Des chercheurs ont identifié au Malawi les preuves les plus anciennes d’un bûcher funéraire in situ pour un adulte, daté de 9 500 ans.
Une découverte qui conduit à reconsidérer la complexité sociale et rituelle des communautés de chasseurs-cueilleurs.

Depuis la nuit des temps, les humains pleurent leurs morts, même si les rituels ont varié selon les régions et les époques.

Dans une nouvelle étude, publiée dans la revue Science Advances le 1er janvier 2026, une équipe internationale de chercheurs américains, africains et européens a mis en évidence les plus anciennes preuves de crémation en Afrique. Mais, par-dessus tout, il s’agirait là du plus ancien bûcher funéraire dit in situ (soit n’ayant pas entraîné de déplacement des restes calcinés) connu au monde pour un adulte. Sa datation ? Presque 10 000 ans.

Il faut s’imaginer 9 500 ans en arrière, au Malawi, au pied d’une montagne africaine nommée le mont Hora. Une communauté de chasseurs-cueilleurs en train de maintenir un bûcher à ciel ouvert, sur lequel le corps d’une jeune femme est brûlé.

Zone HOR-1 où ont été retrouvés les restes // Source : Science Advances
Zone HOR-1 où ont été retrouvés les restes. // Source : Science Advances

Elle était adulte, de petite taille, environ 1,50 mètre. « Physiquement active de son vivant, elle possédait un buste robuste, mais présentait des signes d’une infection osseuse partiellement guérie au bras », racontent les chercheurs dans un article de la revue The Conversation.

Le rituel utilisé il y a dix millénaires

Un bûcher de cette envergure exige un travail colossal. Il faut suffisamment de combustible pour produire et allumer un feu de cette taille (au moins 30 kg de bois mort et d’herbe, selon les chercheurs) et l’entretien demande un temps considérable. Le feu aurait atteint plus de 500° C. Il a été réalisé sur une structure aménagée, « intentionnellement construite en combustible », explique le communiqué du musée d’Histoire naturelle de Cleveland.

D’autres traces suggèrent, par ailleurs, que le corps a été découpé avant d’être brûlé. Et, plus surprenant encore, « il n’y avait pas de fragments de dents ou d’os de crâne dans le bûcher », explique Elizabeth Sawchuk, l’une des autrices de l’étude, dans le communiqué. « Parce que ces pièces sont généralement conservées lors de crémations, nous pensons que la tête a peut-être été retirée avant la combustion. »

Modifications de la surface osseuse faites avec des outils en pierre. (A), (B), (C), (D) sont des marques de coupe // Source : Science Advances
Modifications de la surface osseuse faites avec des outils en pierre. (A), (B), (C), (D) sont des marques de coupe // Source : Science Advances

Enfin, il y avait des outils en pierre à l’intérieur du bûcher. Cela voudrait dire que ces outils ont été ajoutés pendant que le feu brûlait. Il s’agirait d’une autre forme de rituel et non pas de cannibalisme, au vu du regroupement des os.

À cet endroit, il n’a été retrouvé que les restes d’une seule personne. Aucun autre humain n’a été brûlé ici avant ou après. Pour autant, il ne s’agissait pas du premier grand feu allumé, ni du dernier. L’analyse des cendres révèle que le premier feu date d’il y a 10 240 ans, soit plusieurs siècles avant le bûcher funéraire et un autre grand feu aurait été allumé au même endroit, plusieurs siècles plus tard. Bien qu’il n’y en ait pas de preuves, les chercheurs pensent que « le fait que les gens soient retournés à plusieurs reprises sur les lieux » pour allumer de nouveaux feux, à travers le temps, suggérerait que « sa signification est restée vivante dans la mémoire collective ».

Des communautés plus complexes qu’il n’y paraît

Les traces du plus ancien bûcher in situ connu au monde sont en Alaska, concernent un enfant d’environ trois ans et datent d’environ 11 500 ans. Avant que ce nouveau bûcher au Malawi soit découvert, les plus anciennes preuves de crémation en Afrique dataient d’approximativement 3 500 ans et avaient été trouvées au Kenya.

« Non seulement c’est la première crémation en Afrique, mais c’était un tel spectacle que nous devons repenser la façon dont nous considérons le travail de groupe et le rituel dans ces anciennes communautés de chasseurs-cueilleurs », déclare Jessica Thompson, l’autrice principale, dans un communiqué.

Le plus souvent, les crémations complexes ont été plutôt associées à des sociétés agricoles.

Les autrices concluent, dans l’article de The Conversation : « Qui qu’elle fût, sa mort revêtait une signification importante non seulement pour ceux qui avaient préparé et entretenu le bûcher, mais aussi pour les générations futures ».

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