Ça change tout quand on connait les stratégies à l’avance : le boss final du dernier raid de l’extension Burning Crusade sur WoW Classic a été vaincu en moins d’un jour. À l’époque, il fallait 62 jours. Le raid était pourtant très difficile.

C’est décidément le genre d’histoire qui vous laissera songeur, si vous avez connu World of Warcraft à ses débuts. Vous n’êtes peut-être pas sans savoir que Blizzard, l’éditeur du jeu de rôle massivement multijoueur (MMORPG), a joué à fond la carte de la nostalgie en relançant son jeu tel qu’il était à l’époque : c’est l’expérience WoW Classic.

Les joueurs et les joueuses peuvent ainsi faire revivre les émotions qu’ils ont eues en découvrant World of Warcraft au milieu des années 2000, avec une jouabilité identique à l’époque, ou presque. En particulier, cela donne l’opportunité de revivre la découverte des donjons, mais aussi et surtout des raids : ces batailles féroces qui rassemblent des dizaines de joueurs contre plusieurs boss.

Et c’est justement ici que les chemins divergent entre WoW Vanilla (le nom du jeu à cette époque) et WoW Classic (le revival de Blizzard). Non pas parce que le studio a fait des changements particuliers, qui rompraient avec les souvenirs qu’on aurait de la période. Mais parce que le niveau de jeu et les connaissances de la communauté n’ont plus rien à voir.

Le boss final d’un raid très corsé tombe en quelques heures

Disons-le tout net : sur Burning Crusade Classic, des guildes sont parvenues à finir le dernier raid de l’extension en à peine une journée après la sortie du patch, alors qu’il fallait autrefois des mois pour en venir à bout. C’est d’autant plus impressionnant que ce raid était réputé pour être l’un des plus corsés.

Vous n’avez rien compris ? Récapitulons : WoW Classic se divise en plusieurs « extensions », comme à l’époque de World of Warcraft. Il y a déjà eu le jeu de base et la première extension à la sauce classique est sortie depuis juin 2021 : Burning Crusade (et on sait qu’il y en aura une suivante, avec la très appréciée extension Wrath of the Lich King).

Kil'Jaeden
Kil’Jaeden, en chair et en os, et surtout en polygones. Huit, pour être précis. // Source : Blizzard

Chaque extension est ensuite déployée par phase, afin de faire durer le plaisir — et inciter les joueurs et les joueuses à rester pour payer un abonnement. La dernière phase disponible, la cinquième, est proposée depuis le 13 mai 2022. Et c’est avec elle qu’arrive le fameux raid, avec le patch 2.4 de WoW Classic. Son nom ? Le Plateau du Puits du Soleil.

Le raid en question se joue à 25 personnes (ce qu’on appelle un Raid 25, c’est une variante des Raid 10 et Raid 40) et se compose de six boss : Kalecgos, Brutallus, Gangrebrume, le binôme Alythess et Sacrocingle, M’uru / Entropius et, enfin, le boss final — Kil’Jaeden. Comme il s’agissait du dernier raid de Burning Crusade, le niveau était forcément très relevé.

Sur une page de son site résumant l’histoire de la progression des raids sur WoW, la guilde Method, qui est l’une des plus performantes et des plus anciennes encore en activité, rappelle que le Plateau du Puits du Soleil a été très long à terminer. Kil’Jaeden était par ailleurs un boss vraiment très difficile, tout comme certains avant lui, à l’image de M’uru.

Mais ça, c’était avant. Alors qu’il a fallu à l’époque — on est alors en 2008 — pas moins de 62 jours à la meilleure guilde du monde pour en voir le bout, plusieurs équipes ont d’ores et déjà roulé sur Kil’Jaeden moins d’un jour après la sortie du patch 2.4 de Burning Crusade Classic.

Ce même phénomène a pu être observé ces derniers mois avec la sortie progressive des différents raids de WoW Classic. Des boss iconiques tels Ragnaros, Nefarian, Illidan ont été pulvérisés en peu de temps. On en parlait d’ailleurs à l’époque, lors de la sortie du raid Le Cœur du Magma. 154 jours en 2005. 5 petits jours en 2019. Certes, ce n’était pas le raid le plus dur, mais quand même.

Évidemment, il y a de quoi se demander : savait-on vraiment jouer à l’époque pour qu’il y ait un tel écart ? Évidemment que oui : les SK Gaming, Nihilum, Death & Taxes, Blood Legion et autres Curse n’étaient pas des novices. En réalité, l’explication tient surtout au fait qu’il n’y a plus du tout de mystère avec ces raids classiques. Les stratégies des boss sont connues depuis plus de dix ans.

Tous ces boss sont disponibles en jeu depuis 14 ans. Tous les guides possibles et imaginables sont à disposition pour potasser les tactiques, les phases, les bonnes positions. Les add-ons sont également très largement développés par rapport à 2008. Et puis, l’expérience des joueurs et des joueuses s’est forcément accumulée à force de jouer à WoW.

Toutes les guildes qui officient sur Burning Crusade Classic ne sont pas encore venues à bout du dernier raid de l’extension. Certains butent sur des boss précédents, d’autres sur Kil’Jaeden. Ce sont les meilleures guildes du jeu qui progressent vite. Celles qui ne savent pas appuyer sur les touches ou bien se placer patinent toujours autant.

Sunwell Plateau
De nombreuses guildes ont déjà pulvérisé Kil’Jaeden. Et il y en a beaucoup d’autres qui ont déjà passé les premiers boss. // Source : Capture d’écran

Mais la page de Warcraft Logs est éloquente : à peine un jour après le début du raid, on recense déjà 130 guildes (soit environ 3 250 joueurs compte tenu du format Raid 25 !) ayant fait mordre la poussière au boss final du raid ultime de Burning Crusade. Et il y en a plusieurs dizaines d’autres qui sont déjà à sa porte, avec un compteur à 5 boss vaincus sur 6.

Cette fois, c’est une guilde chinoise qui a remporté la coupe de la course au « first kill ». Il s’agit d’une guilde côté Horde, appelée Old School. Elle officie sur le serveur 维希度斯 (on a renoncé à essayer de lire ce nom). C’est ce rapporte le 13 mai le site spécialisé Wowhead. Il est possible de voir les ultimes instants du combat dans un clip sur Twitch.

Arthas, aka le Roi Liche, n’a qu’a bien se tenir…