Un scénario cauchemar a bien failli se jouer hier soir dans l’espace. Vendredi 5 juin 2026, la Station spatiale internationale était en état d’alerte, et les astronautes ont reçu l’ordre de se confiner. L’astronaute française Sophie Adenot, et ses coéquipiers, se sont préparés à une évacuation en urgence. Finalement, la procédure d’urgence a été levée par la Nasa. Plus de peur que de mal.
Dans la nuit du 5 au 6 juin 2026, la Nasa a diffusé un communiqué donnant plus de précisions sur ce qui s’est passé. À l’origine de l’alerte, une fuite d’air localisée au niveau du module de service Zvezda, dans la partie russe de la station. Le module abrite à la fois des zones d’habitation, des systèmes de survie ou encore des systèmes de propulsion.
Des fissures persistantes dans ce module de service russe
Or, depuis 2019, Zvezda « présente des fissures qui ont entraîné de petites fuites d’air et donné lieu à une surveillance continue, ainsi qu’à des travaux de réparations menés par Roscosmos », l’agence spatiale russe, indique le communiqué de la Nasa. Des « produits d’étanchéité temporaires et permanents » ont été utilisés pour « limiter les fuites ».

Un vaisseau Progress 95 est actuellement amarré sur ce module de l’ISS. Il était arrivé fin avril pour ravitailler l’ISS en nourriture, carburant et matériel. Début juin, des opérations de ravitaillement ont été réalisées sur ce vaisseau.
L’agence spatiale russe a alors « constaté une augmentation du débit de la fuite, qui a atteint 2 livres par jour [ndlr : un peu moins d’un kilo d’air], et identifié de nouvelles zones suspectes dans le compartiment PrK [le tunnel entre le module et le port d’amarrage] ». Une pièce d’amarrage qui finit par s’user à force de sollicitations, depuis 26 ans, et sur laquelle des micro-fissures sont apparues.
Une inspection plus approfondie a été menée vendredi. Or, « cette nouvelle approche consistait à découper un support pour mieux accéder à une zone identifiée comme une source potentielle de fuite afin de l’inspecter plus en détail, en utilisant une méthode qui aurait pu présenter un risque accru pour la structure dans cette zone », explique la Nasa. La manœuvre devait être effectuée par deux cosmonautes russes, Sergueï Koud-Svertchkov et Sergueï Mikaïev (qui n’ont donc pas suivi la procédure d’évacuation).
Par conséquent, la Nasa a demandé aux astronautes (les 4 membres de la mission Crew-12, et l’astronaute de la Nasa Chris Williams, arrivé à bord de la mission russe Soyouz MS-28) de se réfugier dans la capsule Dragon de SpaceX pendant cette opération. L’objectif : pouvoir évacuer en urgence si les choses tournaient mal.
Finalement, l’agence spatiale russe a décidé de suspendre les travaux de réparation, pour prévoir « une inspection des zones suspectes et un examen des zones où du mastic avait déjà été appliqué » (décision soutenue par la Nasa). Conséquence concrète pour les astronautes : ils ont pu terminer la procédure d’urgence 2 heures plus tard, et reprendre le cours de leur vie normale dans l’espace.
Être astronaute, c’est aussi faire du bricolage de l’extrême dans l’ISS
Les astronautes sont évidemment préparés aux pires urgences qui peuvent survenir dans l’espace. Et, on le voit bien à travers cet incident, qui s’est heureusement bien terminé, cela suppose parfois de faire du « bricolage de l’extrême » : ici, colmater des fuites avec du mastic sur une structure vieillissante ! D’où l’inquiétude de la Nasa, au moment où les Russes ont littéralement sorti une scie pour couper un bout de métal.
Sur X, l’ingénieur Nicolas Pillet, spécialisé dans le programme spatial russe, tempère néanmoins le risque que cet événement aurait pu faire courir aux astronautes : « Il n’y a AUCUN danger pour l’équipage. On parle de fuites qui ne font diminuer la pression de l’ISS que de quelques dixièmes de mmHg par minute. » Dans le scénario où la fuite serait si importante que la pression continuerait de baisser, une solution serait de fermer l’écoutille, quitte à perdre accès au vaisseau Progress, explique-t-il.
« Cela aura des conséquences opérationnelles importantes pour l’exploitation de l’ISS, mais pas insurmontables car il y a trois autres pièces d’amarrage russes. Mais surtout, cela laisserait le temps de réfléchir à une vraie solution », indique l’ingénieur.
Selon une version un peu moins rassurante, rapportée par Reuters, la Nasa n’aurait pas du tout approuvé la décision de Roscosmos d’utiliser cette scie, déclenchant donc les procédures de sécurité. Ce n’est donc qu’une fois que l’agence spatiale russe a suspendu sa manœuvre que la Nasa a autorisé les astronautes à arrêter la procédure d’urgence.
En tout cas, la vie a désormais repris son cours dans l’ISS, et les discussions entre la Nasa et Roscosmos pour trouver une solution au problème continuent.
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