La 69e édition du festival n'aura certainement pas été la plus marquante de l'histoire fabuleuse de ce rendez-vous du cinéma. Mais nous retiendrons tout de même des moments et des films marquants pour un festival engagé.

Le Festival de Cannes n’échappe jamais à ses polémiques, que seuls les initiés saisissent vraiment : des sélections aux affrontement entre la Quinzaine des réalisateurs et le festival fondé par Jean Zay, le petit monde du cinéma se donne en spectacle. Cette année, la critique a été particulièrement déçue par la sélection officielle et le palmarès qui s’en est suivi. Que retenir d’un festival dont le palmarès est autant discuté ?

Maden Ade — Toni Erdmann, la palme de la critique

Ce festival a été celui de grands moments pour le cinéma, et d’agréables surprises, mouvementées et engagées. Par exemple, pour la première fois de son histoire, le festival était pointé du doigt pour son absence historique de femmes, à la manière de la polémique sur la mixité des Oscars. La présence de nombreuses femmes et le rêve de voir une Palme d’or décernée à une réalisatrice aura ému la croisette… jusqu’à la déception.

La presse voyait déjà la réalisatrice allemande Maden Ade remporter le premier prix. Assez unanimes, les critiques ont été dithyrambiques avec Toni Erdmann, cette tragi-comédie moderne et punk, mettant en scène le puissant Peter Simonischek dans le rôle d’un père en quête de l’affection de sa fille. Repéré comme un moment de grâce par la presse française, le film aura aussi retenu l’attention du Hollywood Reporter qui résume le film en un tweet : The best 162-minute German comedy you’ll ever see. Incontestablement, ce Toni Erdmann est le film que l’on attend le plus.

Dans les salles le 17 août.

Xavier Dolan — Juste la fin du monde, la palme des larmes

On ne présente plus le réalisateur québécois Xavier Dolan. Avec une carrière éblouissante entamée en 2009 alors qu’il n’avait que 20 ans, le jeune prodige a su rénover complètement un cinéma québécois en difficulté avec un sens inné de l’esthétique et de la transmission.

Xavier Dolan en est à son troisième festival de Cannes, et ce n’était un secret pour personne sur la croisette que l’ambitieux jeune homme était là pour la palme. Une Palme d’or manquée, mais on ne doute pas que le cinéma incroyablement esthétique et qui semble s’améliorer de film en film de Dolan finira par mettre le jury et la critique d’accord.

Si Dolan a tout de même reçu le second prix du festival, au grand dam de ses fans, la critique s’est montrée bien plus mitigée avec le nouveau film du réalisateur. Un film que beaucoup attendent, légèrement inquiets, car le réalisateur canadien s’est entouré d’acteurs français prestigieux mais dont les qualités ne font pas l’unanimité. Oui, on pense à Léa Seydoux.

On se gardera pourtant de juger un film que l’on attend en réalité impatiemment, et qui promet une plongée dans les décombres des tourments familiaux que le réalisateur avait parfaitement menée dans Mommy. Et le texte, scrupuleusement respecté selon les propres mots de Dolan, de Jean-Luc Lagarce est une des plus belles œuvres dramatiques sur le Sida.

En salles le 21 septembre.

Laura Poitras — Risk, la palme de WikiLeaks

La réalisatrice et documentariste Laura Poitras avait été choisie par Snowden parmi des millions d’êtres humains pour recevoir les révélations explosives du lanceur d’alertes. Elle réalisera le très reconnu Citizen Four avec lequel elle recevra un Oscar.

Absente du festival, Laura Poitras était à Cannes pour la Quinzaine des réalisateurs afin d’y présenter son film Risk. Ce film, mettant en avant Assange et les équipes derrière WikiLeaks possède déjà une histoire hors norme. En réalité, le tournage de celui-ci a commencé avant les révélations de Snowden à la journaliste. Elle avait décidé de s’intéresser à la genèse et au travail de WikiLeaks pour réaliser un film, un projet bien vite arrêté pour défendre et réaliser Citizen Four. Mais la réalisatrice, loin d’avoir tiré un trait sur le projet initial, nous propose aujourd’hui Risk, qui de fait prend des airs de spin-off.

Un document très engagé et particulièrement vif sur son sujet, qui d’un point de vue cinématographique réussit à piéger son spectateur dans un monde angoissant d’écoutes, d’espionnage et de libertés volées. Un film que l’on recommande. Évidemment.

Actuellement en salles.

Houda Benyamina — Divines, la palme du féminisme

Houda Benyamina a tenu le discours le plus politique du palmarès, bien que Ken Loach nous ait offert une belle prestation. On retiendra pourtant en réalité l’éclat de joie qu’a fait naître un film délirant et qui aura surpris la croisette : Divines. 

Sélectionné par la Quinzaine, Divines repartira triomphalement avec une Caméro d’Or, permettant ainsi à la réalisatrice franco-marocaine Houda Benyamina de prononcer un discours frappant dans un festival auquel on reproche son machisme historique. Avec une réplique tirée du film « T’as du clito !  » qui aura marqué les réseaux sociaux.

Le film lui, rappelle par son ton l’excellent Bande de filles de Sciamma. Houda Benyamina plonge une caméra vive dans la jeunesse des quartiers populaires, portée par deux actrices sublimes et inconnues. On s’attend à être frappé par un ton juste et difficile, façon L’Esquive, avec ce drame aussi drôle que triste qui promet un beau coup de poing.

Sortie en salles non communiquée.

On sort donc de ce festival avec quatre films à voir assurément, en plus d’une palme d’or qui sera un passage obligé : peut-être que Loach peut encore surprendre. On en sort également avec des émotions contraires dans un festival agité. Ce qui, après tout, n’est jamais mauvais signe pour le cinéma français.

À lire sur Numerama : Amazon sera sur les marches du Festival de Cannes

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