Une réécriture de la Bible, un spleen intimiste, des récits de la seconde guerre mondiale, un conflit galactique et la naissance de Daredevil : les sorties comics du mois de juin ne manquent pas de variété. Suivez le guide des nouveautés et des jolies rééditions à lire sous le soleil.

The Goddamned

Jason Aaron, R.M. Guéra, Urban Comics, disponible, 10 €.

1600 années se sont écoulées depuis qu’Adam et Eve ont quitté l’Éden. Leur fils, Caïn, tout premier assassin de la création depuis qu’il a tué son frère Abel, arpente une Terre désolée, peuplée d’une humanité dégénérée où règnent les plus bas instincts. Condamné à l’immortalité dans ce monde damné, il cherche désespérément celui qui lui ôtera la vie pour mettra fin à sa malédiction.

Dans The Goddamned, Jason Aaron, auteur plein de ressources découvert grâce à sa série Scalped, plonge le lecteur dans un récit biblique totalement désenchanté, utilisant la mythologie de l’Ancien Testament pour livrer un récit de dark fantasy épique et brutal. L’auteur et son dessinateur dépeignent un monde se livrant corps et âme à la violence, où la loi du plus fort régit l’humanité tout entière.

Avec un sens de la mise en scène hallucinant et un découpage des plus fluides, l’artiste serbe R.M. Guéra épouse le scénario à merveille et signe des planches sublimes, grasses, salies par des couleurs chaudes, un encrage épais et d’une violence graphique assumée, aux surprenants accents de franco-belge. Entre western crépusculaire et fantasy pré-apocalyptique, The Goddamned colle une jolie claque tant l’œuvre est percutante dans l’exploration des travers humains.

Daredevil – L’Homme Sans Peur

Frank Miller, John Romita Jr., Panini Comics, disponible, 16 €.

Si vous avez vu la série Daredevil sur Netflix, vous devriez être familier avec les origines du héros urbain. La mini-série The Man Without a Fear, écrite par Frank Miller et dessinée par John Romita Jr. fait partie des œuvres essentielles sur le personnage, et elle a bien évidemment servi d’inspiration pour l’adaptation télévisée.

Ce titre publié en 1993 raconte l’histoire du jeune Matt Murdock, qui vit dans le quartier de Hell’s Kitchen avec son père, boxeur corrompu de mèche avec la mafia. Après avoir été victime d’un accident de la route qui le prive de sa vue, Matt Murdock découvre que ses autres sens se sont hyper développés, lui permettant, après un nécessaire entraînement, de voir le monde différemment.

Frank Miller a incontestablement marqué le plus durablement la mythologie du personnage de Daredevil, autant grâce à son travail sur la série principale pendant des années — réunis dans la série d’albums Daredevil par Frank Miller —, que dans diverses mini-séries sur l’homme sans peur ou sa sparring partner Elektra.

Pour ses 20 ans, Panini Comics réédite les récits emblématiques de plusieurs licences avec une couverture inédite réalisée par un artiste européen. Ce mois-ci, les 4 titres concernés  sont Daredevil par Benjamin Lacombe, Punisher par Joann Sfar, Wolverine par Mathieu Lauffray et enfin Elektra par Alessandro Barbucci.

Les Losers

Jack Kirby, Urban Comics, disponible, 22,50 €.

En plein cœur de la Seconde Guerre mondiale, un commando de soldats d’élite américains — composé du capitaine Storm, de Johnny Cloud, du sniper Rafale et du Sergent — est envoyé aux quatre coins du monde pour accomplir des missions spéciales. Créées chez DC Comics par l’éditeur Robert Kanigher en plein milieu des années 50, les aventures de ce quatuor de soldats ont perduré dans les pages de Our Fighting Forces jusqu’à la fin des années 70. De nombreux artistes se sont succédé à la barre, qu’ils s’appellent Joe Kubert, Jerry Grandenetti ou encore… Jack Kirby.

