Avec son bandeau Dreem, Rythm a pour ambition de booster votre sommeil profond pour améliorer la qualité de votre repos et vous offrir, à terme, des journées bien plus agréables. Nous avons rencontré Hugo Mercier, fondateur de Rythm, dans son laboratoire parisien afin qu’il nous présente son produit.

Rarement un objet connecté nous a autant intrigué que Dreem lors de son officialisation en mars dernier. Et pour cause : ce bandeau porté la nuit n’est pas une énième machine à afficher des notifications ou à collecter des données inutiles pour vous faire des bilans sur une application mobile. Non, contrairement à la quasi-totalité des objets connectés, après avoir surveillé, Dreem agit. Ce wearable a une mission bien précise : en transmettant à l’utilisateur du bruit rose par conduction osseuse, le casque a pour ambition d’améliorer la qualité du sommeil profond. Et ainsi permettre à l’utilisateur de profiter de sommeils plus réparateurs et d’être en meilleure forme le lendemain. Magie ? Non, science. Hugo Mercier, fondateur de la société Rythm qui conçoit cet objet nous a reçu dans ses bureaux parisiens pour nous en parler.

Et la startup qui a levé plusieurs millions d’euros depuis sa création n’est plus en galère : elle vient de terminer un tour de table de 10 millions d’euros, notamment avec Laurent Alexandre, fondateur de Doctissimo et Xavier Niel. Installée sur un grand espace dans un bel immeuble non loin de l’Opéra Garnier, le laboratoire de l’entreprise affiche une ambition claire : internaliser toute la recherche, le développement et la conception de ses produits. Ici, il n’y a que peu de consultants, de tiers ou de prestataires. Designers côtoient ingénieurs, développeurs et scientifiques. Seuls les commerciaux et un studio de design produit sont à San Francisco : « Nous souhaitions prendre les talents où ils étaient, affirme Hugo Mercier. Les Américains sont excellents pour la vente et le marketing et nous avons un gros marché aux États-Unis. Côté ingénierie et sciences, les Français sont bien meilleurs. »  Autant pour la fuite des cerveaux.

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Quand on entre dans les bureaux de Rythm, on se trouve immédiatement en face d’un immense open space tout entier dédié au logiciel. Les développeurs réunis ici travaillent sur l’application mobile et les serveurs. Un pôle est dédié au développement des algorithmes qui analysent le signal du cerveau, le filtrent et envoient des stimulations adéquates. Ces développeurs sont épaulés dans leur travail par des scientifiques qui travaillent dans ces bureaux et dans des laboratoires.

Et pour ces anciens du master entreprenariat de Polytechnique, pas question de faire dans le charlatanisme : « L’entreprise prend ses racines dans la recherche neuroscientifique. Nous avons différents types de publications qui portent à la fois sur la stimulation et l’analyse de l’activité du cerveau, mais nous ne les publions pas pour le moment pour la simple et bonne raison que nous sommes en train de déposer des brevets pour protéger nos technologies. », commente Hugo Mercier. Quand aurons-nous des preuves théoriques de l’efficacité de Dreem ? Début 2017, date à laquelle est prévue une grosse publication par les équipes de recherche qui travaillent autour du projet depuis sa création. En attendant, il faudra se fonder sur les retours des premiers utilisateurs.

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En empruntant un couloir, nous passons devant la salle de sieste. Les premiers utilisateurs de Dreem sont la cinquantaine d’employés de Rythm, qui doivent tester en interne leur produit, car ses améliorations sont rapides. Cette salle de sieste permet de faire des tests quotidiens et d’avoir des retours en temps réel sur les différentes améliorations proposées sur le produit. « C’est compliqué de travailler sur une technologie que l’on peut tester simplement en dormant », lance Mercier. Malgré des tests toutes les nuits, les siestes sont devenues des moments essentiels pour les ingénieurs.

Et c’est dans la dernière salle que sont regroupés les différents métiers qui travaillent sur l’objet physique. On comprend assez rapidement ce que signifie « développé en interne » : ici, les échantillons de produits s’enchaînent sur les plans de travail. Outils, matériaux et circuits imprimés ont tous leur place dans cet espace. « Pas le temps de trouver des sous-traitants », lance un Hugo Mercier qui n’a pas abandonné l’esprit d’efficacité d’une startup malgré les développements récents de sa société.  Au fond de cette pièce se trouve un atelier complet dans lequel Rythm imprime en 3D certaines parties des prototypes du casque et crée les moules qui serviront à l’industrialisation du produit.

Enfin un wearable utile ?

Rythm a tout de suite compris que le marché des wearables allait se lancer sur des appareils passifs et a voulu emprunter le chemin inverse. Aujourd’hui, la plupart des outils connectés qui ont des fonctions de surveillance du sommeil ont, pour les plus développés, des accéléromètres et des outils pour mesurer le pouls. Nous avons pu voir à maintes reprises à quel point ces données pouvaient être erronées. Dans une enquête que nous avons publiée en octobre dernier, nombre de spécialistes du sommeil et de médecins nous l’ont confirmé : les données de ces objets n’ont aucune valeur si ce n’est le côté ludique du quantified self.

