Le ministère de la défense met en place un commandement des opérations cyber pour coiffer l'ensemble des unités opérationnelles capables d'agir sur les réseaux.

Face aux menaces informatiques, l’armée française passe la deuxième. D’ici le mois de janvier 2017, le ministère de la défense aura réorganisé ses forces de manière à faire émerger un véritable « cyber-commandement », qui sera placé directement sous la responsabilité directe du chef d’État-major des armées et qui coiffera l’ensemble des unités opérationnelles spécialisées de la « grande muette ».

« L’émergence d’un nouveau milieu, d’un champ de bataille cyber, doit nous amener à repenser profondément notre manière d’aborder l’art de la guerre », juge Jean-Yves Le Drian, en déplacement pour inaugurer le Pôle d’Excellence Cyber dans les locaux de la direction générale de l’armement, Maîtrise de l’Information. « L’arme cyber peut avoir des effets tout à fait comparables à l’armement plus conventionnel ».

L’arme cyber pourra être la réponse ou une partie de la réponse à une agression armée

« En temps de guerre, l’arme cyber pourra être la réponse ou une partie de la réponse à une agression armée, qu’elle soit de nature cyber ou non », poursuit le ministre de la défense. Autrement dit, la France pourra riposter sur les réseaux informatiques ou par une attaque conventionnelle, que l’attaque ait eu lieu électroniquement ou non. Tout dépendra de la nature et de la gravité de l’agression.

« Nos capacités cyber-offensives doivent nous permettre de nous introduire dans les systèmes ou les réseaux de nos ennemis, afin d’y causer des dommages, des interruptions de service ou des neutralisations temporaires ou définitives. En utilisant pour cela des moyens sophistiqués, dont nous sommes parfois les concepteurs, et qui doivent résister à tout risque de détournement ».

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Jean-Yves Le Drian
CC J.Barande

Le commandement des opérations cyber que veut mettre en place l’armée française sera similaire à son pendant américain, le Cyber Command. Ce sous-commandement militaire a été mis en place en mai 2010 et est subordonné au Strategic Command, qui a la responsabilité de l’arsenal nucléaire déjà fabriqué. Il a une vocation à la fois défensive et offensive, par exemple contre l’État islamique.

En termes d’effectifs, le commandement français aura autorité sur 2 600 personnes d’ici 2019. Il pourra également s’appuyer sur les 600 spécialistes de la direction générale de l’armement ainsi que sur les réservistes de la cyberdéfense, au nombre de 4 400 (400 de la réserve opérationnelle et 4 000 de la réserve citoyenne). Le commandement aura 4 pôles : protection, défensif, action numérique et réserve.

Évolution française

La cyberdéfense a été considérée comme une priorité nationale. dans l’édition 2013 du livre blanc sur la défense et la sécurité nationale. L’évolution de la doctrine militaire française avait toutefois commencé à se manifester avec la version 2008 du document. Le cyber était alors progressivement considéré comme un nouveau champ de bataille et qu’il fallait donc se préparer à l’investir.

La création d’un centre des opérations cyber est une étape de plus dans l’adaptation du ministère de la défense face à la menace venue des réseaux. Auparavant, il y a eu la mise en place d’un corps de réservistes spécialisés et la participation au centre de l’OTAN dédié à la cyberdéfense. Plus généralement, une agence spécialisée, l’ANSSI, a vu le jour et des exercices comme PIRANET et DEFNET ont lieu régulièrement.

À lire sur Numerama : La cyberdéfense, un futur corps d’armée à part entière pour Le Drian

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