit une approche différente. Ce ne sont pas ces effets qui intéressent l’ESA.
Angelique Van Ombergen, scientifique en chef de l’exploration à l’ESA, pointe en particulier le délai de communication entre la Terre et Mars. Même à la vitesse de la lumière, les échanges prendront de longues minutes pour franchir le gouffre de l’espace. Parfois, l’écart prendra jusqu’à 20 minutes, en fonction des positions respectives des deux planètes.

C’est l’un des plus grands défis qui attendent les astronautes, et qui pèsera le plus sur le mental. Impossible d’échanger en instantané avec le centre de contrôle, à Houston ou ailleurs, pour trancher rapidement un problème, demander de l’aide ou simplement soutenir le moral des astronautes, s’il y a un coup de blues. Il faudra gérer l’immédiat en solo, la plupart du temps.
Pour anticiper ces risques, les scientifiques autour de :envihab vont donc scruter les moindres faits et gestes de ce petit groupe. Tout sera analysé à la loupe : la gestion du stress, la régulation du sommeil, les performances cognitives sous tension, la dynamique d’équipe, et même les variations du microbiome de l’équipage au fil de l’enfermement.
Des cobayes triés sur le volet
Bien sûr, on ne s’enferme pas pendant plus de trois mois sur un simple coup de tête. Avant de franchir les portes du complexe allemand, les candidats ont dû traverser un processus de sélection pour écarter les profils les moins compatibles avec ce projet. Et les évaluations médicales, physiologiques et psychologiques ont permis de retenir ces six profils.
Avec ces six individus, l’ESA compte amasser de nouvelles données jusqu’à la fin de l’été pour affiner encore plus les critères de sélection qui serviront aux véritables missions de demain, tout en approfondissant les protocoles qui permettront de former et d’épauler psychologiquement les astronautes face à de tels périples.
C’est indispensable. L’enjeu est trop grand pour laisser la place au hasard : un membre d’équipage qui craque, c’est potentiellement toute une mission à plusieurs milliards d’euros qui peut être remise en cause. Et même si on a déjà vu des astronautes séjourner des mois d’affilée dans l’ISS, ce n’est pas la même chose d’être à 400 km de la Terre que d’être à 225 millions.
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