Theranos dévoile MiniLab, un outil destiné à faciliter la prise de sang dans les régions du monde les plus reculées. Néanmoins, difficile de jauger de la fiabilité de l'appareil, alors que la startup spécialisée dans l'innovation médicale est embourbée dans plusieurs affaires qui remettent gravement ses résultats en cause.

Theranos. Ce nom sonne comme une promesse déchue. Pour ceux qui regardent la health tech et qui s’intéressent à toutes les ambitieuses startups qui veulent transformer le secteur de la santé, et à accessoirement le monde, cette entreprise américaine, autrefois prometteuse, est devenue le symbole des excès qu’il peut y avoir dans ce domaine après une enquête critique de ses méthodes, qui a jeté un voile de scepticisme sur la portée réelle de ses annonces et la fiabilité scientifique de ses résultats.

Et pourtant. Malgré une réputation désormais fortement écornée, Therenos vient de dévoiler un nouvel appareil présenté comme étant capable d’optimiser les tests sanguins dans les régions du monde les plus difficiles d’accès.

Intitulée MiniLab, cette machine en forme de caisson peut effectuer rapidement des tests sur des échantillons — qui sont traditionnellement réalisés manuellement. Ensuite, les informations sont transmises à un laboratoire de Theranos, qui met en œuvre un analyseur virtuel chargé d’interpréter les résultats.

Theranos miniLab

Sur le papier, le principe du MiniLab est séduisant. Il pourrait en effet se révéler bien pratique pour améliorer les conditions de vie dans certaines régions défavorisées qui n’ont pas forcément un laboratoire d’analyse de pointe à proximité. En l’espèce, il suffirait juste de déployer le caisson puis de transférer toutes les données par Internet pour que l’analyse se déroule dans une structure plus équipée.

D’après Theranos, MiniLab est susceptible de diagnostiquer un grand nombre de maladies, dont le très médiatique virus Zika qui sévit actuellement dans une bonne partie de l’Amérique du Sud, en particulier au Brésil.

Hélas, MiniLab est un projet porté par Theranos. Or, de trop nombreux éléments viennent nuancer l’intérêt d’une telle initiative.

En premier lieu, selon Patricia Jones, la présidente de la American association for clinical chemistry (AACC), MiniLab n’est qu’une version réduite d’une technologie qui est déjà connue. Citée par Bloomberg, elle déclare qu’ils « utilisent la même technologie que nous voyons depuis quelques temps déjà mais ils l’ont miniaturisée et intégrée dans une petite plateforme ». On est loin d’une technologie de rupture.

Mais surtout, difficile d’accorder de la fiabilité à MiniLab au regard du passif que traine Theranos. Depuis plusieurs mois déjà, l’entreprise nage en eau trouble et son image de marque a terni à toute vitesse à la suite du reportage édifiant du Wall Street Journal.

En effet, la société fondée par Elizabeth Holmes utilise une plateforme appelée Edison qui est censée accélérer l’analyse du sang d’un patient en prélevant seulement une petite goutte du liquide rouge sur son doigt. Sauf que les résultats qui ont obtenus ont été remis en cause par le Centers for Medicare and Medicaid Services (CMS), l’autorité américaine chargée de contrôler la fiabilité des laboratoires. « Nous avons déterminé que les pratiques déficientes du laboratoire mettent en danger immédiat la santé et la sécurité des patients  », avait-elle estimé,  dans des termes très durs.

Ils ont encore beaucoup de travail à faire

En outre, depuis avril, Theranos est sous le coup d’une procédure pénale et risque de recevoir l’interdiction d’exercer la moindre activité en laboratoire pendant au moins deux ans. Ainsi, lorsque Elizabeth Holmes s’est adressée à un parterre de scientifiques, tout le monde s’attendait à ce qu’elle clarifie les choses sur la crédibilité des résultats de son entreprise. Mais celle-ci a préféré faire diversion en dévoilant MiniLab.

On se retrouve donc avec plus de questions que de réponses. « Ils ont encore beaucoup de travail à faire », estime Patricia Jones. Bloomberg révèle que, pour plus de transparence, des spécialistes appellent la startup à publier ses données dans une revue scientifique afin qu’elles soient analysées par des personnes tierces.

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