Mark Zuckerberg a annoncé un objectif très ambitieux lors de la conférence Oculus Connect le 11 octobre : il vise le milliard d'utilisateur pour sa technologie de réalité virtuelle. Selon un spécialiste, une telle promesse sera réalisable, à condition que les casques deviennent à la fois mobiles et haut de gamme.

« Nous nous fixons un objectif : nous voulons attirer un milliard de personnes vers la réalité virtuelle. » Tels sont les mots prononcés par Mark Zuckerberg, à l’occasion de la conférence Oculus Connect organisée le 11 octobre 2017 à San Jose. Avec ces quelques mots, le CEO de Facebook a posé les bases d’un objectif bien ambitieux pour le futur de la VR.

La promesse du milliardaire est-elle vraiment tenable ? Alors qu’Oculus vient de faire le plein d’annonces, avec la ferme intention de renforcer sa place sur le marché embryonnaire de la VR, il paraît légitime de s’interroger sur le réalisme des ambitions de Mark Zuckerberg. À supposer que cet objectif du milliard soit atteignable, quand pourrait-il être atteint ?

La VR grand public, surtout dans les jeux vidéo

Contacté par nos soins, Christophe Renaudineau, spécialiste des réalités augmentée, virtuelle et mixte, considère qu’à l’heure actuelle la VR peine à se démocratiser auprès du grand public. « Les ventes sont décevantes auprès de cette cible, nous explique-t-il. La VR rencontre surtout du succès dans le monde professionnel, dans le tourisme ou la conception. Auprès du grand public, la réalité virtuelle reste quasi exclusivement portée par les jeux vidéo. »

Si l’on en croit Oculus, le principal obstacle qui manquait à la VR pour décoller réside dans les prix des casques ; avec la baisse du prix du Rift, le constructeur s’est dit persuadé que la technologie pourrait enfin décoller. Probablement pas tout de suite, estime néanmoins Christophe Renaudineau : pour lui, il faudra au moins attendre quelques années avant que cette prédiction se réalise.

« À moyen terme, ce qu’annonce Mark Zuckerberg n’est pas réaliste. Avec Oculus Go, l’objectif de 1 milliard n’est pas réalisable. Mais, d’ici cinq ans, Facebook pourrait arriver avec de nouveaux projets pour véritablement s’imposer comme un leader », analyse le spécialiste.

Selon Christophe Renaudineau, la distinction entre deux gammes différentes de réalité virtuelle est essentielle pour cerner les ambitions d’Oculus. « D’un côté, Oculus Rift et son concurrent HTC Vive, proposent une immersion complète et une expérience haut de gamme. De l’autre, Oculus Rift Go, et son équivalent chez Samsung, le Gear VR, restent des produits grand public. Certes, dans l’Oculus Rift Go, vous n’avez pas de PC ou de câble, mais le déguisement est intégré dans le casque. Avec ce genre de matériel, on reste sur de la VR statique. »

« Le déguisement est intégré dans le casque. On reste sur de la VR statique »

Le spécialiste est néanmoins confiant sur les futurs développements de la VR, qui devraient selon contribuer à démocratiser la technologie. « Quant on sera sur un produit dynamique, sans PC, permettant par exemple de jouer en extérieur, on obtiendra une VR intéressante, à la fois mobile et haut de gamme », anticipe Christophe Renaudineau. Peut-être cette description correspondra-t-elle au mystérieux « projet Santa Cruz » nourri dans l’esprit de Mark Zuckerberg : un casque haut de gamme, autonome et mobile capable de séduire les masses.

VR et réalité mixte, deux usages

La VR ne risque-t-elle pas, par ailleurs, d’être remplacée peu à peu par la réalité mixte ou la réalité augmentée ? Non, car les deux technologies ont deux usages différents, selon le spécialiste. « Les deux peuvent être grand public. Pour simplifier, on pourrait dire que la réalité augmentée a plutôt une fonction d’aide au quotidien. La VR favorisera, elle, une expérience immersive. »

Enfin, l’ampleur du chiffre annoncé par Mark Zuckerberg n’est sans doute pas anodine : en créant un effet d’annonce, le milliardaire espère probablement susciter une première vague d’intérêt autour de la réalité virtuelle et du futur d’Oculus. « Dans la tech, il y a toujours ce besoin de prouver que la révolution, c’est maintenant. Cette annonce entame probablement une première vague de marketing », conclut Christophe Renaudineau.

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