Connu comme le créateur d’une immense partie de l’univers Marvel, dont les Quatre Fantastiques, Captain America et les X-Men Jack -The King- Kirby est également allé fricoter avec la concurrence, chez DC, au début des années 70. Il y a notamment réalisé une douzaine d’épisode de Our Fighting Forces.

Ces histoires ont permis à Kirby d’extérioriser son expérience du conflit, lui qui a débarqué en Normandie peu après le jour J. Grâce à ses scénarios originaux inspirés de différents éléments de la guerre — le traitement des civils, l’occupation, la course à l’armement, etc –, l’artiste offre des récits grandiloquents, à la limite du fantastique et du cosmique dans leurs représentations.

Des canons de chars ou d’armes surproportionnés à la richesse des cadres et des situations, en passant par son style si dynamique : Kirby fait ce qu’il sait faire de mieux pour souligner le courage de ces Losers, héros ordinaires,  pour qui aucune sortie de conflit n’est possible.

Russian Olive to Red King

Kathryn Immonen, Stuart Immonen, Akileos, disponible, 19 €.

Olive doit se rendre en Russie, à la Cathédrale Saint-Vladimir, pour étudier des archives. Red, son compagnon écrivain, reste en ville, cherchant cherchant l’inspiration dans son triste quotidien afin d’écrire un essai destiné à une exposition. Son quotidien va basculer après le crash de l’avion d’Olive, qui laisse la jeune femme livrée à elle même en plein cœur de la Sibérie, sans pouvoir prévenir Red.

Plutôt habitué aux super-héros et à l’action, le couple Kathryn Immonen et Stuart Immonen s’offre une bulle d’air frais avec une œuvre très personnelle. Dans Russian Olive to Red King, les deux artistes choisissent de suivre deux personnages profondément amoureux mais séparés par le destin. Et désespérés, l’une ne pouvant prévenir son compagnon, l’autre croyant à un abandon.

Le récit s’apparente à un long spleen tranquille, où la froideur du quotidien ressort encore plus effrayante, en s’appuyant sur de nombreux silences. Le comics présente même une dimension assez fascinante dans sa narration, très lente, contemplative. Les deux artistes semblent livrer sur papier leurs peurs les plus profondes, dont celle de ne pouvoir vivre l’un sans l’autre.

Russian Olive to Red King est une œuvre étonnante, dont la première lecture peut laisser de marbre, mais qui se révèle petit à petit comme une véritable pépite dramatique. Simple, personnel et profondément triste, cet ouvrage publié par Akileos est à ne pas rater.

X-Men – La Chute de l’Empire Shi’ar

Ed Brubaker, Billy Tan, Clayton Henry, Panini Comics, 28 juin, 30 €.

En Égypte, une mutante aux pouvoirs magnétiques dénommé Polaris fait face à un groupuscule religieux anti-Apocalypse, quand elle voit surgir le professeur X et une équipe de X-Men originale.

Leur mission ? Pourchasser un mutant appelé Vulcain, troisième frère Summers après Cyclope et Havok, qui s’est enfui dans l’espace pour détruire tout ce qui passe sur son chemin… en l’occurrence, l’Empire Shi’ar, une race alien guerrière surdéveloppée, que Charles Xavier connaît bien.

Les lecteurs qui connaissent seulement les X-Men à travers les films risquent d’être surpris par cette affiliation entre les mutants de Marvel et l’espace, qui remonte pourtant à la première série.

Avec La Chute de l’Empire Shi’ar, le scénariste Ed Brubaker, à qui l’on doit le mutant Vulcain, prouve qu’il peut également mettre son talent d’écriture de personnages complexes au service d’un space opéra grandiloquent. Il s’amuse ainsi avec la multitude de personnages qui peuplent la galaxie de l’univers Marvel, offrant action, suspense et dramaturgie.

Panini Comics compile l’intégralité de La Chute de l’Empire Shi’ar dans un épais Marvel Deluxe, prévu pour la fin du mois. L’occasion de découvrir l’écriture cosmique d’Ed Brubaker, avant de peut-être plonger encore un peu plus loin dans l’espace Marvel.

Partager sur les réseaux sociaux