Voilà pourquoi Rythm souhaite aller à la source : l’activité cérébrale. Analyser l’activité cérébrale pendant le sommeil permettrait de donner des informations pertinentes à un produit comme Dreem qui, en retour, promettrait d’améliorer les phases de sommeil profond. En pratique, nous explique Mercier, « c’est un bandeau qu’on met sur la tête le soir avant d’aller se coucher et qui est muni de trois grandes catégories de technologies. » 

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La première, c’est l’électronique. Tout le challenge de Rythm pour concevoir ce casque aura été de construire un ordinateur miniature capable d’analyser et de traiter le signal en temps réel. Car contrairement à beaucoup d’objets connectés, tout n’est pas envoyé à des serveurs qui traitent l’information et envoient des réponses à l’appareil. Non, quand l’utilisateur enclenche le mode sommeil sur son application ou lance un programme (par exemple une aide au réveil), Dreem passe en mode avion. Il coupe tous ses émetteurs et récepteurs et ne communique donc plus aucune donnée.

Quand l’utilisateur enclenche le mode sommeil, Dreem passe en mode avion

Le petit ordinateur embarqué dans le casque a donc la lourde tâche de traiter le signal, de le filtrer et de donner des consignes au bandeau absolument seul, n’étant plus connecté à Internet ni à l’application compagnon. « On ne va pas envoyer les informations quelque part pour les traiter pour la simple et bonne raison qu’on ne veut pas avoir du Wi-Fi et du Bluetooth toute la nuit à côté de la tête », affirme Hugo Mercier, avant de poursuivre : « C’est aussi parce qu’on n’a pas de temps à perdre avec des échanges de données. Pendant la nuit, même le smartphone peut être éteint. Quand l’utilisateur se réveille, il branche le bandeau, puisqu’il faut le charger chaque jour et à ce moment là les informations sont envoyées sur nos serveurs ».

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Les capteurs, la deuxième brique technologique qui compose le casque, auront travaillé toute la nuit en sous-marin pour acquérir des données en temps réel. C’est très important pour Rythm car l’activité cérébrale doit s’acquérir et s’interpréter rapidement si le produit veut être efficace. Et la dernière technologie employée sur le casque Dreem, un émetteur de bruits roses par conduction osseuse, a besoin de ces informations très rapidement. « En pratique, nous émettons des sons, des bruits roses qui sont des impulsions sonores et qui vont permettre de booster et amplifier une période de sommeil profond. Les sons sont émis par des dispositifs de conduction osseuses, c’est une façon de faire de la musique sans passer par l’oreille grâce à des micro-vibrations qui vont directement dans l’oreille interne. », conclut Hugo Mercier.

Tout cela pour quoi ?

Pour Hugo Mercier, l’idée du casque Dreem part d’un constat fort désagréable : aujourd’hui, à peu près un tiers de la population dort mal. Et ces humains ne sont pas de véritables malades du sommeil que reçoivent et traitent les cliniques du sommeil, mais des femmes et des hommes qui dorment mal qui à cause du stress de la journée, des contraintes de productivité, de l’environnement urbain bruyant et agressif, des nuisances visuelles liées aux écrans. Ces troubles du sommeil n’entrent pas encore dans la pathologie, et Rythm n’entend pas proposer un outil médical, mais sont tout de même des troubles.

Dreem peut alors aider l’urbain actif stressé. « Toutes les phases de sommeil ont leur importance mais nous détectons les arrivées des ondes lentes et nous allons aider le cerveau à les booster. Nous aurons alors également la capacité de proposer des réveils personnalisés, ce qui permet de réveiller la personne au moment clef afin d’avoir la bonne durée de sommeil », avance Hugo Mercier. L’idée est de combiner bien-être et efficacité dans une société qui a façonné des modes de vie qui dégradent le sommeil, une des phases les plus importantes de notre existence.

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Plus il est utilisé, plus le casque apprend de l’utilisateur — mais également de tous les utilisateurs de Dreem. La base de données constituée par Rythm a énormément de valeur car elle est presque unique en son genre. Aujourd’hui, seuls certains laboratoires médicaux possèdent des bases de données d’électroencéphalogrammes mais dans des quantités réduites et dans des formats souvent peu exploitables, qui n’ont pas été pensés pour être externalisés. Cette matière première mise en commun va permettre à chaque bandeau Dreem d’apprendre de nouvelles choses sur le sommeil et d’améliorer son efficacité au quotidien mais aussi de faire avancer les recherches sur le cerveau et le sommeil.

Et en discutant de cette base de données et de la recherche, Hugo Mercier songe également à l’avenir de sa société et des technologies qu’elle développe. Les neurotechnologies peuvent avoir des influences rapides dans beaucoup de domaines et leur expertise qui se développe dans l’analyse de l’électroencéphalogramme en temps réel et en grande quantité pourrait servir aussi bien à d’autres technologies qu’à d’autres champs de la recherche. On pense par exemple à la réalité virtuelle qui pourrait gagner en immersion si elle comprenait les impulsions intimes du cerveau et pouvait faire en sorte que les mondes virtuels aient de plus en plus de réalité.

Mais pour l’instant, c’est le programme Dreem First qui occupe les esprits des fondateurs et premiers employés de Rythm. Hugo Mercier et son équipe vont avoir la lourde tâche de sélectionner 500 personnes pour tester les premiers casques : « Nous voulions faire une série limitée de produit afin de pouvoir passer du temps sur chaque utilisateur pour améliorer l’expérience et comprendre les attentes des personnes — et pour avoir avoir des retours qualitatifs sur le produit. Dreem n’est pas un prototype, mais un produit fini. C’est pour cette raison qu’il est payant, mais l’idée, c’est de pouvoir encore l’améliorer d’ici sa commercialisation ».

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Et quand pourra-t-on voir une version commerciale dans la nature ? Difficile pour Hugo Mercier de donner aujourd’hui une date précise tant l’industrialisation d’un objet est une étape complexe.

Mais il nous l’assure : « Ce sera en 2017 ».

Reportage additionnel : Adèle Pillon
Photographie et vidéo : Jean-Baptiste Martin

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