Très utilisé pour qualifier — et souvent disqualifier — certaines femmes en ligne, le terme « pick me » s’est banalisé à mesure qu’il se diffusait sur les réseaux sociaux. Un mot-clé du web dont le sens, l’origine et les usages sont plus complexes qu’il n’y paraît.

Que vous soyez un homme ou une femme, particulièrement si vous avez la trentaine ou moins, vous avez sans doute déjà entendu cette phrase : « Arrête de faire ta pick-me. » Face à elle, trois réactions possibles : rire jaune, vexation immédiate ou incompréhension totale. Si vous avez cliqué sur cet article, il y a de grandes chances que vous apparteniez à la troisième catégorie. Pas de panique : on vous explique ce que signifie ce terme omniprésent sur les réseaux sociaux… et désormais bien installé dans la vraie vie.

Le terme « Pick me » est omniprésent sur les réseaux sociaux. // Source : Capture d'écran TikTok
Le terme « Pick me » est omniprésent sur les réseaux sociaux. // Source : Capture d’écran TikTok

Ça veut dire quoi être une « pick me » ?

En anglais, pick me signifie littéralement « choisis-moi ». Le terme désigne une personne — le plus souvent une femme, d’où l’expression Pick me Girl — qui cherche à se faire valider par les hommes, généralement au détriment des autres femmes. Cela passe par le fait de se présenter comme « différente », « plus simple » ou « moins prise de tête » que les autres, souvent réduites à des caricatures. Par exemple, dire : « Je ne comprends pas comment certaines femmes font pour se maquiller tous les jours, moi je préfère dormir » suffit souvent à hériter de l’étiquette pick me.

Plus largement, cela consiste aussi à mettre en avant des goûts socialement perçus comme « masculins » — football, jeux vidéo, films d’action — tout en dénigrant des centres d’intérêt jugés « féminins » comme le maquillage, la mode ou les comédies romantiques. L’idée sous-jacente est toujours la même : se distinguer des autres femmes en les présentant comme trop superficielles, compliquées ou immatures.

Dans les faits, l’expression est clairement péjorative. Elle renvoie à ce qu’on appelle la misogynie intériorisée : le fait, pour certaines femmes, d’avoir intégré des discours sexistes — selon lesquels le féminin serait futile, excessif ou peu sérieux — et de les reproduire dans leurs paroles ou leurs comportements. Ce n’est pas quelque chose de « naturel », mais le résultat de normes sociales sexistes largement diffusées et progressivement normalisées, parfois jusqu’à être perçues comme de simples « opinions personnelles ». En résumé, le terme pick me recycle des idées sexistes sur les femmes… mais cette fois portées par une femme elle-même. En s’alignant sur ce schéma, le féminin est présenté comme inférieur, tandis que le masculin est érigé en modèle : plus légitime, plus sérieux, plus désirable.

Les hommes peuvent-ils être des « pick me » ?

Oui.
Si le terme reste tristement associé aux femmes — ce qui, au passage, revient encore à scruter et juger en priorité les comportements féminins, alimentant le cercle vicieux — un homme peut tout à fait être un pick me.

Dans ce cas, il s’agit généralement d’un homme qui se met en scène en se dévalorisant (accrochez-vous, c’est souvent cringe) : « De toute façon, les filles n’aiment pas les mecs sensibles comme moi, elles préfèrent les bad boys. ». Sur le fond, le mécanisme est le même : un pick me boy cherche à être « choisi » ou valorisé par les femmes en adoptant une posture calculée, censée le distinguer des « autres mecs » — plus gentil, plus respectueux, plus sensible.

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La différence tient surtout à la forme. Là où une Pick me Girl va fréquemment rabaisser les autres femmes, le Pick me Boy a davantage tendance à se poser en victime. Objectif : susciter de l’attention et de l’affection, quitte à culpabiliser celles qui ne le choisissent pas. « Après tout ce que je fais pour toi, tu préfères encore un mec qui te traite mal… Les filles se plaignent, mais elles aiment la souffrance. » Là encore, le discours est traversé par un fort ressentiment envers les femmes.

Reste un point essentiel à garder en tête. Aujourd’hui, le terme pick me est très souvent utilisé de façon péjorative, principalement contre des femmes, parfois pour désigner n’importe quel comportement jugé « trop tourné vers les mecs », même lorsqu’il n’y a ni dénigrement ni stratégie consciente. Cette interprétation peut donner l’impression que ces femmes agissent par calcul ou par besoin d’attention, sans toujours rappeler qu’elles s’inscrivent aussi dans un contexte culturel marqué par des normes sexistes persistantes.

En ce sens, le concept de pick me — qui symbolise déjà une rivalité entre femmes — peut facilement en créer une nouvelle : celle entre les femmes dites pick me et les « vraies » féministes. Moralité : prudence, si vous comptiez dégainer fièrement ce terme que vous venez peut-être tout juste de découvrir.

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