Une vingtaine d’élèves du CP au lycée ont pu avoir un échange en direct avec l’astronaute française Sophie Adenot, à bord de l’ISS. Une prouesse technique que l’on doit à des radioamateurs mobilisés pour faire le lien avec la Station spatiale internationale grâce à une simple antenne.

Sur la commune de Gradignan, à l’IUT de Bordeaux, des affiches annoncent une communication avec l’astronaute Sophie Adenot, en direct. Nous sommes alors le 20 avril 2026 et déjà, des étudiants commencent à se regrouper du côté de l’amphithéâtre, arborant des tee-shirts blancs avec inscrit MISSION:SOPHIE.

Il s’agit d’un projet pédagogique initié par l’IUT et le département de génie électrique et informatique industrielle (GEII), dans lequel des étudiants ont tout mis en œuvre pour réussir à établir un contact radio avec la Station spatiale internationale. Le sigle SOPHIE signifie Station orbitale pour la Promotion des communications Hyperfréquences, de l’Inclusivité et de l’Espace. Comme le précise la cheffe de projet Sarah Reverdy : « Entre nous, c’est un secret mais c’est bien pour Sophie Adenot ! Jusqu’à aujourd’hui nous n’étions pas sûrs de parler avec elle, mais maintenant c’est bon, et nous sommes super contents ! »

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Sophie Adenot, dans l’ISS. // Source : Sophie Adenot

Un an de préparation

Le pari n’était pas gagné, loin de là. D’abord parce que l’emploi du temps de Sophie Adenot et de ses collègues astronautes à bord de l’ISS est particulièrement chargé. Ensuite, en raison de la complexité de la technique de communication à mettre en œuvre. Tout repose sur une antenne installée à quelques dizaines de mètres de l’amphithéâtre, où tout le monde se rassemble.

Dans le « centre de contrôle », juste à côté de ce pylône qui culmine à une vingtaine de mètres du sol, les étudiants et les radioamateurs s’activent et préparent le contact pour que tout se déroule au mieux. La salle est à la fois très agitée et très silencieuse, avec chacun le casque sur les oreilles en train de vérifier chaque écran. Il faut dire que tout a commencé pour eux il y a près d’un an, lorsque leur projet a été retenu par ARISS, l’association des radioamateurs qui se charge des communications avec l’ISS.

Mais pour Sophie Adenot, il faut remonter à sa formation d’astronaute. Durant sa préparation, elle a appris à se déplacer en apesanteur, à connaître l’ISS sur le bout des doigts, tout en décrochant sa licence de radioamateur.

La force des radioamateurs

Ce mode de communication repose sur des antennes-radios placées au sol et qui assurent la liaison avec l’ISS. On en trouve dès le début de la conquête spatiale, avec des passionnés qui installent ce type de matériel parfois dans leur jardin. Comparés aux années 1960 et 1970, les moyens de communication par satellite ont rendu cette technologie quelque peu obsolète, mais elle garde un intérêt certain.

contact Sophie Adenot 3 @universitedebordeaux
La salle de contrôle d’où a eu lieu la communication. Source : Université de Bordeaux

Tout d’abord, elle assure une redondance car elle repose sur des milliers d’antennes disséminées partout dans le monde, rendant ainsi la communication possible, même en cas de scénario noir, comme une panne du côté des satellites ou, pire encore, un conflit militaire qui pèserait sur les télécommunications.

En plus, il y a un aspect pédagogique assez fort car les amateurs peuvent se frotter à de nombreux aspects du spatial, de l’électronique, de la communication radio et autres. C’était le but principal de cette MISSION:SOPHIE au cours de laquelle des jeunes ont pu découvrir toutes ces technologies. Grâce aux enseignants, mais aussi aux étudiants actifs dans le club radio.

« Ça s’est passé à travers le club radio F5KBW », raconte le porteur du projet Simon Hemour. « Les étudiants ont pu passer leur formation de radioamateur. Ils ont construit eux-mêmes leurs antennes pour se connecter à des satellites. C’est un projet qui englobe 2 000 personnes, des jeunes et des professionnels, et c’est tous ensemble qu’on a pu obtenir ça. On a tous fait quelque chose d’extraordinaire. »

« Oscar Roméo 4 India Sierra Sierra. Ici Foxtrot 5 Kilo Bravo Whisky »

Tout cela nous amène à cette fameuse journée du 20 avril 2026. Une journée décisive pour les élèves, le département GEII et tous les radioamateurs impliqués dans le projet. Ils allaient enfin savoir si tous ces efforts allaient déboucher sur un succès.

