Sorti dans l’anonymat le plus total, Bright Memory: Infinite est l’un des plus beaux jeux disponibles sur Xbox Series X. Il n’a été conçu que par une seule personne.

7 mai 2020 : Microsoft choisit cette date pour tenir une présentation des premiers jeux Xbox Series X. Ce fut l’occasion pour la firme de Redmond de montrer ce que sa console — la plus puissante de l’histoire — avait dans le ventre. La vidéo avait démarré sur les séquences époustouflantes d’un titre baptisé Bright Memory: Infinite. En quelques secondes, on en a pris plein la vue : effets visuels en veux-tu en voilà, reflets à tomber, fluidité des mouvements, textures aguicheuses… Pour une première entrevue, les promesses étaient là.

Étrangement, on n’a plus du tout entendu parler de ce Bright Memory: Infinite par la suite. Et figurez-vous qu’il a été lancé, dans l’anonymat le plus total, le 21 juillet 2022, sur Xbox Series X, mais aussi sur Xbox Series S, PS5 et Nintendo Switch (sachant qu’il est disponible sur PC depuis novembre 2021). Intrigué par ce titre très orienté action, j’ai lancé Bright Memory: Infinite sur la console de Microsoft pour voir ce qu’il est advenu de l’impressionnante présentation du projet développé par un seul homme. Sans conteste, le FPS se hisse dans la catégorie des plus beaux jeux disponibles à ce jour sur Xbox Series X.

Bright Memory: Infinite
Bright Memory: Infinite. // Source : Capture Xbox

Bright Memory: Infinite est beau, et c’est à peu près tout

Derrière Bright Memory: Infinite, on retrouve le studio indépendant FYQD-Studio, composé d’une seule personne prénommée Xiancheng Zeng. Ce spécialiste des environnements 3D avait consacré son temps libre à une première démo baptisée Bright Memory (sortie en mars 2020) qui avait reçu d’excellents retours sur Steam. Bright Memory: Infinite n’est pas vraiment une suite, mais un moyen d’aller encore plus loin avec des bases similaires. Il a été développé sur le moteur Unreal Engine, grâce à des outils qui permettent aux néophytes de créer des jeux complets sans taper une seule ligne de code. « J’utilise des Blueprints quand je travaille sur le développement d’un jeu. Car je n’ai travaillé qu’en tant qu’artiste spécialisé dans les environnements 3D et je n’ai aucune expérience dans la programmation », confessait-il dans une interview publiée en 2019 par WCCFTech

Un porte-étendard du ray tracing

Une fois qu’on sait que Bright Memory: Infinite a été créé par une seule personne, on est encore plus impressionné par le résultat. Il est en réalité un porte-étendard du ray tracing, cette technologie d’affichage avancée qui peine à convaincre sur les consoles de dernière génération (elle implique souvent trop de sacrifices). Dans le cas de Bright Memory: Infinite, le ray tracing appuie un peu plus l’ambiance asiatique d’un monde au bord du chaos, sans cesse chahuté par des événements climatiques après l’apparition d’un phénomène étrange. L’écran est sans cesse inondé d’effets visuels tous plus clinquants les uns que les autres, des reflets sur les surfaces métalliques aux flammes, en passant par les petites particules. C’est visuellement très généreux et spectaculaire, sachant que le ray tracing n’empêche pas de jouer avec un framerate confortable à 60 fps (il y a aussi un mode 120 fps, et sans ray tracing).

Sans ray tracing Avec ray tracing

Cette apparence avantageuse a néanmoins une incidence sur la solidité technique, loin d’être au rendez-vous. Pendant ma partie, j’ai eu droit à des bugs plus ou moins gênants (le pire : des actions qui refusent de se déclencher), des plantages, des ralentissements dans les menus… On perçoit un manque de soin dans les finitions, certainement lié à la nature même du projet (une seule personne pour tout faire). Faut-il être indulgent ? Oui, assurément. D’autant que plusieurs mises à jour peuvent rectifier un peu le tir dans les semaines et mois à venir.

Sans ray tracing Avec ray tracing

En termes de gameplay, Bright Memory: Infinite impose définitivement son style, avec une action très intensive à la limite de la frénésie. L’héroïne, qui doit donc enquêter sur des cataclysmes étranges (n’espérez rien de la narration), est aussi à l’aise pour se battre à distance que pour se défendre au corps-à-corps (il y a même des parades). En résultent des affrontements très dynamiques, presque chorégraphiques et, surtout, très old-school. Il n’y a rien de profondément subtil et, une fois l’aventure terminée (un peu plus de 2h), on a davantage l’impression d’avoir joué à la démo d’un jeu qui pourrait être bien plus ambitieux. Même pour moins de 20 €, cela fait cher l’expérience compactée — sans compter que, derrière ses bonnes idées, il y a aussi quelques maladresses.

Xiancheng Zeng ne maîtrise pas tout, comme ces séquences annexes où Bright Memory: Infinite devient un jeu d’infiltration inintéressant (un problème pour le rythme) ou un jeu de course-poursuite sans queue ni tête (à bord d’une voiture). Il fait par ailleurs preuve d’une faute de goût évident quand il propose de changer la tenue de l’héroïne pour quelque chose de plus sexy. En 2022, plus personne n’a envie de transformer un protagoniste féminin en un simple objet de fantasme. Il y a du zèle dans Bright Memory: Infinite, et c’est dommage.