La saison 1 de Warrior Nun sur Netflix est une excellente surprise : il ne faut pas se fier aux aspects absurdes du synopsis. Critique.

Des nonnes guerrières appartenant à un ordre chrétien ancien dont la mission est de combattre les démons sur Terre : sur le papier, Warrior Nun a tout de la fiction prête à recevoir une pluie de critiques négatives. Cette série Netflix, disponible depuis le 2 juillet et créée par Simon Barry (à qui l’on doit l’excellente Continuum et la mauvaise Ghost Wars), est pourtant bien la bonne surprise de l’été dans le registre surnaturel/fantastique. Warrior Nun est un solide divertissement.

La première qualité de la série est esthétique. Si vous aimez les paysages d’Espagne, vous serez largement servis. Certains lieux de tournage sont sublimes, d’immenses vallées à un petit village en extérieur, jusqu’aux bâtiments religieux en intérieur. La balade est visuellement plaisante. À cela, on peut ajouter des combats bien dosés, et chorégraphiés avec maîtrise, ainsi qu’une atmosphère musicale électro-pop-religieuse plutôt originale.

Du côté de l’intrigue, la base est assez simple, mais il ne vous faudra que quelques minutes pour être happé dans le tourbillon. Ava, 19 ans, est tétraplégique depuis plus de 10 ans à la suite d’un accident de voiture. Alors qu’elle est à la morgue, après un soi-disant suicide, elle est ressuscitée lorsqu’un artefact religieux lui est implanté par erreur. L’artefact, un halo lumineux, lui confère des pouvoirs. Ava veut profiter de sa deuxième chance, mais le halo lui confère un destin auprès des Sœurs Guerrières de l’Ordre de l’Épée Cruciforme.

Soeur Mary et Ava. // Source : Netflix

Tout est dans le second degré ambiant

Encore une fois, sur le papier, ce pitch avait un potentiel de ridicule. Le résultat aurait pu l’être, si l’équipe de la série n’avait eu pour parti pris d’assumer complètement le côté décalé d’une telle intrigue. Sans vriller dans la sitcom ou la série seulement humoristique, Warrior Nun fait dans le second degré permanent. Mention spéciale, par exemple, à l’intronisation d’un nouveau pape sur fond de musique pop. Mais on doit cette configuration réussie à l’héroïne, qui distille des traits d’humour sans excès de lourdeur au fil de ses mésaventures parfois des plus rocambolesques. La série repose essentiellement sur sa personnalité attachante et rebelle. Sœur Mary (ou « Shotgun Mary ») et son côté faussement bourrin jouent également un rôle central dans cette fraîcheur. Ava et Mary ont une alchimie attendrissante.

L’habileté de Warrior Nun : nous embarquer dans son délire

On s’attend régulièrement à ce que l’intrigue nous désespère par manque de crédibilité ou par futilité, mais il faut bien admettre que cela n’advient pas vraiment. Inversement, on est plutôt surpris positivement, épisode après épisode. Quand l’on croit par exemple que la série va s’enliser dans une histoire d’amour, celle-ci s’efface totalement en arrière-plan pour aller explorer plutôt les relations amicales ou mentor-apprentis. Quelques séquences et retournements de situation restent un peu absurdes, mais, encore une fois, c’est dédramatisé par le second degré ambiant, tant et si bien qu’on se contente d’en rire, en se prenant au jeu. C’est bien là l’habileté de Warrior Nun : nous embarquer dans son délire.

L’intrigue est également loin d’être sans intérêt, même pour du divertissement. Le scénario nous entraîne dans un entremêlement de science et de religion, entre relation conflictuelle entre ces deux domaines et collaboration potentielle (dans le propos de la série). Sur le fond, Warrior Nun creuse essentiellement la notion de croyance aveugle et essaye, en fin de saison, de distinguer la foi et la religion. Cela aboutit à une forme de petite satire de l’institution religieuse — protocoles, hiérarchie, traditions inamovibles, etc.

Cette nouvelle série fantastique a donc réussi à dépasser ses propres limites, impliquées par un scénario qui, à la base, ne faisait pas forcément envie. Warrior Nun s’avère drôle, agréable et captivante.

Warrior Nun, saison 1, sur Netflix depuis le 2 juillet 2020.

En bref

Warrior Nun, saison 1

Note indicative : 4/5

Dans Warrior Nun, tout ce qui aurait pu apparaître absurde passe sans problème grâce au second degré ambiant, habilement géré par certains personnages clé (l’héroïne Ava, ou encore sœur Mary) qui ont, en plus, une excellente alchimie entre eux. L’intrigue ne relève clairement du chef d’oeuvre, mais elle surprend positivement en nous embarquant avec une étonnante efficacité dans son délire.

Clairement, les sœurs guerrières de l’Ordre de l’Épée Cruxiforme sont convaincantes et attachantes. On passe un bon moment, devant un divertissement estival solide.

Top

  • Le second degré quasi permanent rend la série drôle et fraîche
  • Belle esthétique, les paysages espagnols sublimes
  • La musique sur laquelle le nouveau pape est intronisé
  • Facilement prenant

Bof

  • On n'échappe pas à quelques scènes ridicules (mais ça fait rire)
  • Un simple divertissement, n'y cherchez pas d'ambition trop profonde
  • La saison 1 se termine en pleine action

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