En passant Apple News sur un modèle payant, Apple sera-t-il trop gourmand ?

C’est le secret le moins bien gardé d’Apple : le géant de Cupertino a des ambitions côté médias et Apple News, dans sa version complète non disponible en France, pourrait devenir à terme une sorte de Netflix de la presse. Si, bien entendu, Apple s’entend avec les éditeurs de presse. Et d’après le Wall Street Journal, les négociations ne démarrent pas sous les meilleurs auspices : Apple souhaiterait prendre 50 % des revenus liés au service et ne partagerait pas les données de compte des utilisateurs avec ses partenaires. Deux conditions qui font grincer des dents, même quand les médias ont devant eux un système de kiosque capable de rassembler 90 millions d’utilisateurs.

L’idée derrière Apple News, ce serait donc de rémunérer les médias partenaires au prorata du temps passé par les abonnés sur leurs articles. Les abonnés, utilisateurs d’Apple News et des produits Apple, paieraient un abonnement mensuel à la Netflix (des bruits de couloir évoquent 10 $). Problème : sur cette somme payée par les abonnés, Apple commencerait par garder 50 %. Cela signifie que, sur la base de 10 $, les médias n’auraient plus que 5 dollars à se partager par client et par mois. À une époque où dans d’autres secteurs, on remet en cause les sacro-saints 30 % taxées par une plateforme pour son service technique et son apport d’affaires, cela fait tache.

Apple Music // Source : Apple

Le pouvoir des plateformes

Le deuxième point clivant, d’après le WSJ, ce serait l’impossibilité pour les éditeurs de presse de récupérer les données des abonnés. On ne parle pas ici de données publicitaires ou de ciblage, mais simplement des informations sur le compte, comme le mail ou la carte de paiement, qui sont la clef pour maîtriser une base d’abonnés. Demain, un média qui décide de quitter Apple News pour n’importe quelle raison devra assumer une perte sèche de tous ses lecteurs qui lisent son média depuis la plateforme — impossibles de les contacter pour leur proposer un abonnement par un autre intermédiaire.

Cette balance des pouvoirs entre plateforme de distribution et producteur de contenu n’est pas nouvelle : le débat existe sur la musique, la vidéo, les jeux vidéo ou les applications. Sans les créateurs, il n’y aurait pas de clients à ces plateformes et sans les meilleures plateformes, les clients ne viendraient pas aux produits. Tout le défi est de proposer un équilibre que les différents protagonistes trouvent juste : est-ce que soumettre du contenu à une plateforme apporte plus de revenus, d’utilisateurs, d’outils techniques et de sécurité que de ne pas le soumettre ? Est-ce que ces services et ces abonnés méritent de céder une partie du chiffre d’affaires ?

Dans le cas d’Apple News, les éditeurs semblent encore réfléchir. Du côté de Cupertino, en revanche, la stratégie est toute trouvée : Apple souhaiterait, tous services confondus, cumuler plus de 500 millions d’abonnements d’ici 2020. Avec Apple Music, iCloud, le futur service de SVoD et Apple News, le géant pourrait toucher à terme toutes les industries culturelles. Un événement fin mars, prévu par Apple, pourrait définitivement lever le voile sur la stratégie.

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