Mark Zuckerberg n'a aucun intérêt à revendre ses applications WhatsApp et Instagram. Elles ont un intérêt économique et stratégique pour le réseau social.

Quand Facebook a mis la main sur Instagram et WhatsApp, respectivement en 2012 et 2014, ce n’était pas pour les conserver quelques années pour ensuite les revendre. Ces achats s’inscrivent dans une stratégie de long terme, en se positionnant notamment sur des secteurs critiques comme la messagerie instantanée et le partage de photos et de vidéos, notamment auprès d’un jeune public.

Alors, dans ces conditions, la seule réponse que peut donner Facebook à celles et ceux qui lui demandent si la revente de WhatsApp et Instagram pour des questions de concurrence serait possible est invariablement la même : c’est non. C’est à ce refus que s’est confronté le 19 septembre Josh Hawley, un sénateur républicain du Mississippi. Hors de question de lâcher les deux services.

Facebook n’a aucune raison de lâcher ses filiales

Mais faut-il vraiment s’étonner de la fin de non-recevoir que donne le fondateur et patron de Facebook à cette proposition ?

L’entreprise a été prête à mobiliser des sommes proprement colossales (1 milliard de dollars pour Instagram et 19 milliards de dollars pour WhatsApp) pour s’offrir les deux applications. Elle travaille désormais à assurer leur rentabilité et compte même aboutir à une interopérabilité entre ses différentes plateformes pour que les internautes puissent discuter sans friction — et en tirer encore plus profit.

L’application Instagram. // Source : Pexels/CC/energic.com (photo recadrée)

Surtout, Facebook est dans une situation où ces applications se sont imposées dans son business et sont devenues un moteur de croissance. Mark Zuckerberg n’a dès lors aucune raison de les lâcher. C’est même tout le contraire, surtout au regard de l’immense popularité des deux applications : 1,5 milliard d’usagers mensuels actifs pour WhatsApp, et 500 millions d’utilisateurs quotidiens pour Instagram.

D’ailleurs, Facebook tiendrait tellement à ses deux filiales qu’il voudrait bien apposer son nom à côté des deux marques. Cet été, des sources consultées par un média américain, The Information, ont affirmé que le groupe a pour projet d’ajouter la mention « from Facebook » après WhatsApp et Instagram. Si cela se confirme, ce n’est clairement pas la preuve d’une quelconque disponibilité à la vente.

À la puissance publique d’agir

En fait, la seule manière de séparer WhatsApp et Instagram de Facebook est d’agir sous la contrainte. Comme Mark Zuckerberg ne le fera pas de son plein gré, c’est le rôle de la puissance publique d’intervenir, si elle le juge nécessaire, puisqu’il n’y aura pas d’auto-régulation de la part de Facebook sur ce terrain. C’est ce qui pourrait peut-être arriver outre-Atlantique, notamment sous l’impulsion d’Elizabeth Warren.

Elizabeth Warren
Elizabeth Warren. // Source : Joe Crimmings

La candidate démocrate s’est en effet illustrée cet automne en avançant cette proposition. « Mon administration nommerait des organismes de réglementation déterminés à renverser les fusions illégales et anticoncurrentielles dans le secteur des technologies », affirme-t-elle. Outre Facebook, Google et Amazon seraient aussi régulés, l’un perdant Waze, Nest et DoubleClick, l’autre Whole Foods et Zappos.

La question du démantèlement des géants américains du numérique n’est pas seulement un sujet de campagne pour la présidentielle américaine de 2020. En Europe aussi, le sujet est dans l’espace public. Des personnalités comme Margrethe Vestager, la commissaire européenne en charge de la concurrence, ou Sébastien Soriano, président du régulateur français des télécoms, évoquent aussi cette perspective.

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