Trois pilotes ont décollé du Maine pour tenter la première traversée de l’Atlantique en ballon gonflé à l’hydrogène. Une expédition que l’on peut suivre quasiment en direct.

Tôt dans la matinée de jeudi 4 juin, heure de la côte Est américaine, le ballon Atlantic Explorer a enfin quitté un champ de Presque Isle, dans le Maine. Trois pilotes à bord : l’Américain Bert Padelt, son compatriote Peter Cuneo et la Britannique Alicia Hempleman-Adams. Leur objectif : rejoindre l’Europe en flottant au gré des vents, dans une nacelle ouverte, pendant quatre à six jours.

Ce qui rend l’affaire inédite tient à un détail technique : le gaz. Aucune équipe n’a jamais traversé l’Atlantique dans un ballon gonflé uniquement à l’hydrogène. Selon WGME, toutes les traversées antérieures s’étaient appuyées sur l’hélium. L’équipe vise donc une première mondial, et accessoirement quelques records de catégorie liés à la taille et au type d’engin. Ça n’est pas forcément le transport aérien du futur, mais un exploit technologique et technique à suivre.

Pas de moteur, juste du sable et un gaz très inflammable

Un ballon à gaz n’a rien d’une montgolfière : pas de brûleur, pas de propane, l’enveloppe est remplie d’hydrogène et scellée. Pour monter, les pilotes font exactement l’image d’Épinal du vol en ballon : ils lâchent du lest sous forme de sable ; pour descendre, ils ouvrent une valve et relâchent un peu de gaz. Concrètement, l’altitude se pilote au sac de sable et d’après l’équipe presse de l’Atlantic Explorer, ils évitent évidemment de trop descendre. L’hydrogène échappé du ballon ne peut pas être remplacé en vol.

Pour dire un mot sur l’hydrogène : il offre une meilleure portance que l’hélium et coûte bien moins cher, mais il a un défaut connu depuis le Hindenburg… il est très inflammable. C’est sans doute pour ça que personne ne s’était risqué à traverser l’océan avec, jusqu’ici. Le vol est actuellement autour de 40 nœuds (vitesse au sol), soit 74 km/h à une altitude de 9 850 pieds, autour de 3 000 mètres. La distance à couvrir avoisine les 3 100 miles nautiques, soit un peu plus de 5 500 kilomètres jusqu’à l’Europe continentale.

Ce qui est très drôle, c’est que FlightRadar, l’application des nerds d’avions, s’est mis à suivre le ballon et a envoyé une notification à tous les utilisateurs. Pour la première fois depuis que je l’utilise, j’ai donc pu voir le pictogramme d’un ballon au milieu des centaines d’avions en vol. À l’heure où j’écris ces lignes, il vient de passer à l’Est du Canada et suit une route d’aviation conventionnelle pour traverser l’Atlantique en passant par le Nord.

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Quatrième tentative, et un suivi quasiment en direct

Cette expédition traîne une série d’échecs derrière elle. D’après le Bangor Daily News, le premier vol prévu en 2023 a été repoussé d’un an pour cause de météo, l’équipe a ensuite été clouée au sol au Nouveau-Brunswick, et en 2025 une fuite de gaz a forcé un atterrissage sur l’Île-du-Prince-Édouard à peine douze heures après le décollage. Aucune des tentatives précédentes n’avait atteint l’océan. Padelt, 66 ans, qui a construit le ballon, en est à son quatrième essai. Pour Cuneo et Hempleman-Adams, c’est le deuxième.

Le lieu n’est pas choisi au hasard. C’est de Presque Isle qu’est parti, en 1978, le premier ballon à réussir une traversée transatlantique. Quant au pari de cette année, Peter Cuneo l’évalue lui-même à « 50 % de réussite ou mieux » une fois en l’air, les 24 premières heures étant les plus critiques. Pour celles et ceux qui n’auraient pas FlightRadar, la position du ballon est diffusée en quasi temps réel sur une page montée par l’équipe du projet.

Si la traversée aboutit, ce sera une première mondiale. Sinon, ce sera la quatrième déception d’un projet qui refuse de lâcher l’affaire. Le verdict tombera dans quelques jours et le point d’arrivée en Europe à confirmer.

Les préparatifs pour la traversée // Source : Atlantic Explorer
Les préparatifs pour la traversée // Source : Atlantic Explorer
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