Les opportunités commerciales de Kaspersky outre-Atlantique risquent de souffrir : la presse spécialisée américaine indique en effet que le FBI chercherait à pousser certaines entreprises à ne plus utiliser les logiciels vendus par la société russe spécialisée dans la sécurité informatique.

Kaspersky est-il le cheval de Troie des services de renseignement russes, comme le soupçonnent les autorités américaines ? Alors que les relations entre le Kremlin et la Maison-Blanche se sont vivement rafraichies ces dernières années, ce qui peut expliquer beaucoup de choses dans la façon dont Washington traite les dossiers relatifs à Moscou, le FBI considère très négativement les activités de la firme slave spécialisée dans la sécurité informatique.

Selon les informations du site CyberScoop, qui dit s’être entretenu avec des officiels sous couvert d’anonymat, la police fédérale a eu des réunions avec diverses sociétés pour leur suggérer de se passer des outils commercialisés par Kaspersky. Le FBI aurait mis surtout l’accent sur les firmes du secteur de l’énergie et toutes celles faisant de la supervision informatique ou mettant en oeuvre des systèmes d’acquisition et de contrôle de données (Scada), dont le piratage pourrait avoir des effets significatifs.

CC NTNU

Des réunions ont aussi été organisées avec des entreprises technologiques, mais avec des résultats moins notables : CyberScoop affirme que si les groupes travaillant dans l’énergie auraient été sensibles au discours du FBI sur les liens supposés entre Kaspersky et les agents du Kremlin, et pris (ou promis de prendre) des mesures, ceux dans la high-tech auraient montré une plus forte perplexité. Aucune action immédiate d’importance n’aurait été prise par ces derniers.

S’ils peuvent être supposés du fait du passé d’Eugene Kaspersky — le fondateur de la compagnie — dans les services de renseignement russes, les liens avec le FSB (ex-KGB) ne sont pas prouvés. Kaspersky a publié un communiqué pour démentir ces rumeurs et son patron a même proposé de donner accès au code source de ses produits pour que Washington puisse jeter un oeil. Une main tendue que l’Amérique n’a pour l’instant pas accepté de saisir.

Le Capitole, Washington DC
CC.USA Gov

Au contraire, c’est plutôt de la distance que veulent mettre certains élus : en juin est apparue une proposition de loi qui, en cas de promulgation, empêchera le Pentagone de traiter avec Kaspersky, au nom de la sécurité nationale. Une inquiétude qui rappelle avec quel empressement les officiels américains se sont emparés du dossier des routeurs chinois se trouvant au coeur des réseaux, accusés de servir à Pékin pour ses activités de piratage et d’espionnage.

Quoiqu’il en soit, les critiques que l’on peut adresser à Moscou ou Pékin peuvent aussi être formulées à l’encontre de Washington ; en effet, la Maison-Blanche est, pour le coup, loin d’être blanche comme neige. Tout comme les autres Etats dans le monde, l’Amérique se sert autant que possible de ses capacités et de son poids dans l’industrie high tech pour mener des actions de piratage ou d’espionnage. Les révélations obtenues grâce à Snowden le rappellent régulièrement.

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