Le ministère de la défense a un nouveau directeur général des systèmes d'information et de communication pour son administration centrale : le vice-amiral Coustillière. Celui-là même qui a déclaré n'avoir rien à faire des portes dérobées lors d'un reportage mené par Cash Investigation.

« La Guerre ! C’est une chose trop grave pour la confier à des militaires ! ». Prononcée par George Clémenceau en 1887 dans l’affaire Schnæbelé qui avait nui aux rapports entre la France et l’Allemagne, cette célèbre citation pourrait aujourd’hui s’appliquer à l’informatique. Surtout quand il s’avère que le nouveau DSI de l’administration centrale du ministère de la défense « se fout » du débat sur les portes dérobées.

Voilà tout le problème que pose la nomination, survenue le 2 août 2017 par décret, du vice-amiral d’escadre Arnaud Jacques-Marie Coustillière. Alors qu’il doit prendre ses fonctions le 1er septembre, le nouveau directeur général des systèmes d’information et de communication s’est taillé une drôle de réputation en 2016 à l’occasion d’un reportage mené par Cash Investigation.

Dans une séquence consacrée au contrat « Open Bar » liant le ministère des Armées à Microsoft, contrat dont la régularité interroge et qui soulève des questions de souveraineté et de défense nationales, le vice-amiral ne montrait aucune espèce de préoccupation quant aux risques que peut poser l’utilisation de logiciels fournis par un éditeur étranger dans le système informatique de l’armée.

L’échange, retranscrit par l’April, qui se mobilise depuis des années contre le contrat « Open Bar », était ahurissant : alors que Snowden a révélé trois ans avant ce reportage les relations étroites qui existent entre les géants de l’industrie technologique américaine, dont Microsoft, et les services de renseignement des États-Unis, Arnaud Coustillière n’a pas montré le moindre signe d’inquiétude.

Le vice-amiral.

Questionné sur l’hypothèse de signer un nouveau contrat à l’identique avec Microsoft tout en ayant en tête les révélations de Snowden, le vice-amiral avait alors déclaré : « Moi très franchement ? Vous voulez ma conviction ? Oui, je le referais. Oui. Dans le fond je m’en fous de ce débat-là. C’est un débat qui a plus de quatre ou cinq ans, ce truc. Pour moi c’est un débat d’informaticiens. C’est un débat qui est dépassé ».

Un débat qui est dépassé ? Pas outre-Atlantique en tout cas. C’est même tout le contraire, vu les actualités concernant les craintes de Washington à l’égard de l’antivirus développé par l’éditeur russe Kaspersky, qui aurait même poussé le FBI à inciter le secteur privé à s’en passer sur fond de possibilités d’espionnage, ou les suspicions qui étaient apparues au sujet des routeurs chinois se trouvant au cœur des réseaux.

Et l’on ne parle même pas des activités menées par les États-Unis, qui sont documentées en partie par les fichiers confidentiels extraits par Edward Snowden.

Quel déplorable signal envoyé par le ministère des Armées

« Quel déplorable signal envoyé par le ministère des Armées qui confie les clefs de son système informatique à un homme qui balaie d’une pichenette la sécurité, la protection des citoyens et la souveraineté du pays », a réagi dans un communiqué l’association de promotion et de défense du logiciel libre, pointant sa « désinvolture face à ces enjeux, voire d’une incompétence coupable à un tel poste ».

Curieux, d’autant qu’avant d’être nommé DSI, Arnaud Coustillière était l’officier général commandant de la cyberdéfense à l’état-major des armées, une structure mise en place l’an dernier sur le modèle de ce qui se fait aux États-Unis et qui traduit l’évolution, depuis quelques années, de la doctrine française en la matière, et dont les missions incluent les actions offensives, le renseignement… et la protection.

De là à ce que la citation « L’informatique ! Une chose trop grave pour la confier à des militaires ? » succède à celle à Clémenceau, il n’y a qu’un pas.

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