Depuis 2014, le cerveau du gérontologue L. Stephen Coles, mort à 73 ans d’un cancer du pancréas, dort dans une cuve d’azote au fond d’un entrepôt d’Arizona, figé à −146 °C. Rarement manipulé, parfois photographié et échantillonné avec précaution, il est devenu un objet d’étude autant qu’un symbole : celui d’un homme qui voulait savoir ce que le froid ferait à son propre cerveau, jusque dans ses possibles fissures.
Le spécialiste du vieillissement avait chargé le cryobiologiste Greg Fahy, avant sa mort, d’étudier les traces laissées par la cryoconservation sur son cerveau – lui qui était passionné par l’idée de ramener un jour les morts à la vie. Une fois son décès constaté, le corps de L. Stephen Coles avait été transporté à basse température jusque chez Alcor, un centre de cryoconservation situé en Arizona. Les équipes y avaient séparé sa tête de son corps, perfusé son cerveau avec des produits chimiques censés le protéger du gel, puis extrait l’organe avant de le plonger dans une conservation à −146 °C.
L’étude est donc faite puisque le directeur scientifique du centre de recherche dédié à la cryobiologie 21st Century Medicine a publié le 14 février 2026 le résultat de ses recherches sur le serveur de prépublication bioRxiv, rapporte le MIT Technology Review dans un article paru fin mars.
Des cellules partiellement restaurées
Greg Fahy a constaté qu’après avoir été réchauffées et réhydratées, les cellules du cerveau de Coles semblaient se rétablir en partie. Autrement dit, le froid extrême ne les avait peut-être pas détruites autant qu’on pourrait le croire. Les échantillons ont ensuite été fixés avec des produits chimiques pour être préservés, ce qui les condamne à rester inertes, mais permet de les étudier.
Pour le chercheur, cela suggère qu’il pourrait un jour être possible de congeler de minuscules fragments de cerveau, puis de les « réveiller » afin d’observer comment ils fonctionnent. Et ce scénario n’est plus totalement théorique : chez la souris, des scientifiques ont récemment obtenu un retour d’activité électrique dans des tissus cérébraux après décongélation. « Il semblerait que [grâce à la cryogénie], on puisse tout préserver », se réjouit Greg Fahy auprès du média scientifique.
Risque des fissures
L’une des principales craintes du cobaye était que, sous l’effet du froid extrême, son cerveau ne se fissure. Car, à -196 °C, soit la température de l’azote liquide, les organes deviennent si rigides que des tensions internes peuvent les faire craquer comme du verre. Si ce risque baisse quand on conserve les tissus à des températures un peu moins extrêmes, d’autres limites persistent : les cryoprotecteurs peuvent déformer les cellules, et les gros organes refroidissent mal, ce qui favorise craquelures et cristaux de glace. Ainsi, ce qui marche relativement bien pour les ovocytes et les embryons devient plus compliqué pour un organe entier.
Bien que les tissus cérébraux de L. Stephen Coles aient montré des signes de récupération structurelle, Greg Fahy estime que cela ne prouve en rien qu’ils puissent être remis en marche. Redonner une apparence au tissu n’est pas redonner la vie aux cellules. Quant aux cerveaux déjà stockés chez Alcor, ils ont été préservés selon des procédés qui, d’après des spécialistes en cryobiologie, n’ont jamais démontré la moindre capacité de réanimation. Pour l’instant, imaginer leur retour à la vie tient donc moins du laboratoire que de la croyance.
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