C’est déjà l’heure du bilan : après une quarantaine de numéros de #Règle30, notre newsletter hebdomadaire, Lucie Ronfaut tire les leçons de cette année sur le web qui a réussi à nous surprendre, alors qu’on ne pensait plus pouvoir l’être.

Cet article est extrait de notre newsletter hebdomadaire Règle30, éditée par Numerama. Il s’agit du numéro du 6 avril 2022. Pour vous y inscrire gratuitement, c’est ici.

Nous voici donc arrivés à la dernière newsletter de 2022 ! Depuis la naissance de #Règle30, je crois généralement que l’année à venir ne pourra pas être plus étrange que la précédente. Et, jusqu’ici, j’ai toujours eu tort ! Il y a eu le choc de 2020. Puis, les promesses absurdes de 2021, avec ses rêves de métavers et/ou de crypto que l’on était, au final, assez peu à partager. À ce niveau, 2022 a été un retour brutal à la réalité. Loin des fantasmes du futur, on s’est finalement débattus et débattues avec des enjeux classiques du web. Peut-être sont-ils éternels ?

Récapitulons. Un réseau social a été racheté pour beaucoup trop d’argent, par un homme qui a prouvé à lui tout seul qu’une plateforme est avant tout la somme de décisions et de valeurs humaines, plutôt qu’un empilement de fonctionnalités techniques. On n’a toujours pas résolu le problème de la modération des contenus. D’ailleurs, on ne s’est même pas entendus sur la nature du problème : la prétendue censure des propos trop à droite ? La question délicate de l’hébergement des sites utilisés à des fins délétères, au risque de mettre à mal la structure même d’internet ? Ces réseaux sociaux qui récompensent les opinions fortes et instantanées, et donc aussi bien nos colères justifiées que les propos abjects ?

« Au moins l’intelligence artificielle est fascinante et intéressante et terrifiante et passionnante alors que la crypto n’a jamais été une seule de ces choses. » (Pranav Dixit est journaliste pour BuzzfeedNews)

En 2022, le sexisme n’a pas disparu du web

Il y a aussi, évidemment, des enjeux inédits à nos vies en ligne. Les progrès des intelligences artificielles et leurs capacités à produire des contenus nous fascinent et inquiètent, dans les deux cas à juste titre. On a réalisé que les technologies étaient non seulement un danger pour les femmes, mais aussi pour leurs droits reproductifs. Le sexisme n’a bien sûr pas disparu des réseaux sociaux. Il y prend même de nouvelles formes, comme on l’a vu lors du procès Depp/Heard, dont on mesure encore mal, je crois, les conséquences sur la manière dont on parlera de féminisme et surtout d’antiféminisme à l’avenir. Enfin, en 2022, on ne peut plus ignorer l’explosion de la transphobie en ligne et en dehors de nos écrans, et les menaces qu’elle fait peser sur toutes les femmes.

Bizarrement, dans tout ce marasme, je finis cette année avec un vague espoir. Car, si le web est tendu, c’est aussi parce que nous résistons. Qu’il s’agisse de quitter Twitter, d’apprendre aux personnes menstruées des réflexes de cybersécurité spécialement dédiés à leurs besoins, de reconnaître notre place dans l’engrenage de la viralité et de la violence, ou simplement de revendiquer d’être une gobeline, en perturbant un peu les mises en scènes soignées des réseaux sociaux avec un joyeux chaos.

Cela ne signifie pas que les internautes veulent tous et toutes les mêmes choses, ou même qu’iels ne désirent que des bonnes choses. Mais, cela rappelle que ces machines fonctionnent grâce à nous, et que même bien au chaud dans leur ventre, nous pouvons nous transformer en grains de sable qui perturbent leur fonctionnement. C’est donc tout ce que je nous souhaite pour cette nouvelle année qui va débuter. Construisons de nouvelles choses, détruisons-en des vieilles, rions, gueulons, partageons, réfléchissons, testons des plateformes, quittons-en d’autres, utilisons beaucoup trop de points d’exclamation, perturbons. Nous sommes des grains de sable face aux machines. Et nous comptons encore.

