Le guano, excrément d’oiseaux marins, est un super fertilisateur pour la culture du maïs. C’est lui qui aurait permis au royaume Chincha de prospérer au Pérou, il y a au moins 800 ans. Ce lien profond entre terre et mer était célébré et protégé, comme en attestent des preuves biochimiques mais aussi matérielles.

En 2025, une étude scientifique démontrait que le guano, les excréments d’oiseaux marins, pouvait participer à la protection du climat.

Mais, ce n’est pas tout. Les pouvoirs du guano sont insoupçonnés, et manifestement utilisés depuis des siècles. C’est ce que révèle une étude parue dans la revue PLOS One le 11 février 2026. Dirigée par des scientifiques de l’Université de Sydney, elle met en lumière des preuves archéologiques démontrant que le guano était un engrais redoutablement efficace. En effet, il aurait permis de dynamiser l’agriculture, et aurait donc contribué à l’essor du royaume Chincha, une société pré-inca extrêmement prospère et influente.

Un empire construit sur la base de crottes d’oiseaux

Alors, comment un empire peut-il se construire sur la base de crottes d’oiseaux ? Le Docteur Jacob Bongers, auteur principal de l’étude, détaille dans un communiqué de presse : « Le guano a considérablement augmenté la production de maïs, et ce surplus agricole a contribué de manière cruciale à alimenter l’économie du royaume Chincha, stimulant son commerce, sa richesse, sa croissance démographique et son influence régionale, et a façonné son alliance stratégique avec l’Empire inca. »

Pour apporter des preuves à leur hypothèse, les scientifiques ont analysé les signatures biochimiques de 35 échantillons de maïs provenant de sépultures de la vallée Chincha. Ils ont révélé des taux d’azote bien plus importants que les valeurs habituelles dans la région. Ainsi, les cultures de maïs auraient donc été fertilisées par du guano riche en azote, grâce au régime alimentaire des oiseaux marins des îles Chincha, voisines de la côte péruvienne.

Carte des îles péruviennes de guano et les zones d'études chinchas et Chile // Source : Plos One
Carte des îles péruviennes de guano et les zones d’études chinchas et du Chili. // Source : PLOS One

Les travaux menés ont, par ailleurs, étendu l’aire géographique où cette méthode est utilisée, l’amenant jusqu’au nord du Chili et situant le début de la « gestion des sols » à il y a autour de 800 ans au Pérou.

« Des écrits de l’époque coloniale que nous avons étudiés indiquent que des communautés des côtes du Pérou et du nord du Chili se rendaient en radeau sur plusieurs îles voisines pour y collecter des déjections d’oiseaux marins à des fins de fertilisation », explique l’auteur principal.

« Dans les anciennes cultures andines, l’engrais était synonyme de pouvoir »

De plus, les représentations d’oiseaux marins, de poissons et de maïs en germe sur des textiles, céramiques, sculptures… démontrent aussi l’importance culturelle des oiseaux marins et du maïs dans ces sociétés.

Pour le Docteur Bongers : « Cela révèle également une signification culturelle plus profonde, suggérant que les populations reconnaissaient le pouvoir exceptionnel de cet engrais et célébraient, protégeaient et même ritualisaient activement la relation vitale entre les oiseaux marins et l’agriculture. »

Bâton ou pagaie de cérémonie du Pérou côtier montrant des oiseaux marins et peut-être du maïs germant à partir de motifs de poissons et de terrasses étagées stylisés // Source : Le Met Museum 1979.206.1025.
Bâton ou pagaie de cérémonie du Pérou côtier montrant des oiseaux marins et peut-être du maïs germant à partir de motifs de poissons et de terrasses étagées stylisés. // Source : Le Met Museum 1979.206.1025.


Les Chinchas étaient une culture côtière, contrairement aux Incas installés sur les hauts plateaux des Andes. Ils étaient connus pour être des amoureux du maïs, notamment pour fabriquer une bière cérémonielle, mais l’environnement montagneux ne leur permettait pas d’en cultiver en quantité importante et « la navigation leur était impossible », précise le communiqué. Le guano était donc, pour eux, une denrée précieuse et recherchée par les Incas, qui ont eu un rôle majeur dans les arrangements diplomatiques menés avec les Chinchas.

Finalement, « le véritable pouvoir des Chincha ne résidait pas seulement dans l’accès à une ressource, mais aussi dans leur maîtrise d’un système écologique complexe », déclare la coautrice Jo Osborn de l’université du Texas. « Ils possédaient le savoir traditionnel leur permettant de comprendre le lien entre la vie marine et terrestre, et ils ont transformé ce savoir en un surplus agricole qui a bâti leur royaume. Leur art célèbre ce lien, nous montrant que leur pouvoir puisait sa source dans une sagesse écologique, et non dans la simple richesse en or ou en argent. »

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