L'Autorité de la concurrence impose de grosses contraintes à France Télévision, TF1 et M6 pour la création de la plateforme française de vidéo à la demande par abonnement.

Salto n’a pas visiblement pas fini de se prendre des bâtons dans les roues. La plateforme de vidéo à la demande par abonnement (SVOD) française voulue par l’association de France Télévisions, TF1 et M6 va devoir renoncer à de nombreuses volontés de ses créateurs, au point où l’on se demande quelles armes il lui restera pour se faire une place dans la bataille de la vidéo en ligne.

Les Echos ont obtenu, le 16 juillet dernier, la note d’engagement que les trois groupes ont envoyé à l’Autorité de la concurrence française, qui a récupéré le dossier il y a peu, après des mois d’attente d’une réponse de l’Autorité européenne. On y apprend que pour que Salto ait le droit d’exister, France Télévisions, TF1 et M6 sont obligés de se plier à des contraintes importantes qui risquent de pénaliser le service, avant même que celui-ci ne soit lancé.

La page d’accueil de Salto.media // Source : Salto

Des grosses barrières au développement de Salto

Dans le but d’éviter la trop grande puissance de quelques acteurs dominants — ce qui est, en soit, la mission principale de l’Autorité de la concurrence —, l’organisme a effectué plusieurs demandes, auxquelles Salto s’est engagé à répondre positivement.

La plus grosse complication réside dans un quota : seulement 40 % des contenus disponibles sur Salto (en volume horaire), hors films, pourront provenir des trois groupes français. Cela signifie qu’il faudra que la plateforme paie les droits de diffusion de nombreux autres contenus pour avoir un catalogue aux normes. Or dans la bataille pour l’achat des droits de diffusion, les géants comme Netflix ont un gros avantage financier. Avec moins de 50 millions d’euros de budget sur trois ans, Salto pourra difficilement lutter.

Limiter les exclusivités

Autre point douteux : France Télévisions, TF1 et M6 devront « limiter » les exclusivités sur Salto en évitant de ne pas trop libérer les droits de leurs contenus originaux (actuellement, ceux-ci peuvent être gelés avec ce que l’on appelle des « clauses de holdback », qui permettent de payer pour éviter qu’un programme ne se retrouve sur d’autres chaînes ou plateformes pendant un certain temps).

Or en 2018, ce sont ces contenus originaux, provenant des chaînes des trois groupes, qui étaient les plus mis en avant — et qui devaient, à terme, tous aller sur Salto, à l’image d’une série populaire comme Dix Pour Cent, dont les trois saisons sont actuellement disponibles sur Netflix France. C’est d’ailleurs sur les exclusivités que misent la majorité des plateformes US qui investissent le marché de la vidéo en ligne par abonnement pour se démarquer des autres.

Interdiction de faire de la pub gratuite pour Salto

D’autres engagements risquent également ralentir l’expansion de Salto :

  • France Télévisions, TF1 et M6 n’auront pas le droit de faire de la publicité sur leurs antennes gratuitement,
  • Les trois groupes ne pourront pas mettre à la disposition leurs propres salariés pour travailler sur Salto, il faudra en embaucher de l’extérieur,
  • Les flux des chaînes TNT, s’ils sont retransmis en direct et replay comme c’était prévu à l’origine, devront être retransmis contre rémunération envers les autres distributeurs (Orange, SFR, Canal, Molotov, Free, etc), et de manière « non discriminatoire ».

À cause de toutes ces contraintes, certains envisagent la possibilité que l’offre de Salto, ne sera plus la même que lors de la présentation du service, il y a déjà un an, avec la mise en ligne de Salto.fr, toujours coquille vide à ce jour — mais devenu, entre temps, Salto.media. Il se pourrait que l’offre bon marché, qui ne devait regrouper que du replay et du live pour quelques euros par mois, ne figure finalement jamais dans Salto, soulèvent les Echos.

Delphine Ernotte, patronne de France Télévisions, a beau souhaiter le lancement de la plateforme de SVOD avant 2020, les nombreuses barrières laissent penser que le projet sera encore long à mettre en place.  «  L’autorité européenne a quand même mis 6 mois à dire que c’était finalement à l’autorité française de se prononcer… En attendant, Netflix a gagné quoi ? Environ 1 million d’abonnés ? » s’agaçait-elle déjà en mars dernier devant la lenteur de ces processus.

Article publié initialement le 22 juillet 2019

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