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La revue de presse de la semaine

Emprise

Je vous parlais la semaine dernière de la garde à vue du youtubeur français Norman Thavaud, accusé de viols et corruption de mineures. Libération enquêtait sur le sujet depuis un an, et livre le témoignage de huit jeunes femmes, souvent des anciennes fans, qui ont été confrontées au vidéaste. Attention, c’est une lecture difficile.

Malhonnête

Si vous trainiez beaucoup sur YouTube dans les années 2010, vous connaissez sans doute le travail d’Andy Signore. Ce vidéaste américain a créé la série des Honest Trailers, des vidéos qui se moquent de films ou de séries télévisées au travers de fausses bandes-annonces. Mais, en 2017, Andy Signore était renvoyé de Defy Media, l’entreprise qui produit les Honest Trailers, après plusieurs accusations de harcèlement sexuel. Depuis, le vidéaste a construit un nouvel empire médiatique (et lucratif) sur YouTube, dédié à la critique du mouvement #MeToo. C’est à lire (en anglais) sur le site de NBCNews.
 

Descendre du manège

J’ai adoré cet édito publié chez Vox à propos de ce qu’on appelle, en anglais, le discourse : des débats souvent interminables et absurdes sur des sujets qui ne méritent franchement pas tant d’attention. Jeter un bâton à son chien est-il un comportement abusif ? Shakespeare est-il problématique ? Cuisiner à la maison, est-ce classiste ? Plutôt que d’en rire (ou d’en pleurer), l’autrice propose des pistes de réflexion sur notre désir de justice, et les logiques des réseaux sociaux qui exacerbent ces controverses. C’est à lire (en anglais) par là.


Sous l’eau

J’achève cette revue de presse avec cette histoire qui m’a beaucoup fait rire. Pour contourner la modération de Twitch et allaiter son nouveau-né pendant ses lives, la streameuse LuxieGames a trouvé une solution ingénieuse : recouvrir sa poitrine par une photo d’une femme dans un jacuzzi, en référence aux éternelles polémiques sur les femmes en bikini sur Twitch. Et franchement… ça marche pas mal ? Au-delà du gag, la streameuse développe un discours intéressant sur la place du corps féminin sur Twitch et sa constante fétichisation. C’est à lire (en anglais) chez Polygon.

Quelque chose à lire/regarder/écouter/jouer

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Mob est un garçon médiocre. Il est nul en sport, passable à l’école, sa vie sociale est proche du néant. Le collégien cache aussi un secret : il possède des pouvoirs psychiques hors-du-commun, qu’il a beaucoup de mal à contrôler. Un jour, il rencontre Reigen, un puissant médium qui l’enrôle comme son assistant. Mob espère enfin pouvoir mener une vie normale auprès d’un homme qui saura lui apprendre à dompter ses capacités. Manque de pot, Reigen est un arnaqueur, qui n’a aucune compétence pour lui enseigner quoi que ce soit.

Adapté d’un manga populaire, Mob Psycho 100 est une série animée en trois saisons, qui s’achève à la fin de l’année. Elle débute comme une comédie un peu absurde : un héros naïf, un coéquipier roublard, des esprits et fantômes qu’ils doivent combattre. Mais, très vite, l’histoire prend un tour plus sérieux. Mob souffre réellement de ses pouvoirs et de leur lien avec ses émotions, qu’il cherche à tout prix à étouffer. Sa relation avec Reigen, construite sur un mensonge, va petit à petit évoluer. C’est une série à la fois très touchante et drôle, servie par une animation magnifique, que je vous recommande même si vous n’avez pas trop l’habitude des animes japonais. Plus qu’une histoire d’action, Mob Psycho 100 est une fable tendre et trépidante sur les difficultés de l’adolescence et l’importance de s’ouvrir au monde. Avec ou sans pouvoirs, on n’avance jamais seul ou seule.

Mob Psycho 100, trois saisons (VOSTFR) disponibles sur Crunchyroll

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