Car malgré toute cette préparation, le pari était loin d’être gagné. Tout d’abord, ils avaient émis plusieurs vœux, six au total, auprès de l’ISS, pour déterminer le créneau de communication. Malheureusement, c’est le choix le moins favorable qui a été désigné, en raison de l’emploi du temps des astronautes à bord.

Pour la communication radio, il faut en effet que l’ISS soit visible par l’antenne installée au sol. « Le problème, c’est qu’elle passait un peu trop au nord », nous détaille François Augereau, professeur agrégé au GEII. « Vers le Royaume-Uni ou l’Irlande, donc c’était un peu trop loin de nous. Si elle avait été juste au-dessus de nous, tout aurait été plus facile. Heureusement, notre antenne est quand même puissante et on avait bon espoir de pouvoir la capter, même s’il y a toujours des risques. » Ces risques, ce sont les conditions météo, mais aussi parfois l’inclinaison de la station car les panneaux solaires peuvent faire obstruction à la diffusion des ondes radios.

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Le pylône qui a servi à établir la communication. Source : Université de Bordeaux

Depuis le début de la matinée, la tension est palpable parmi les équipes. On évoque l’implication de l’Université, de l’IUT, des étudiants… Et quand le compte à rebours approche de zéro, le silence se fait.

Le moment de vérité arrive à 10h15. L’opérateur appelle d’une voix claire l’indicatif de l’ISS, suivi de celui de la station au sol : « Oscar Roméo 4 India Sierra Sierra. Ici Foxtrot 5 Kilo Bravo Whisky pour le contact ARISS programmé, over. » Après quelques secondes de silence, on entend une réponse : la voix grésille, en partie recouverte de parasites, mais on la reconnaît : c’est bien celle de Sophie Adenot dans l’ISS. À peine le temps d’entendre sa réponse que les acclamations et les applaudissements du public recouvrent tout : le contact est établi !

Une dizaine de minutes en apesanteur

À partir de là, tout est allé très vite parce que l’ISS se déplace dans le ciel, et aura disparu au-delà de l’horizon d’ici une dizaine de minutes. Juste le temps pour qu’une vingtaine d’élèves posent leur question préparée à l’avance avec leur classe et que Sophie Adenot réponde.

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Ces écolières ont pu poser directement leurs questions à Sophie Adenot. Source : Capture YouTube/Université de Bordeaux

Ainsi, la petite Léa, en CP, a pu demander timidement quelle sensation elle ressentait à être dans l’espace. Jonas (qui a bien retenu qu’il fallait parler fort !) a voulu en savoir plus sur les expériences menées dans l’ISS. Diane a également demandé si un stylo bille pouvait fonctionner en apesanteur. Ce à quoi l’astronaute a répondu qu’elle n’était pas sûre puisqu’ils avaient des stylos adaptés exprès pour l’espace. Elle a promis : « Je ferai une petite vidéo bientôt pour comparer les deux ! »

Au milieu de la communication, une surprise : la vidéo s’allume et on découvre l’astronaute au micro, les cheveux en l’air à cause de l’apesanteur, et un grand sourire aux lèvres. Les applaudissements se lancent mais très brièvement, car personne ne veut rien rater de ce court contact.

« Ce n’est pas nous qui avons capté les images », précise François Augereau. « Mais on a pu s’organiser avec des équipes au Royaume-Uni qui étaient mieux placées et qui ont pu les obtenir. Ensuite, c’est le groupe Safran, partenaire du projet, qui nous les a envoyées par Teams tout simplement ! »

Un petit tour de passe-passe qui a ravi les participants et qui permet de faire de MISSION:SOPHIE un succès complet. Au total, ce sont 1 500 élèves qui y ont participé, avec l’espoir que tout cela puisse générer des vocations chez les plus jeunes. Et plus précisément envers les femmes, comme l’a rappelé la directrice de l’IUT Murielle Bénéjat : « Il y a aussi une fierté parce que c’est un projet où les femmes sont au cœur. Il s’agit pour nous de pouvoir valoriser ces carrières auprès des jeunes filles et leur montrer que c’est possible. Ce que Sophie Adenot incarne parfaitement. »

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