Pour optimiser l'expérience des joueurs sur leurs titres, les éditeurs font appel à des data analysts chargés d'analyser le comportement des joueurs pour améliorer leur expérience. Nous avons rencontré Alexandre Créac'h, data analyst chez Ankama.

Avec l’émergence du tout-connecté, il est devenu presque impossible de jouer à une partie de jeu vidéo, même solo, en mode hors-ligne. Que ce soit sur console ou sur PC, la connexion à Internet est devenu indispensable. Elle est même devenue un outil pour les studios et les éditeurs, afin de collecter et d’enregistrer diverses informations des joueurs, des données permettant de les identifier ou d’observer leur comportement. Mais qu’en font-ils exactement ?

Le métier de data analyst consiste à extraire et à analyser ces données lorsqu’on exploite un jeu. Le rôle de l’analyste est de faciliter la prise de décisions auprès des différents acteurs qui interviennent dans la vie d’un jeu en leur fournissant les informations nécessaires. Au-delà d’une volonté marketing ou commerciale, l’analyse des habitudes des joueurs permet également aux game designers d’en apprendre plus sur l’efficacité (ou les lacunes) des mécaniques de jeu mises en place et des possibles améliorations à fournir.

Alexandre Créac’h est data analyst chez Ankama, et nous explique les enjeux de sa profession.

Analyser la vie d’un jeu, tout un métier

Outre les informations personnelles et les coordonnées bancaires chiffrées, que l’on fournit sciemment quand on veut se connecter et effectuer des transactions en ligne, une multitude de données différentes sont également récoltées et analysées par les studios.

« Une de nos tâches est d’effectuer le suivi de toute une batterie d’indicateurs que l’on appelle Key Performance Indicator (KPI), explique Alexandre Créac’h. Cela va nous donner une idée de la santé d’un projet via une information précise, un peu comme si on surveillait constamment la température corporelle pour un humain. »

Pour un jeu vidéo il est possible de suivre par exemple le nombre de joueurs actifs à une date donnée, le pourcentage de joueurs qui jouent encore au jeu N jours après l’installation, ou encore le revenu que rapporte en moyenne un joueur.

« A côté de ça on doit répondre à des besoins spécifiques où il va plus falloir creuser au niveau des données, détaille Alexandre. Ça peut être en lien direct avec une variation de KPI. Par exemple, si la part de joueurs qui reviennent le lendemain de l’installation a baissé de 5 % depuis lundi dernier : est-ce qu’il y a un souci au niveau du contenu de départ du jeu ? ».

Un outil au service du Game Design

De ces analyses peuvent ainsi découler des interrogations sur les mécaniques du jeu, leur fonctionnement et leur efficacité auprès d’un certain type de joueur. Est-ce que le jeu est bien équilibré ? Est-ce qu’il y a une classe qui est trop forte ? La dernière mise à jour a-t-elle bien fonctionné ? Tout autant de questions auxquelles ils faut répondre, ou à défaut se donner les clés pour permettre de trouver des solutions aux éventuels problèmes soulevés.

Alexandre Créac’h poursuit : « Pour cette partie de notre travail qui nous demande de réellement creuser, on va utiliser pleinement les données que l’on récupère via les jeux. On utilise tout particulièrement les données issues des « events », c’est-à-dire des données qui sont envoyées à des moments bien précis du jeu : lorsque le joueur finit un combat par exemple. 

À ce moment là on va déclencher un événement qui contiendra des données relatives à ce qui vient de se produire, typiquement la date à laquelle ça s’est produit, le joueur concerné, la durée du combat mais aussi des données annexes comme par exemple le niveau du joueur ou l’argent qu’il possède… »

Ces données permettent ainsi aux game designers de vérifier sur le terrain ce qu’ils ont pu théoriser. Les data analyst sont là pour les accompagner dans ce travail de rationalisation du game design, « mais cela ne signifie pas que nous sommes une entrave à la créativité ! précise Alexandre. Ces données sont une vraie mine d’or pour comprendre un jeu et ses joueurs. »

Et la sécurité des données ?

En discutant avec Alexandre Créac’h, il était inconcevable de ne pas aborder la question de la sécurité des données récoltées, et de leur potentielle circulation. Le data analyst est pourtant clair sur ce sujet : « Les données que l’on récolte ne sont divulguées à personne en dehors de l’entreprise, nous sommes les seuls à les utiliser. »

« Mon sentiment strictement personnel par rapport à la question de la vie privée est que la récolte de mes données ne me dérange pas tant que les données sont utilisées dans le même contexte que celui d’où elles sont issues. Je ne vois pas de problème en ce qui me concerne à ce qu’on utilise mes données de joueurs pour améliorer le jeu en question. »

Une philosophie de l’usage des données qui reste raisonnable, dans la mesure où l’on prend pleinement conscience qu’une connexion au serveur d’un éditeur impliquera nécessairement la collecte d’informations variées. Les entreprises se doivent par ailleurs d’être claires sur le sujet, en notifiant explicitement la collecte de données et l’éventuelle cession à des entreprises tierces ou des administrations gouvernementales.

Alexandre conclut : « Mon avis par rapport à ça est qu’il ne faut pas non plus abuser des données dans le jeu vidéo, car après tout on pourrait très bien proposer un jeu calibré sur mesure au joueur et où finalement les game designers n’auraient plus rien à proposer. Ce n’est certainement pas ma vision du jeu vidéo. »

Le tout est de garder une certaine idée de mesure quant à la récolte de ces données et leur utilisation par les entreprises. Les studios de jeux vidéo semblent faire un usage minutieux des données amassées sur leurs joueurs, avec pour objectif d’optimiser l’expérience de jeu et, qui sait, créer de nouvelles tendances.

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