Une nouvelle population d’ours a été identifiée au Groenland. Ils vivent dans un habitat atypique qui offre une nouvelle perspective sur l’adaptation de ces espèces au changement climatique.

Ces ours polaires étaient bien cachés, dans une région reculée du Groenland. Des travaux publiés dans Science ce 17 juin 2022 relatent leur étonnante découverte. Cette nouvelle population, bien secrète jusqu’alors, devient la vingtaine référencée dans l’Arctique. « Il s’agit de la population d’ours polaires la plus isolée génétiquement sur la planète », estiment les auteurs.

Auparavant, les scientifiques pensaient que, dans la zone, il n’y avait qu’une seule population. Une analyse génétique plus poussée, ainsi que l’observation du nombre d’individus et de leur répartition, vient de démontrer qu’un groupe distinct se détachait et formait une véritable population à part, dans un écosystème atypique. Il y aurait environ 300 individus.

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Coucou toi ! (un ours polaire appartenant à la population nouvellement découverte) // Source : Kristin Laidre/University of Washington

Le plus improbable n’est pas tant la découverte d’une nouvelle population, que l’endroit où ces ours populaires habitent. Ils vivent sur des pentes côtières abruptes entourant des fjords (vallées glaciaires inondées, entre un glacier et l’océan). Plus étonnant encore : durant la majeure partie de l’année, il n’y a pas de banquise pour que les ours puissent chasser.

Un nouvel espoir

La découverte de cette population et de son habitat est importante. Et ce n’est pas en raison de l’absence de leur terrain de chasse habituel, mais, au contraire, parce que la population parvient à survivre d’une autre façon en dépit de cet effet du changement climatique.

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L’écosystème où cette population a été découverte. // Source : Kristin Laidre/University of Washington

En règle générale, les ours polaires de l’Arctique dépendent de la banquise pour chasser des poissons et des phoques, la glace de mer servant de plateforme. Quand cette banquise fond, ils perdent donc leur moyen principal pour se nourrir. Elle a toujours fondu en été, mais le réchauffement du climat vient allonger le délai pendant lequel la banquise est inexistante ou presque.

Sauf que la population nouvellement découverte parvient à chasser toute l’année sans cette banquise, grâce aux ressources fournies par l’écosystème atypique de cette vallée (mélangeant glacier et eau douce). Ce type de glaciers enclavés rejoignant l’océan pourrait donc servir de « refuges climatiques », ce qui n’est pas des moindres puisque les ours polaires sont classés comme « vulnérables ».

Ainsi dans la partie de l’étude intitulée « Un nouvel espoir », les auteurs écrivent que « la découverte de cette population suggère à la fois que de tels environnements pourraient servir de refuges aux ours polaires et que la conservation de cette nouvelle population est essentielle ». Malheureusement, cette configuration reste pour l’instant relativement unique. Cela signifie que la fonte de la banquise, causée par le changement climatique, reste une menace pour l’ensemble de l’espèce.