« Vers les étoiles » de Mary Robinette Kowal est le livre que vous devez lire juste après avoir vu Don’t Look Up : Déni Cosmique.

Don’t Look Up a réussi son coup : dès sa sortie sur Netflix, le 24 décembre 2021, le film est entré dans le débat public et c’est une très bonne chose. Le long-métrage raconte la découverte de deux scientifiques qui tentent d’alerter le monde sur une météorite qui va s’écraser sur Terre. Mais il ne s’agit que d’une allégorie du changement climatique, et plus précisément du déni envers ce phénomène pourtant certain scientifiquement. Même des climatologues de renom y ont retrouvé leur vécu.

L’œuvre de Netflix fait partie des rares propositions pop culturelles à aborder l’urgence climatique. Mais du côté de la littérature, on peut trouver des démarches assez proches. Ainsi, si vous avez aimé Don’t Look Up, il vous faut dès maintenant foncer chez votre libraire pour demander un roman de science-fiction : Vers les étoiles, de l’Américaine Mary Robinette Kowal.

Don't Look Up a le plus gros casting de Netflix. // Source : Netflix
Don’t Look Up a le plus gros casting de Netflix. // Source : Netflix

Allégorie de l’urgence

« Et le climat ?
– Très agréable, aujourd’hui.

– Tu sais de quoi je parle.
– Je sais, oui. Mais justement. Quand le temps est agréable, c’est difficile de convaincre les autres qu’un changement climatique catastrophique s’annonce. »

C’est cet extrait que nous avions également mis en introduction de notre chronique sur cet excellent roman, publié en France chez Denoël. Dans Vers les étoiles, le point de départ est, comme pour Don’t Look Up, une météorite. Sauf que là, elle s’écrase dès le début.

trad. Patrick Imbert // Source : Denoël
trad. Patrick Imbert // Source : Denoël

Dans le roman de Mary Robinette Kowal, on est en 1952, mais, à cette date, l’histoire va devenir bien différente que celle de notre réalité. Une météorite s’écrase au large des États-Unis. La catastrophe est d’abord humanitaire, mais une brillante mathématicienne — Elma York — découvre bien pire. Le crash a provoqué une déstabilisation dramatique du climat. D’ici quelques mois ou années, un dérèglement climatique va rendre la planète quasi inhabitable.

Elma York va devoir tout mettre en œuvre pour convaincre les gouvernements de la croire. Ce ne sera pas le seul défi, car le plus grand sera de mettre en œuvre une solution. Sous la plume de Mary Robinette Kowal, le destin de la planète est déjà scellé, le dérèglement climatique le plus catastrophique est imminent. Le seul moyen pour l’humanité de s’en sortir : coopérer tous et toutes ensemble. En l’occurrence, comme l’indique le titre de l’ouvrage, il s’agira de mettre en œuvre une odyssée spatiale.

Vers les étoiles est aussi un roman social : dans cette uchronie, qui se déroule dans les années 1950, les femmes et les personnes racisées sont exclues du projet visant à établir une solution. Une situation absurde que les personnages vont s’employer à combattre.

La romancière américaine opère une démarche que l’on retrouve dans Don’t Look Up. Là où le film invente une histoire parallèle au changement climatique, Mary Robinette Kowal quant à elle accélère les choses en créant un dérèglement climatique dont le pire s’annonce dans quelques mois. Dans les deux cas, le récit — mettant en scène des scientifiques et une catastrophe — parle indirectement de l’urgence climatique réelle. Mais cette urgence n’en transparaît que davantage, appuyant sur tous les ressorts du déclic. Ces allégories fictives sont politiquement puissantes.

L’une des différences entre les deux œuvres, toutefois, est que le roman de Mary Robinette Kowal est véhicule un peu plus d’optimisme sur l’entraide humaine.