Quatrième essai : « Black Mirror » décline sa recette dans six genres cinématographiques différents. Pour notre plus grand bonheur.

Toujours aussi fidèle à son format d’anthologie — un épisode par univers, par histoire et par casting — Black Mirror ne cesse de se bonifier depuis l’arrivée de la franchise dans le giron de Netflix.

La saison 3, la plus coûteuse jamais réalisée par Charlie Brooker, était déjà un très bon cru. Mais l’Anglais confirme derechef que Black Mirror est bien plus qu’une succession de thrillers technophobes mais un esprit commun, une équipe, et une manière d’écrire qui embrasse tous les genres.

Moins de robots-tueurs

Si la vision cauchemardesque de nos dépendances technologiques est toujours le fond de commerce de cette saison, les robots-tueurs et les trop grosses machineries laissent la place à davantage de subtilités et de nuances. Comme dans Hang The DJ, un épisode qui pourrait virer au désastre mais se sauve en contredisant nos attentes.

De plus, ces six épisodes ayant des tons diamétralement opposés, chacun s’attelle à transformer le style Black Mirror en un genre très précis. Ainsi, le dépaysement est assuré, sans écœurement.

une manière d’écrire qui embrasse tous les genres

La romance se retrouve transfigurée par la possibilité de trouver, selon l’algorithme, LA personne. Le space-opera se voit bousculé par un génial épisode parodique de Star Trek dans lequel des consciences virtuelles tentent d’échapper à l’enfer d’un monde taillé sur mesure pour l’égo d’un homme. Le drame familial n’échappe pas à ses exigences formelles mais verse dans la phobie, la paranoïa etc.

Voilà bien la force de cette nouvelle saison : emporter ses univers vers la technologie, et non l’inverse. La technique fait office de contre-point moral et chamboule le rythme de chacun des formats choisis.

L’enfer technologique est pavé de bonnes intentions

En outre, comme mûris, les scénarios de Brooker gagnent en ambiguïté : ici, l’enfer est pavé de bonnes intentions. La firme diabolique qui cache son agenda n’a plus sa place dans le monde de Black Mirror, au contraire, chacun provoque le cauchemar en cherchant le bien. C’est d’un intérêt mille fois supérieur.

Black Mirror

Ce changement de ton s’accomplit particulièrement dans les fins d’épisodes, qui sans être des happy end, sont souvent ouvertes au téléspectateur afin qu’il prolonge une réflexion plutôt qu’une sidération. Côté réalisation, chacun des épisodes donnent la même satisfaction que ceux de la dernière saison, voir même davantage, quand le budget et l’originalité de l’univers le permettent. La direction est encore une fois très adroite et le casting, bien que starifié par Netflix, garde sa justesse.

En fin de compte, certains pourront regretter la période où la série jouait noir sur noir. Nous ne sommes pas de ceux-là. Nous profitons au contraire d’une œuvre plus accessible, plus accomplie et moins attendue à l’image d’un des meilleurs épisodes jamais réalisé sous cette franchise, le désormais fameux San Junipero (saison 3).

En bref

Black Mirror saison 4

Note indicative : 4/5

Comme le bon vin, Black Mirror se bonifie en vieillissant. Il faut dire que n'ayant pas à subir les contraintes d'un univers fixe, la franchise a mille options à découvrir et expérimenter. Or expérimenter semble être une passion du créateur Charlie Brooker qui dans cette saison signe six scénarios qui n'ont que très peu en commun. Chacun explore un genre cinématographique comme un cliché, pour mieux le transfigurer par la technologie. Une vraie réussite. 

Top

  • Un des meilleurs space-opera du petit écran
  • Une réalisation qui ne déçoit toujours pas
  • De l'ambiguïté morale

Bof

  • Quelques épisodes plus faibles, comme d'habitude
  • Certains genres se voient trop, ou pas, assez parodiés
  • Tout cela ne serait-il pas trop optimiste ?

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